{"id":833,"date":"2023-03-24T18:38:48","date_gmt":"2023-03-24T18:38:48","guid":{"rendered":"https:\/\/dogons.org\/?p=833"},"modified":"2023-03-25T18:30:50","modified_gmt":"2023-03-25T18:30:50","slug":"autour-de-lesthetique-africaine","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/dogons.org\/index.php\/2023\/03\/24\/autour-de-lesthetique-africaine\/","title":{"rendered":"Autour de l\u2019esth\u00e9tique africaine"},"content":{"rendered":"\n<p><em>Depuis la publication, \u00e0 la fin de Tann\u00e9e 1988, de L&rsquo;art africain de Jacques Kerchache, des voix s&rsquo;\u00e9l\u00e8vent pour d\u00e9noncer l&rsquo;approche philosophique de ce que l&rsquo;on appelle \u00ab l&rsquo;art africain \u00bb [1].<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Le colloque \u00ab De l&rsquo;art n\u00e8gre \u00e0 l&rsquo;art africain \u00bb, dont l&rsquo;initiative salutaire revient \u00e0 Louis Perrois et Raoul Lehuard, a provoqu\u00e9 de virulentes r\u00e9actions ; en particulier, trois communications prononc\u00e9es lors de ce colloque sont prises \u00e0 parti sans que leurs auteurs soient nomm\u00e9s, exception faite de Lucien St\u00e9phan (Coquet 1990 : 53-64). Parmi les voix qui d\u00e9noncent l&rsquo;approche philosophique de l&rsquo;art africain, certaines rejettent l&rsquo;hypoth\u00e8se selon laquelle \u00ab l&rsquo;art pour l&rsquo;art n&rsquo;existe pas dans les soci\u00e9t\u00e9s dites primitives \u00bb (Lehuard 1990 : 51-55) ; d&rsquo;autres s&rsquo;attaquent \u00e0 l&rsquo;ouvrage ci-dessus cit\u00e9 (Dupr\u00e9 1990 : 100-103). Pourtant, le discours \u00ab esth\u00e9tique \u00bb sur l&rsquo;art africain existe et ne date pas d&rsquo;hier (voir bibliographie : Guerre 1967, Leiris 1967, Memel-Fot\u00ea 1967, Senghor 1956). Pourquoi subitement toute cette pol\u00e9mique et que disent exactement ces textes ?<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Commen\u00e7ons par le dernier cit\u00e9 :<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Le texte de Georges Dupr\u00e9 est une mise au point qui, au fond, n&rsquo;est pas une critique de l&rsquo;approche philosophique de l&rsquo;art africain (m\u00eame s&rsquo;il reproche \u00e0 Lucien St\u00e9phan de faire \u00ab une laborieuse compilation des ethnologues trait\u00e9e \u00e0 grand renfort de philosophes&#8230; \u00bb), mais une d\u00e9nonciation de la place qui est attribu\u00e9e aux ethnologues dans cet ouvrage. S&rsquo;il admet que quiconque peut mener une r\u00e9flexion sur l&rsquo;art africain, Georges Dupr\u00e9 demande qu&rsquo;on laisse \u00ab les ethnologues tranquilles \u00bb, qu&rsquo;on laisse en paix ceux dont le travail est de faire comprendre l&rsquo;art africain, compr\u00e9hension qui contribuerait \u00e0 enrichir \u00ab l&rsquo;\u00e9motion de chacun de nous \u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais bien avant de critiquer Lucien St\u00e9phan, Georges Dupr\u00e9 s&rsquo;en est pris \u00e0 Jacques Kerchache, \u00e0 qui il reproche d&rsquo;avoir tenu des <em>\u00ab propos agressifs \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard des ethnologues \u00bb<\/em> et de vouloir leur donner une contestable le\u00e7on de m\u00e9thode et de morale. En effet, certains de ses propos sont pour le moins cr\u00e9dibles. Penser par exemple qu&rsquo;<em>\u00ab il ne faut pas aborder l&rsquo;art africain par le biais de la date \u00bb<\/em>, c&rsquo;est croire que l&rsquo;art africain est en dehors de l&rsquo;Histoire et qu&rsquo;il est quasi impossible de faire une histoire, m\u00eame r\u00e9cente, de cet art. Pourtant, Arts et peuples de l&rsquo;Afrique noire de Jacqueline Delange pourrait \u00eatre per\u00e7u comme un ensemble d&rsquo;\u00e9l\u00e9ments r\u00e9unis en vue d&rsquo;une telle histoire et c&rsquo;est en effet de cette mani\u00e8re que Michel Leiris pr\u00e9senta l&rsquo;ouvrage ; c&rsquo;\u00e9tait en 1967, date \u00e0 laquelle l&rsquo;art africain \u00e9tait encore tr\u00e8s peu connu. <\/p>\n\n\n\n<p>Aujourd&rsquo;hui, gr\u00e2ce aux travaux des arch\u00e9ologues, des \u00e9tudes ont pu \u00e9tablir l&rsquo;\u00e9poque de certaines \u0153uvres notamment les terra cotta du Komanland (nord du Ghana) et celles de Djenn\u00e9 (Mali) que l&rsquo;on estime \u00eatre du XVe si\u00e8cle. En outre, on connaissait d\u00e9j\u00e0 avec Jean Laude, l&rsquo;existence d&rsquo;un art africain ancien qu&rsquo;il dit \u00ab classique \u00bb. Dans des \u00e9tudes plus r\u00e9centes, celle de Frank Willett par exemple {African Art 1971, traduit en fran\u00e7ais sous le titre L&rsquo;Art africain 1990), il est \u00e9tabli avec pr\u00e9cision que la sculpture ancienne de l&rsquo;Afrique remonte au v-ive si\u00e8cle avant J.-C. Il s&rsquo;agit de la sculpture Nok trouv\u00e9e dans l&rsquo;Etat du Kaduna (Nigeria) et dont fait \u00e9tat d\u00e8s 1956 les travaux de Bernard Fagg. Il est vrai qu&rsquo;une histoire de l&rsquo;art africain n&rsquo;est pas facile \u00e0 \u00e9crire parce qu&rsquo;on a \u00e0 faire \u00e0 des peuples sans \u00e9criture. Mais il est inconcevable de vouloir, en un tour de main, \u00e9vacuer une question aussi importante tout en passant sous silence le travail d\u00e9j\u00e0 effectu\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Par ailleurs, quand J. Kerchache dit que <em>\u00ab la beaut\u00e9 d&rsquo;une sculpture n&rsquo;est pas \u00e9trang\u00e8re \u00e0 sa fonction sociale&#8230; \u00bb <\/em>(1988 : 489), il pr\u00e9suppose que cette fonction est l&rsquo;\u00e9l\u00e9ment qui d\u00e9termine la beaut\u00e9 de l&rsquo;\u00ab objet \u00bb. Cependant, il oublie qu&rsquo;il s&rsquo;exprime avec des pr\u00e9suppos\u00e9s culturels occidentaux. Aussi, ce que recouvre la notion de beaut\u00e9 en Europe est-il n\u00e9cessairement identique \u00e0 ce qu&rsquo;elle d\u00e9signe en Afrique, si toutefois l&rsquo;\u00e9quivalent de ce terme existe dans les langues africaines ?<\/p>\n\n\n\n<p>Ce que Kerchache appelle \u00ab beau \u00bb pourrait bien \u00eatre \u00ab bien \u00bb pour certains Africains au moins. Autrement dit, certains termes africains, qui pourraient \u00eatre traduits par beau dans certains contextes, peuvent d\u00e9signer bien lorsqu&rsquo;ils sont utilis\u00e9s relativement aux statues. C&rsquo;est le cas du terme bvbn chez les Lobi du Burkina Faso : lorsqu&rsquo;ils disent bvthib\u00e1 bvbn (une \u00ab belle \u00bb statue), l&rsquo;expression belle, ici, d\u00e9signe l&rsquo;id\u00e9e du bien. Au fond, la signification de cette formule porte sur l&rsquo;efficacit\u00e9 de la statue et non pas sur son aspect physique, sa forme. Sur ce point, M. Leiris est beaucoup plus nuanc\u00e9 lorsqu&rsquo;il utilise le terme de \u00ab convenance \u00bb pour d\u00e9signer la beaut\u00e9 en Afrique. Mais le parall\u00e9lisme s&rsquo;arr\u00eate l\u00e0, car en tout \u00e9tat de cause, l&rsquo;objectif fondamental de l&rsquo;\u0153uvre d&rsquo;art africain n&rsquo;est pas de manifester la beaut\u00e9 et il serait illusoire de penser qu&rsquo;\u00e0 travers la fonction de l&rsquo;objet, c&rsquo;est la beaut\u00e9 qui est recherch\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>Si l&rsquo;on ne peut qu&rsquo;approuver la critique formul\u00e9e par G. Dupr\u00e9 \u00e0 rencontre de J. Kerchache, on peut cependant se demander si la tranquillit\u00e9 qu&rsquo;il souhaite pour les ethnologues ne risque pas d&rsquo;\u00eatre d\u00e9rang\u00e9e par la philosophie, qui s&rsquo;interroge sur la l\u00e9gitimit\u00e9 d&rsquo;un tel discours, ainsi que le montre le travail de L. St\u00e9phan. Nous y reviendrons.<\/p>\n\n\n\n<p>Quant au deuxi\u00e8me texte, celui de R. Lehuard, il critique le refus d&rsquo;attribuer la conception de \u00ab l&rsquo;art pour l&rsquo;art \u00bb aux peuples dits primitifs. Pour cet auteur, le fond du probl\u00e8me r\u00e9siderait dans \u00ab une question de terminologie &#8230; et [dans] la facult\u00e9 que l&rsquo;Occidental a de juger des autres \u00e0 travers lui-m\u00eame et de toujours faire l&rsquo;impasse sur son propre pass\u00e9, f\u00fbt-il r\u00e9cent \u00bb (1990 : 51). Aussi, en partant d&rsquo;une d\u00e9finition de la notion d&rsquo;art emprunt\u00e9e au Larousse encyclop\u00e9dique, il montre que l&rsquo;art se dit de ce dont la cr\u00e9ation est fond\u00e9e sur l&rsquo;\u00ab excellence \u00bb dans la production, la \u00ab perfection \u00bb, la \u00ab qualit\u00e9 \u00bb et l&rsquo;\u00ab efficacit\u00e9 \u00bb de l&rsquo;objet produit. Dans un deuxi\u00e8me moment, l&rsquo;auteur montre qu&rsquo;il y a une esth\u00e9tique africaine qui serait fond\u00e9e sur l&rsquo;existence de certaines notions telles que beau, bien, bon, brillant, raffin\u00e9, th\u00e8se que R. Lehuard oppose \u00e0 celle d&rsquo;un <em>\u00ab \u00e9tudiant Gouro de l&rsquo;universit\u00e9 d&rsquo;Abidjan \u00bb<\/em> qui pense que la notion du beau, par exemple, n&rsquo;existe pas chez les Africains. L&rsquo;auteur ach\u00e8ve sa r\u00e9flexion en proposant un tableau du vocabulaire relatif aux appr\u00e9ciations <em>\u00ab esth\u00e9tiques \u00bb<\/em> dans des langues de populations d&rsquo;Afrique centrale. Mais est-ce que l&rsquo;existence de ces notions en langues africaines est une condition suffisante pour affirmer l&rsquo;existence d&rsquo;une esth\u00e9tique africaine ? Ne serait-il pas plus pertinent de chercher \u00e0 expliquer pourquoi certaines cat\u00e9gories de la culture occidentale ne sont pas applicables d&#8217;embl\u00e9e \u00e0 Y ethos africain plut\u00f4t que de vouloir d\u00e9noncer l&rsquo;ethnocentrisme occidental ?<\/p>\n\n\n\n<p>Enfin le troisi\u00e8me texte, le plus r\u00e9cent et en m\u00eame temps le plus virulent, est celui de Mich\u00e8le Coquet. Celle-ci consid\u00e8re certains auteurs[2] comme \u00e9tant des chercheurs n&rsquo;ayant pas de \u00ab rigueur intellectuelle \u00bb dans la mesure o\u00f9 ils font appel \u00e0 \u00ab l&rsquo;existence d&rsquo;un sujet esth\u00e9tique d\u00e9fini par une tradition philosophique platonicienne et kantienne \u00bb ; cette d\u00e9marche \u00ab est un raccourci intellectuel qu&rsquo;un chercheur honn\u00eate ne peut pas se permettre \u00bb (1990 : 59-60). Pour justifier sa critique, l&rsquo;auteur propose trois d\u00e9finitions de l&rsquo;esth\u00e9tique : la premi\u00e8re d\u00e9termine l&rsquo;esth\u00e9tique comme \u00e9tant une \u00e9tude morphologique d&rsquo;un ou de plusieurs objets, \u00e9tude qui, \u00e0 terme, devrait permettre \u00ab de d\u00e9gager la pens\u00e9e formelle d\u00e9velopp\u00e9e par une soci\u00e9t\u00e9 \u00e0 travers le ou les styles qui caract\u00e9risent ses productions \u00bb. Dans cette d\u00e9finition, l&rsquo;auteur du \u00ab Quiproquos \u00bb fait appel allusivement \u00e0 Panofsky (\u00ab cette pens\u00e9e formelle doit pouvoir \u00eatre mise en relation avec ce que Panofsky appelait la Weltanschauung, ou vision du monde d&rsquo;une soci\u00e9t\u00e9 \u00bb). La deuxi\u00e8me d\u00e9finition tient en une phrase : <em>\u00ab L&rsquo;\u00e9tude iconologique, quant \u00e0 elle, prend en compte les syst\u00e8mes de repr\u00e9sentation manifest\u00e9s par les objets \u00bb<\/em>. Quant \u00e0 la troisi\u00e8me, elle n&rsquo;est pas plus d\u00e9velopp\u00e9e que la deuxi\u00e8me : <em>\u00ab On peut \u00e9galement s&rsquo;int\u00e9resser \u00e0 la question du jugement esth\u00e9tique port\u00e9 sur ceux-ci \u00bb<\/em> (1990 : 58-59). Et pourtant, l&rsquo;\u00e9tude du jugement a domin\u00e9 une partie assez importante de l&rsquo;esth\u00e9tique, chez Baumgarten et Kant par exemple.<\/p>\n\n\n\n<p>L&rsquo;auteur, apr\u00e8s avoir comment\u00e9 principalement mon texte et celui de L. St\u00e9- phan, ach\u00e8ve sa critique par ce souhait :<em> \u00ab II doit y avoir une esth\u00e9tique de l&rsquo;art africain, comme il en existe une concernant l&rsquo;art de la Renaissance ou l&rsquo;art contemporain \u00bb<\/em>. Et pour couronner le tout, un constat final \u00e9tablit l&rsquo;ignorance par les Africains <em>\u00ab des donn\u00e9es essentielles des cultures africaines \u00bb <\/em>(op. cit. : 63).<\/p>\n\n\n\n<p>Mais sous le nom d&rsquo;esth\u00e9tique, ne met-on pas des approches totalement distinctes et peut-\u00eatre incompatibles ? De quoi parle-t-on au juste ? S&rsquo;agit-il de l&rsquo;analyse stylistique : description de la forme des objets afin de d\u00e9gager des \u00e9l\u00e9ments caract\u00e9ristiques permettant une classification ethnique ou r\u00e9gionale de ces objets ou de l&rsquo;interpr\u00e9tation : recherche de la signification des \u00ab objets \u00bb ou encore du go\u00fbt : facult\u00e9 pour un sujet d&rsquo;\u00e9noncer un jugement portant sur la beaut\u00e9 ou la laideur d&rsquo;un objet sensible (qu&rsquo;il soit de la nature ou de l&rsquo;art) ? Il me semble que les choses sont bien distinctes et il serait souhaitable que les amalgames puissent \u00eatre \u00e9vit\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p>Examinons plus pr\u00e9cis\u00e9ment l&rsquo;id\u00e9e de l&rsquo;esth\u00e9tique africaine en partant d&rsquo;une d\u00e9finition du concept.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>Question de d\u00e9finition<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p>Qu&rsquo;est-ce que l&rsquo;esth\u00e9tique ? Et tout d&rsquo;abord, que signifie, dans la langue fran\u00e7aise, le terme \u00ab esth\u00e9tique \u00bb, cette notion d&rsquo;origine grecque ?<\/p>\n\n\n\n<p>Le Littr\u00e9 r\u00e9pond, page 1 503 : l&rsquo;esth\u00e9tique est la \u00ab science qui d\u00e9termine le caract\u00e8re du beau dans les productions de la nature et de l&rsquo;art ; philosophie des beaux-arts \u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Le Littr\u00e9 continue en d\u00e9finissant l&rsquo;esth\u00e9tique comme \u00e9tant <em>\u00ab ce qui se rapporte au sentiment du beau, impression, appr\u00e9ciation esth\u00e9tique \u00bb<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans cette d\u00e9finition, rien ne correspond aux deux premi\u00e8res acceptions que M. Coquet donne de l&rsquo;esth\u00e9tique. Qu&rsquo;on le veuille ou non, l&rsquo;esth\u00e9tique n&rsquo;est pas et n&rsquo;a jamais \u00e9t\u00e9 une \u00e9tude de l&rsquo;\u0153uvre d&rsquo;art dont le but serait de d\u00e9terminer le mode de pens\u00e9e de la soci\u00e9t\u00e9 \u00e0 laquelle appartient l&rsquo;\u0153uvre ni m\u00eame une lecture des arts figuratifs. L&rsquo;esth\u00e9tique est la science du sensible qui appr\u00e9hende l&rsquo;objet beau relativement \u00e0 la sensibilit\u00e9. Ainsi, le projet initial entrepris par Baumgarten, l&rsquo;inventeur du mot et de la discipline, fut d&rsquo;\u00e9tablir un rapport entre l&rsquo;art, le beau et le sujet humain. Il s&rsquo;agit pr\u00e9cis\u00e9ment de faire de la question de l&rsquo;art et de celle de la beaut\u00e9 des questions philosophiques. \u00c9riger la question de l&rsquo;art et de la beaut\u00e9 en questions philosophiques, c&rsquo;est accorder \u00e0 la sensibilit\u00e9 le statut d&rsquo;un mode de connaissance : l&rsquo;esth\u00e9tique rel\u00e8ve de la gnos\u00e9ologie pour Baumgarten. Conform\u00e9ment \u00e0 son projet, il s&rsquo;agit pour lui d&rsquo;\u00e9lever le sentir au domaine du savoir par analogie avec la raison ou l&rsquo;entendement. A partir de l\u00e0, l&rsquo;esth\u00e9tique est consid\u00e9r\u00e9e comme une science, un savoir. Il y va donc de la question de la v\u00e9rit\u00e9. <\/p>\n\n\n\n<p>Mais cette v\u00e9rit\u00e9 que recherche l&rsquo;esth\u00e9tique est sp\u00e9cifique : elle est claire sous un rapport mais confuse sous un autre en ce sens qu&rsquo;elle ne rel\u00e8ve pas d&rsquo;une logique intellectuelle. Cette v\u00e9rit\u00e9 esth\u00e9tique, diff\u00e9rente de la v\u00e9rit\u00e9 logique caract\u00e9ris\u00e9e par la clart\u00e9 et la distinction, renvoie \u00e0 la facult\u00e9 de plaisir du sujet comme ce sera le cas, avec Kant, du \u00ab jugement esth\u00e9tique \u00bb. Ce jugement esth\u00e9tique est un jugement qui, \u00e0 partir de l&rsquo;apparence des choses, tire un sentiment de plaisir ou de d\u00e9plaisir. Ce sentiment doit \u00eatre, conform\u00e9ment \u00e0 la pens\u00e9e kantienne, \u00ab sans int\u00e9r\u00eat \u00bb et \u00ab sans fin \u00bb. Mais, il faut bien comprendre le sens du sans fin et celui du sans int\u00e9r\u00eat du jugement esth\u00e9tique. Dire que le jugement esth\u00e9tique est \u00ab d\u00e9sint\u00e9ress\u00e9 \u00bb, c&rsquo;est dire que dans renonciation d&rsquo;un tel jugement, il n&rsquo;y a aucune volont\u00e9 d&rsquo;appropriation pour soi de l&rsquo;objet sur lequel porte le jugement. Autrement dit, j&rsquo;affirme la beaut\u00e9 ou la laideur d&rsquo;un objet, non pas parce que j&rsquo;ai envie de le poss\u00e9der ou de le rejeter, mais simplement parce que l&rsquo;objet se pr\u00e9sente comme tel. Cette beaut\u00e9 ou laideur ind\u00e9pendante de la volont\u00e9 particuli\u00e8re d&rsquo;appropriation est la v\u00e9rit\u00e9 de l&rsquo;objet.<\/p>\n\n\n\n<p>En outre, dire que le jugement esth\u00e9tique est \u00ab sans fin \u00bb ou, ce qui revient au m\u00eame, que la finalit\u00e9 de ce jugement est de n&rsquo;avoir pas de fin, c&rsquo;est dire que le jugement esth\u00e9tique n&rsquo;est pas fond\u00e9 sur l&rsquo;utilit\u00e9 de l&rsquo;objet jug\u00e9. Autrement dit, la fin de l&rsquo;\u0153uvre d&rsquo;art, c&rsquo;est d&rsquo;\u00eatre sans fin, c&rsquo;est-\u00e0-dire de n&rsquo;avoir aucune utilit\u00e9 pratique sinon de plaire ou d\u00e9plaire. C&rsquo;est cette finalit\u00e9 sans fin de l&rsquo;\u0153uvre d&rsquo;art que l&rsquo;on appelle commun\u00e9ment \u00ab l&rsquo;art pour l&rsquo;art \u00bb dont parle Raoul Lehuard. Il est vrai que la th\u00e8se kantienne de la finalit\u00e9 sans fin de l&rsquo;\u0153uvre d&rsquo;art ou du plaisir d\u00e9sint\u00e9ress\u00e9 du sujet est contestable. Jean-Luc Nancy a d\u00e9velopp\u00e9 cet argument en montrant (in Lacoue-Labarthe 1988 : 46-50) que le beau n&rsquo;a pas une autonomie absolue parce que dans le jugement esth\u00e9tique qui, pour Kant, est d\u00e9sint\u00e9ress\u00e9, il y a malgr\u00e9 tout un int\u00e9r\u00eat qui serait celui de la raison, car l&rsquo;essentiel dans un tel jugement, c&rsquo;est ce que ressent le sujet, ce qu&rsquo;il \u00ab d\u00e9couvre \u00bb en lui en pr\u00e9sence d&rsquo;un objet. Et que d\u00e9couvre en lui le sujet ? Il d\u00e9couvre qu&rsquo;il existe une forme dont il jouit parce qu&rsquo;il a la possibilit\u00e9 de se repr\u00e9senter, d&rsquo;imaginer quelque chose et c&rsquo;est en cela qu&rsquo;il existe dans le jugement esth\u00e9tique un int\u00e9r\u00eat de la raison, en ce sens que c&rsquo;est en d\u00e9finitive la raison, qui jouit, car c&rsquo;est par son interm\u00e9diaire que le sujet se repr\u00e9sente la forme existante.<\/p>\n\n\n\n<p>Malgr\u00e9 cette r\u00e9futation de la th\u00e8se kantienne, il est inexact de penser que la beaut\u00e9 d&rsquo;une \u0153uvre dans les soci\u00e9t\u00e9s dites primitives est fond\u00e9e sur l&rsquo;utilit\u00e9 de l&rsquo;objet comme semble le dire R. Lehuard. L&rsquo;objectif de la critique de J.-L. Nancy n&rsquo;est pas de r\u00e9cuser la validit\u00e9 de la th\u00e9orie kantienne mais de montrer la difficult\u00e9 qu&rsquo;il y a \u00e0 dissocier ces deux cat\u00e9gories esth\u00e9tiques que sont le beau et l&rsquo;agr\u00e9able. Une \u0153uvre d&rsquo;art, d&rsquo;o\u00f9 qu&rsquo;elle vienne, est belle non pas parce qu&rsquo;elle est conforme \u00e0 ce pour quoi elle a \u00e9t\u00e9 produite, mais parce qu&rsquo;elle est ainsi per\u00e7ue. Autrement dit, la beaut\u00e9 d&rsquo;une \u0153uvre d&rsquo;art ne d\u00e9pend ni de sa fonction rituelle, ni de son utilit\u00e9 pratique. Qu&rsquo;il s&rsquo;agisse de l&rsquo;Occident ou des soci\u00e9t\u00e9s dites primitives, la beaut\u00e9 d&rsquo;une \u0153uvre d&rsquo;art dans une perspective kantienne, pens\u00e9e qui s&rsquo;est impos\u00e9e \u00e0 partir du XVIIIe si\u00e8cle comme \u00e9tant la th\u00e9orie esth\u00e9tique, n&rsquo;est pas fonction de l&rsquo;utilit\u00e9 ou de l&rsquo;efficacit\u00e9 de l&rsquo;objet comme cela \u00e9tait le cas chez Platon, mais pour des raisons autres qu&rsquo;esth\u00e9tiques :<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>&#8230; la satisfaction, qui r\u00e9sulte d&rsquo;un objet et en fonction de laquelle nous le disons beau, ne peut reposer sur la repr\u00e9sentation de son utilit\u00e9 : s&rsquo;il en \u00e9tait ainsi ce ne serait pas une satisfaction imm\u00e9diate, ce qui est l&rsquo;essentielle condition du jugement sur la beaut\u00e9.<\/p>\n<cite>(Kant 1982 : 69)<\/cite><\/blockquote>\n\n\n\n<p>Cependant, s&rsquo;il est possible d&rsquo;affirmer l&rsquo;absence d&rsquo;une conception de l&rsquo;art pour l&rsquo;art dans les soci\u00e9t\u00e9s \u00ab primitives \u00bb, c&rsquo;est sans doute \u00e0 cause du rapport essentiel que l&rsquo;art entretient avec la religion. Si tout objet religieux en Afrique n&rsquo;est pas une \u0153uvre d&rsquo;art, la r\u00e9ciproque n&rsquo;est pas vraie. D&rsquo;ailleurs, ceci n&rsquo;est en rien propre \u00e0 l&rsquo;Afrique : de la m\u00eame mani\u00e8re qu&rsquo;une \u0153uvre d&rsquo;art africain, le temple grec comme l&rsquo;\u00e9glise gothique est une \u0153uvre d&rsquo;art. L&rsquo;objet d&rsquo;art africain a toujours une fonction rituelle. L&rsquo;\u0153uvre d&rsquo;art africain est produite dans un contexte religieux et tout le monde le reconna\u00eet, puisque les expositions d&rsquo;art africain sont g\u00e9n\u00e9ralement accompagn\u00e9es de notices explicatives qui exposent la fonction religieuse de chaque pi\u00e8ce dans la soci\u00e9t\u00e9 \u00e0 laquelle elle appartient. Par ailleurs, on sait qu&rsquo;en l&rsquo;absence de la patine d&rsquo;usage ou de la patine sacrificielle, l&rsquo;authenticit\u00e9 de l&rsquo;objet est mise en doute, m\u00eame s&rsquo;il est vrai que ce n&rsquo;est pas un \u00e9l\u00e9ment qui garantit de mani\u00e8re absolue cette authenticit\u00e9 car les faussaires arrivent \u00e0 recr\u00e9er une patine analogue. Or, il n&rsquo;y a pas de patine sacrificielle sans sacrifices et pas de sacrifices sans pratiques religieuses. L\u00e0 encore, si l&rsquo;on consid\u00e8re l&rsquo;aspect fonctionnel de l&rsquo;art africain, il semble assez difficile de formuler une esth\u00e9tique au sens rigoureux du terme.<\/p>\n\n\n\n<p>On pourrait me reprocher de limiter l&rsquo;esth\u00e9tique \u00e0 la seule th\u00e9orie kantienne comme si l&rsquo;existence d&rsquo;autres conceptions esth\u00e9tiques applicables \u00e0 l&rsquo;art africain, celle de Hegel par exemple, \u00e9tait ici proscrite. Mais on oublierait ainsi, que la th\u00e9orie h\u00e9g\u00e9lienne, qui est une esth\u00e9tique du contenu, est fond\u00e9e principalement sur une d\u00e9finition de l&rsquo;art qui pr\u00e9sente celui-ci comme \u00e9tant \u00e0 l&rsquo;origine la manifestation de la religion elle-m\u00eame. Pour Hegel, la v\u00e9rit\u00e9 de l&rsquo;art ou son essence est la religion et c&rsquo;est pr\u00e9cis\u00e9ment de ce point de vue que Hegel nous offre une approche conforme \u00e0 V ethos africain. Cependant, cette th\u00e8se n&rsquo;est qu&rsquo;un moment dans la th\u00e9orie h\u00e9g\u00e9lienne de l&rsquo;esth\u00e9tique et en tant que tel, il ne r\u00e9cuse en aucune mani\u00e8re la th\u00e9orie kantienne qu&rsquo;il continue \u00e0 travers l&rsquo;id\u00e9e de <em>\u00ab la fin de l&rsquo;art \u00bb.<\/em> Cette continuit\u00e9 n&rsquo;est pas une adh\u00e9sion passive de la part de Hegel \u00e0 la th\u00e8se kantienne mais une interrogation critique qui apporte \u00e0 la discipline des \u00e9l\u00e9ments qui lui manquaient \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque de Kant et qui, ainsi, l&rsquo;\u00ab ach\u00e8ve \u00bb. Par cons\u00e9quent, la th\u00e9orie kantienne reste pour moi la th\u00e9orie esth\u00e9tique de base et de r\u00e9f\u00e9rence. J&rsquo;y reviendrai.<\/p>\n\n\n\n<p>J&rsquo;ai indiqu\u00e9 ici les grandes lignes d&rsquo;une d\u00e9finition de l&rsquo;esth\u00e9tique \u00e9tablissant du m\u00eame coup le contexte dans lequel je parle d&rsquo;esth\u00e9tique. L&rsquo;esth\u00e9tique a un sens et une histoire en tant qu&rsquo;elle est une discipline et, \u00e0 ce titre, il n&rsquo;est pas possible de lui pr\u00eater n&rsquo;importe quel sens. Il ne suffit pas de porter un int\u00e9r\u00eat \u00e0 l&rsquo;art et surtout pas d&rsquo;un point de vue s\u00e9miologique pour pouvoir parler d&rsquo;esth\u00e9tique. Un minimum de culture philosophique est n\u00e9cessaire ; ce n&rsquo;est pas rendre service \u00e0 l&rsquo;Afrique que de vouloir comparer l&rsquo;esth\u00e9tique de l&rsquo;art africain et celle de la Renaissance, comme le pense M. Coquet. S&rsquo;il doit y avoir une esth\u00e9tique africaine, elle doit \u00eatre formul\u00e9e conform\u00e9ment aux r\u00e8gles de l&rsquo;Esth\u00e9tique ou alors ce ne sera pas de l&rsquo;esth\u00e9tique en d\u00e9pit de l&rsquo;africanisme d\u00e9bordant qui s&rsquo;affirme sous la plume de M. Coquet, qui voudrait que l&rsquo;art africain soit reconnu \u00e0 l&rsquo;\u00e9gal de l&rsquo;art europ\u00e9en (du moins celui de la Renaissance). En fait, le vrai probl\u00e8me r\u00e9side dans l&rsquo;analogie que l&rsquo;on \u00e9tablit sans cesse entre l&rsquo;Afrique et l&rsquo;Europe au lieu de consid\u00e9rer ce continent dans sa sp\u00e9cificit\u00e9 actuelle. Depuis que l&rsquo;Europ\u00e9en est arriv\u00e9 sur le sol africain, l&rsquo;Afrique n&rsquo;est plus l&rsquo;Afrique : elle est alt\u00e9r\u00e9e. L&rsquo;Afrique est un continent d\u00e9sormais bic\u00e9phale : elle est l&rsquo;objet d&rsquo;une exp\u00e9rience occidentale (dite moderne) et d&rsquo;une exp\u00e9rience, qui est la sienne, dite traditionnelle ; on a \u00e0 faire \u00e0 la confrontation de deux exp\u00e9riences culturelles. C&rsquo;est \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur de cette culture m\u00e9tisse qu&rsquo;il faut envisager la question de l&rsquo;esth\u00e9tique africaine3. Comment formuler un discours esth\u00e9tique (discipline qui est historiquement et culturellement occidentale) sur ce que l&rsquo;on appelle <em>\u00ab art africain \u00bb<\/em> ? Comment peut-on l\u00e9gitimement qualifier d&rsquo;objets d&rsquo;art ce qui, en Afrique, n&rsquo;est pas per\u00e7u comme tel ?<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>Consid\u00e9rations \u00e9pist\u00e9mologiques<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p>L&rsquo;approche ethno-esth\u00e9tique que propose L. St\u00e9phan n&rsquo;est pas une histoire de \u0413\u00ab esth\u00e9tique africaine \u00bb comme le dit M. Coquet (op. cit. : 61), mais un essai de d\u00e9termination conceptuelle qui permet d&rsquo;analyser l&rsquo;art africain. On peut admettre ou rejeter l&rsquo;expression \u00ab ethno-esth\u00e9tique \u00bb, mais on ne peut pas reprocher \u00e0 L. St\u00e9phan de faire une histoire de l&rsquo;esth\u00e9tique africaine. Dans la proposition de L. St\u00e9phan (proposition inspir\u00e9e par Jacqueline Delange qui a introduit dans la litt\u00e9rature ethnologique, l&rsquo;expression \u00ab ethno-esth\u00e9tique \u00bb), il s&rsquo;agit justement, non pas de faire une histoire de l&rsquo;esth\u00e9tique africaine (comment peut-on faire l&rsquo;histoire d&rsquo;une science naissante \u2014 si c&rsquo;en est vraiment une !), mais de d\u00e9finir un cadre \u00e9pist\u00e9mologique qui offre les conditions d&rsquo;existence de cette esth\u00e9tique. Un tel point de vue est \u00e0 encourager car si l&rsquo;on doit parler d&rsquo;une esth\u00e9tique africaine, il est indispensable de s&rsquo;interroger sur les conditions de possibilit\u00e9 du discours que l&rsquo;on veut formuler. Autrement dit, pour envisager cette esth\u00e9tique, il est absolument n\u00e9cessaire de consid\u00e9rer l&rsquo;esth\u00e9tique en g\u00e9n\u00e9ral, en tant qu&rsquo;elle est une discipline philosophique, et le contexte auquel appartient l&rsquo;objet sur quoi porte le discours. Cela veut dire que l&rsquo;\u00e9tude esth\u00e9tique de l&rsquo;art africain ne peut se d\u00e9velopper que dans le cadre d&rsquo;une confrontation de la d\u00e9marche philosophique et de ce qu&rsquo;est l&rsquo;art africain dans son contexte d&rsquo;origine. Vouloir faire de l&rsquo;esth\u00e9tique africaine en utilisant les cat\u00e9gories philosophiques tout en ignorant le contexte d&rsquo;origine de l&rsquo;art consid\u00e9r\u00e9, et inversement, ne saurait \u00eatre une attitude cons\u00e9quente. <\/p>\n\n\n\n<p>Cette confrontation a pour but la d\u00e9termination des limites dans lesquelles pourrait se d\u00e9velopper cette esth\u00e9tique que l&rsquo;on voudrait africaine, mais qui, en r\u00e9alit\u00e9, est toujours l&rsquo;esth\u00e9tique occidentale, qui, \u00e0 un moment donn\u00e9 de son histoire, a int\u00e9gr\u00e9 dans son domaine un objet ext\u00e9rieur \u00e0 son contexte historico-culturel. Si l&rsquo;on admet qu&rsquo;il n&rsquo;y a de philosophie que celle qui est explicitement constitu\u00e9e et \u00e9crite, il faut bien admettre qu&rsquo;historiquement, ce que l&rsquo;on appelle esth\u00e9tique africaine n&rsquo;existe pas. M\u00eame les textes postcoloniaux ne sont pas l&rsquo;expos\u00e9 d&rsquo;une esth\u00e9tique africaine. A travers ces textes, y compris \u00e0 travers ceux qui s&rsquo;\u00e9crivent aujourd&rsquo;hui, on peut tenter d&rsquo;\u00e9tablir les \u00e9l\u00e9ments susceptibles de l\u00e9gitimer l&rsquo;apparition d&rsquo;une telle esth\u00e9tique. C&rsquo;est de cette mani\u00e8re qu&rsquo;il faudrait comprendre l&rsquo;\u00e9tude de L. St\u00e9phan. Cette orientation n&rsquo;est en rien l&rsquo;\u00e9laboration d&rsquo;une histoire de l&rsquo;esth\u00e9tique africaine. Qui a lu le texte de Y Encyclopaedia universalis (voir bibliographie ci-dessous) ne peut pas y voir le d\u00e9veloppement d&rsquo;une histoire de l&rsquo;esth\u00e9tique africaine ; une telle critique est hors de propos. M. Coquet reproche aux auteurs qu&rsquo;elle critique, notamment ceux qui sont intervenus sur l&rsquo;esth\u00e9tique dans le colloque <em>\u00ab De l&rsquo;art n\u00e8gre \u00e0 l&rsquo;art africain \u00bb<\/em>, les 10 et 11 mars 1990 \u00e0 Paris, un manque de s\u00e9rieux et de rigueur dans leur analyse. Mais quel s\u00e9rieux et quelle rigueur l&rsquo;auteur du <em>\u00ab Quiproquos \u00bb<\/em> montre lorsqu&rsquo;elle d\u00e9coupe arbitrairement un texte et, d\u00e9nature ainsi la pens\u00e9e de l&rsquo;auteur critiqu\u00e9 ! En ce qui me concerne, je mets par exemple au d\u00e9fi M. Coquet de retrouver l&rsquo;expression <em>\u00ab la notion d&rsquo;art \u00bb<\/em>, qu&rsquo;elle m&rsquo;attribue. Dans la communication qui a \u00e9t\u00e9 prononc\u00e9e puis publi\u00e9e, il n&rsquo;a jamais \u00e9t\u00e9 question de l&rsquo;existence ou de la non-existence d&rsquo;une notion d&rsquo;art en Afrique. Cette question n&rsquo;\u00e9tait pas l&rsquo;objet du sujet trait\u00e9 dans la communication que j&rsquo;ai prononc\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c9tablissant le rapport entre l&rsquo;art et la religion, M. Coquet, l\u00e0 encore, d\u00e9nature ma pens\u00e9e. Je n&rsquo;ai jamais \u00e9crit que <em>\u00ab la majorit\u00e9 des sculptures [\u00e9tant] tenue au secret, on peut se demander dans quelle mesure il est possible de parler \u010fart (soulign\u00e9 par moi) \u00bb<\/em> (1990 : 61).<\/p>\n\n\n\n<p>Sans parler de la reformulation de la proposition (\u00e0 la place du terme <em>\u00ab art \u00bb<\/em> il faudrait mettre<em> \u00ab esth\u00e9tique africaine \u00bb<\/em>), on peut l\u00e9gitimement s&rsquo;interroger sur les raisons d&rsquo;une telle lecture. Bien entendu, lorsqu&rsquo;au lieu d&rsquo;\u00ab esth\u00e9tique \u00bb, M. Coquet lit <em>\u00ab art \u00bb<\/em>, il est \u00e9vident que l&rsquo;hypoth\u00e8se risque de lui para\u00eetre <em>\u00ab curieuse \u00bb<\/em>. Il y a une diff\u00e9rence de nature entre art et esth\u00e9tique : l&rsquo;un est un objet ; l&rsquo;autre, un discours sur cet objet et il n&rsquo;est pas possible de prendre l&rsquo;objet pour le discours et vice versa. Autrement dit, il n&rsquo;y a pas d&rsquo;identit\u00e9 entre art et esth\u00e9tique. La substitution du terme d&rsquo;art au terme d&rsquo;esth\u00e9tique change radicalement la compr\u00e9hension non seulement de la phrase, mais encore de tout le texte. C&rsquo;est sans doute cette mauvaise lecture qui permet \u00e0 M. Coquet dans sa critique de me reprocher d&rsquo;avoir dissoci\u00e9 l&rsquo;art de la religion, ce qui semble inconcevable dans le contexte actuel de l&rsquo;Afrique except\u00e9 en ce qui concerne la sculpture Shona du Zimbabwe, qui est une sculpture sur pierre n\u00e9e dans les ann\u00e9es 50, sous l&rsquo;impulsion de McEwen, et qui est un art lib\u00e9r\u00e9 de l&#8217;emprise religieuse. M\u00eame l&rsquo;art de cour, en particulier celui du B\u00e9nin, qui pourrait \u00eatre per\u00e7u comme un art \u00e9mancip\u00e9 de la religion, ne l&rsquo;\u00e9tait pas car les objets qui appartenaient au roi \u00e9taient sacr\u00e9s parce que le roi, <em>\u00ab descendant du dieu Chemb\u00e9 \u00bb<\/em>, est divinis\u00e9 apr\u00e8s sa mort. De plus, les \u0153uvres qu&rsquo;il poss\u00e9dait \u00e9taient install\u00e9es sur un autel et son \u00ab pouvoir fond\u00e9 sur des valeurs mystiques traditionnelles attach\u00e9es au palais, centre de la vie politique et religieuse \u00bb. Ainsi, lorsqu&rsquo;un roi devait <em>\u00ab porter une couronne de perles rouges, en jaspe ou en cornaline d&rsquo;Illorin \u00bb<\/em>, l&rsquo;autorisation de Yoni, chef religieux du groupe, \u00e9tait indispensable (Laude 1971 : 165 sq.). Par cons\u00e9quent, cette critique n&rsquo;est pas pertinente car c&rsquo;est justement au nom du rapport de l&rsquo;art et de la religion, rapport qui est toujours fortement \u00e9tabli en Afrique que l&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;une esth\u00e9tique africaine me para\u00eet probl\u00e9matique.<\/p>\n\n\n\n<p>L&rsquo;un des arguments que j&rsquo;ai d\u00e9velopp\u00e9 est fond\u00e9 sur l&rsquo;inaccessibilit\u00e9 des \u0153uvres d&rsquo;art africain, inaccessibilit\u00e9 due \u00e0 la contrainte religieuse qui impose que l&rsquo;on respecte la r\u00e8gle du secret. Dans cette occurrence, la conception d&rsquo;une esth\u00e9tique me para\u00eet difficile car l&rsquo;esth\u00e9tique suppose \u00e9videmment l&rsquo;acc\u00e8s aux \u0153uvres, acc\u00e8s sans lequel un jugement esth\u00e9tique par exemple n&rsquo;est pas possible. Le jugement que peut formuler un initi\u00e9 ou un sculpteur sur une \u0153uvre d&rsquo;art africain est un jugement d&rsquo;appr\u00e9ciation fond\u00e9 sur des normes que conna\u00eet l&rsquo;individu et, \u00e0 ce titre, il s&rsquo;agit d&rsquo;un jugement de connaissance et non pas d&rsquo;un jugement esth\u00e9tique comme le pense M. Coquet. Le jugement esth\u00e9tique n&rsquo;a ni crit\u00e8res ni r\u00e8gles ; il est fond\u00e9 sur le pur sentiment que ressent le sujet en face de l&rsquo;objet : d&rsquo;o\u00f9 l&rsquo;importance de l&rsquo;acc\u00e8s aux \u0153uvres ou si l&rsquo;on pr\u00e9f\u00e8re, la n\u00e9cessit\u00e9 de l&rsquo;exposition. Bien entendu, il y a en Afrique des <em>\u00ab objets \u00bb<\/em> qui ne sont pas du tout tenus au secret. Mais cette manifestation \u00e0 la vue de tous n&rsquo;est pas encore une <em>\u00ab exposition \u00bb<\/em> ; c&rsquo;est purement et simplement par accident qu&rsquo;ils sont vus. La place qu&rsquo;ils occupent s&rsquo;explique par une n\u00e9cessit\u00e9 et non par le besoin de l&rsquo;exposition : en pays dagara, les autels install\u00e9s sur les places des march\u00e9s (d\u00e1\u00e1-kp\u00e1\u00e1r\u00e1 *) sont destin\u00e9s, non pas au plaisir du sujet, mais \u00e0 la protection de l&rsquo;ensemble des personnes et des biens qui occupent la superficie du territoire villageois consacr\u00e9e \u00e0 cet effet. De la m\u00eame mani\u00e8re, l&rsquo;autel de la famille (thilka\u00e0) chez les Lobi, install\u00e9 en face de la porte d&rsquo;entr\u00e9e de la maison, est charg\u00e9 de d\u00e9fendre l&rsquo;enceinte familiale contre les malfaiteurs et les <em>\u00ab esprits \u00bb<\/em> mal\u00e9fiques. L&rsquo;\u0153uvre d&rsquo;art africain n&rsquo;est toujours pas un objet exposable car il ne s&rsquo;est pas \u00e9mancip\u00e9 de son <em>\u00ab usage rituel \u00bb<\/em>. Elle a sa place assign\u00e9e dans un sanctuaire comme la statue d&rsquo;un dieu dans un temple (Benjamin 1983 : 99 sq.).<\/p>\n\n\n\n<p>Comparer les \u0153uvres d&rsquo;art africain, frapp\u00e9es par le poids du secret, aux <em>\u00ab&#8230; sculptures de chapiteaux des grandes \u00e9glises romanes ou gothiques, ou encore&#8230; \u00bb<\/em> \u00e0 <em>\u00ab l&rsquo;imagerie des vitraux de nos cath\u00e9drales \u00bb<\/em> est contestable. Veut-on nous faire croire qu&rsquo;il y aurait un interdit qui porterait sur l&rsquo;observation des images qui se trouvent \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur de Notre-Dame de Paris, visit\u00e9e quotidiennement par des milliers de profanes, comme il y en a \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard, par exemple d&rsquo;un b\u00e9tib\u00e1, qui, en pays dagara, \u00e0 l&rsquo;exception de circonstances particuli\u00e8res (fun\u00e9railles d&rsquo;un vieillard par exemple), ne peut \u00eatre vu par un non-initi\u00e9 sans autorisation pr\u00e9alable ? Peut-on comparer les vitraux des \u00e9glises que n&rsquo;importe qui a la possibilit\u00e9 de voir \u00e0 ces masques s\u00e9noufo appel\u00e9s d\u00e9gu\u00e9l\u00e9 qui <em>\u00ab n&rsquo;apparaissent au public que tous les vingt et un ans, c&rsquo;est-\u00e0-dire lors des c\u00e9r\u00e9monies de couronnement des trois cycles de sept ans d&rsquo;initiation \u00bb <\/em>(Catalogue d&rsquo;exposition 1989 : 91) ? Est-il l\u00e9gitime de comparer les images des \u00e9glises romanes aux masques bobo ou bwaba, par exemple, connus de M. Coquet et qui n&rsquo;apparaissent pas n&rsquo;importe comment et n&rsquo;importe quand au public ? L&rsquo;inaccessibilit\u00e9 dont il s&rsquo;agit n&rsquo;est pas seulement une inaccessibilit\u00e9 \u00ab au sens \u00bb, c&rsquo;est-\u00e0-dire \u00e0 la signification de l&rsquo;\u0153uvre. Il s&rsquo;agit d&rsquo;abord d&rsquo;une inaccessibilit\u00e9 au \u00ab regard \u00bb qui est n\u00e9cessairement doubl\u00e9e de celle au sens. Car je ne vois pas comment une \u0153uvre d&rsquo;art pourrait \u00eatre interpr\u00e9t\u00e9e si elle n&rsquo;est pas d&rsquo;abord vue. Qu&rsquo;on le veuille ou non, l&rsquo;objet d&rsquo;art africain est un objet de culte qui ne se montre pas, c&rsquo;est-\u00e0-dire qui ne s&rsquo;expose pas et ne peut \u00eatre expos\u00e9. Lorsque cette \u0153uvre sera \u00e9mancip\u00e9e de la religion, lorsque les barri\u00e8res religieuses tomberont, la question de son esth\u00e9tisation se posera autrement : le discours esth\u00e9tique sur l&rsquo;\u0153uvre d&rsquo;art africain s&rsquo;\u00e9laborera l\u00e9gitimement.<\/p>\n\n\n\n<p>Ici, la th\u00e8se h\u00e9g\u00e9lienne de la fin de l&rsquo;art pourrait \u00eatre reprise. Par cette id\u00e9e, Hegel ne veut pas dire qu&rsquo;il n&rsquo;y aura pas ou plus une \u00e9volution de l&rsquo;art gr\u00e2ce au perfectionnement, par exemple, des techniques de cr\u00e9ation de l&rsquo;\u0153uvre d&rsquo;art (critique qui lui est souvent faite). Hegel veut dire simplement que l&rsquo;art n&rsquo;a plus pour objectif la pr\u00e9sentation de l&rsquo;Absolu, c&rsquo;est-\u00e0-dire du divin. Cette mutation de l&rsquo;\u0153uvre d&rsquo;art comme objet de culte en objet de jugement correspond \u00e0 l&rsquo;\u00e9mergence de la th\u00e9orie esth\u00e9tique telle qu&rsquo;elle appara\u00eet \u00e0 partir du xviip si\u00e8cle : c&rsquo;est pr\u00e9cis\u00e9ment par cette id\u00e9e que Hegel retrouve et continue la th\u00e8se kantienne du beau, en ce sens que par sa \u00ab mort \u00bb l&rsquo;art est devenu un objet de plaisir ou de d\u00e9plaisir. Cette continuit\u00e9 tient en ceci que Hegel a d&rsquo;abord cherch\u00e9 \u00e0 conna\u00eetre ce qu&rsquo;est l&rsquo;art pour ensuite identifier ce qui fait de lui un objet de go\u00fbt. Et savoir ce qu&rsquo;est l&rsquo;art passe par l&rsquo;homme en tant que sujet qui se sait comme \u00eatre spirituel par qui l&rsquo;art a du sens. <\/p>\n\n\n\n<p>Ce sens c&rsquo;est la spiritualit\u00e9 que l&rsquo;on retrouve dans l&rsquo;art et qui est per\u00e7ue comme \u00e9tant une caract\u00e9ristique sp\u00e9cifique \u00e0 l&rsquo;homme. Ainsi, pour Hegel, il n&rsquo;y a d&rsquo;art que celui qui est issu d&rsquo;une activit\u00e9 spirituelle consciente de sa spiritualit\u00e9. Cela veut dire que l&rsquo;\u0153uvre d&rsquo;art est le produit de l&rsquo;activit\u00e9 humaine et que, pour Hegel, \u00e0 la diff\u00e9rence de Kant, il n&rsquo;y a pas d&rsquo;\u0153uvre d&rsquo;art naturel. Par ailleurs, le sens de l&rsquo;art, c&rsquo;est la facult\u00e9 qu&rsquo;a l&rsquo;homme de faire de lui le moyen par lequel l&rsquo;absolu, l&rsquo;Esprit divin se pr\u00e9sente, appara\u00eet. En d&rsquo;autres termes, <em>\u00ab satisfaire le besoin le plus \u00e9lev\u00e9 de l&rsquo;esprit \u00bb<\/em> est le sens profond de l&rsquo;art (1979 : 153). Par cons\u00e9quent, lorsque l&rsquo;art n&rsquo;est plus en mesure de<em> \u00ab satisfaire le besoin le plus \u00e9lev\u00e9 de l&rsquo;esprit \u00bb<\/em>, lorsqu&rsquo;il est<em> \u00ab impuissant \u00e0 nous faire plier les genoux \u00bb<\/em>, lorsqu&rsquo;il n&rsquo;a plus <em>\u00ab la force de l&rsquo;esprit \u00bb<\/em>, il <em>\u00ab est quelque chose du pass\u00e9 \u00bb<\/em>, il est fini, mort. Cette mort, si souvent mal interpr\u00e9t\u00e9e, est ce qui porte l&rsquo;art dans la sph\u00e8re du jugement, du go\u00fbt. D&rsquo;un art fonctionnel, il est devenu un art \u00ab d\u00e9-fonctionnalis\u00e9 \u00bb, libre, \u00e9mancip\u00e9. La mort de l&rsquo;art signifie : passage de l&rsquo;art fonctionnel \u00e0 l&rsquo;art pour l&rsquo;art. Ainsi, l&rsquo;esth\u00e9tique du contenu de Hegel rejoint celle de la forme et la continuit\u00e9 dont nous parlons ne se traduit pas par un simple ajout de la th\u00e9orie h\u00e9g\u00e9lienne \u00e0 celle de Kant.<\/p>\n\n\n\n<p>Critiquant cette id\u00e9e de la mort de l&rsquo;art que nous avions d\u00e9j\u00e0 \u00e9voqu\u00e9e ailleurs, Annie Dupuis s&rsquo;interroge : \u00ab Cette d\u00e9finition de l&rsquo;art \u00a0\u00bb d\u00e9charg\u00e9 \u00a0\u00bb n&rsquo;est-elle pas simplement le culte d&rsquo;une certaine id\u00e9e du beau, sanctifi\u00e9e par l&rsquo;exposition dans le \u00a0\u00bb mus\u00e9e-tombeau \u00ab\u00a0, qui est une forme, somme toute contestable \u2014 et contest\u00e9e \u2014 du mus\u00e9e ? (1991 &lsquo; 101). \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Mais on pourrait retourner la question en ces termes : si l&rsquo;exposition des \u0153uvres dans le mus\u00e9e est contest\u00e9e, comment pourrait s&rsquo;exprimer l&rsquo;art ? Est-il possible aujourd&rsquo;hui de concevoir l&rsquo;art en dehors des mus\u00e9es ? Et les artistes, n&rsquo;ont-ils pas besoin, pour se faire appr\u00e9cier du public, de passer par l&rsquo;exposition de leurs \u0153uvres ? Quoiqu&rsquo;on dise, l&rsquo;\u0153uvre d&rsquo;art libre, \u00e9mancip\u00e9e, a besoin d&rsquo;\u00eatre expos\u00e9e et cela ne rel\u00e8ve \u00ab pas simplement [du] culte d&rsquo;une certaine id\u00e9e du beau \u00bb ; il s&rsquo;agit de l&rsquo;essence m\u00eame de l&rsquo;art mort qui n&rsquo;a d&rsquo;autres buts que d&rsquo;\u00eatre montr\u00e9 pour \u00eatre vu. Que serait cet art sans l&rsquo;exposition ?<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>Unit\u00e9 de l&rsquo;esth\u00e9tique et esth\u00e9tique africaine<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p>Des trois d\u00e9finitions propos\u00e9es par M. Coquet, seule la troisi\u00e8me rel\u00e8ve de l&rsquo;esth\u00e9tique. La premi\u00e8re \u2014 <em>\u00ab analyse de la morphologie de l&rsquo;objet ou d&rsquo;un ensemble d&rsquo;objets afin de d\u00e9gager la pens\u00e9e formelle d\u00e9velopp\u00e9e par une soci\u00e9t\u00e9&#8230; \u00bb<\/em> \u2014 , ainsi que la deuxi\u00e8me \u2014 <em>\u00ab interpr\u00e9tation des arts figuratifs quant \u00e0 leur contenu \u00bb<\/em> \u2014 ne rel\u00e8vent pas de l&rsquo;esth\u00e9tique. Ces d\u00e9finitions appartiennent au domaine de la s\u00e9miotique et de l&rsquo;iconologie dont le but est de rechercher la signification que prend une \u0153uvre d&rsquo;art, comme signe, produit \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur d&rsquo;une soci\u00e9t\u00e9 donn\u00e9e. Conna\u00eetre la signification d&rsquo;une \u0153uvre d&rsquo;art africain dans son contexte d&rsquo;origine, examiner l&rsquo;\u0153uvre relativement aux traditions dans lesquelles elle a \u00e9merg\u00e9 afin de comprendre son sens, sa valeur dans la soci\u00e9t\u00e9, est une chose louable. Mais une telle \u00e9tude est-elle \u00e0 consid\u00e9rer comme \u00e9tant une analyse esth\u00e9tique ?<\/p>\n\n\n\n<p>Examinons la de plus pr\u00e8s : lorsqu&rsquo;on analyse une \u0153uvre d&rsquo;art dans le but de d\u00e9finir sa signification, on pose a priori qu&rsquo;il existe dans cette \u0153uvre une fin d\u00e9termin\u00e9e que l&rsquo;\u0153uvre manifeste. A partir de l\u00e0, le discours qui sera d\u00e9velopp\u00e9, le sera suivant un concept donn\u00e9. C&rsquo;est ce que nous laisse entendre l&rsquo;affirmation suivante : <em>\u00ab&#8230; pour les Tschokwe d&rsquo;Angola&#8230; le terme utotombo d\u00e9signe un objet bien fait et efficace, r\u00e9alis\u00e9 avec beaucoup d&rsquo;habilet\u00e9 et d&rsquo;amour \u00bb<\/em> (Lehuard 1990 : 54).<\/p>\n\n\n\n<p>Une telle assertion, fond\u00e9e sur les concepts d&rsquo;efficacit\u00e9, de perfection et d&rsquo;amour, ne peut en aucun cas \u00eatre consid\u00e9r\u00e9e comme \u00e9tant un jugement esth\u00e9tique car celui-ci, selon Kant (et ce n&rsquo;est pas une simple \u00ab r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 \u00bb un grand auteur), est \u00ab sans concept \u00bb. Qu&rsquo;est-ce que cela veut dire ? Cela signifie que le beau est le r\u00e9sultat de la pure rencontre d&rsquo;un objet et d&rsquo;un sujet. En d&rsquo;autres termes, le beau est le sentiment qui na\u00eet chez un sujet au moment o\u00f9 il a en face de soi un objet. Ce sentiment est ind\u00e9pendant de la possession ou non de toute connaissance quelle qu&rsquo;elle soit ; d&rsquo;o\u00f9 sa puret\u00e9. C&rsquo;est pourquoi, le jugement que M. Coquet appelle esth\u00e9tique, et qui est un jugement port\u00e9 sur les \u00ab qualit\u00e9s plastiques \u00bb d&rsquo;un objet \u00ab par les sp\u00e9cialistes, sculpteurs, bronziers, etc. \u00bb (1990 : 59), n&rsquo;est pas un jugement esth\u00e9tique mais un jugement de connaissance. Les qualit\u00e9s dont parle M. Coquet sont li\u00e9es davantage \u00e0 la norme \u00e9tablie conform\u00e9ment au r\u00f4le social de l&rsquo;\u0153uvre qu&rsquo;\u00e0 la forme de celle-ci comme le laisse entendre l&rsquo;auteur du \u00ab Quiproquos \u00bb. Quant aux critiques, ici cit\u00e9s, il s&rsquo;agit, la plupart du temps, de personnes initi\u00e9es qui savent ce qui, dans l&rsquo;objet, est conforme \u00e0 la norme admise. Leur \u00e9nonc\u00e9 n&rsquo;est pas un sentiment imm\u00e9diat mais une assertion construite, \u00e9tablie \u00e0 partir des crit\u00e8res qui leur ont \u00e9t\u00e9 transmis \u00e0 travers le savoir traditionnel qu&rsquo;est l&rsquo;initiation.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette contribution \u00e0 la discussion sur l&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;une esth\u00e9tique africaine serait incompl\u00e8te si l&rsquo;analyse fond\u00e9e sur l&rsquo;existence de certaines notions relatives (ou consid\u00e9r\u00e9es comme telles) \u00e0 l&rsquo;esth\u00e9tique n&rsquo;\u00e9tait pas ici \u00e9voqu\u00e9e. Cette approche qui est contemporaine de la n\u00e9gritude est aujourd&rsquo;hui reprise par certains auteurs. Dans son article (1990), Raoul Lehuard a \u00e9tabli l&rsquo;existence d&rsquo;un certain nombre de concepts dont le beau, le bien, le bon, le laid, l&rsquo;affreux, etc., chez les Tsaye, les Ifumu, les Yombe et les Vili.<\/p>\n\n\n\n<p>C&rsquo;est en ces termes que se posait d\u00e9j\u00e0 le probl\u00e8me \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque de l&rsquo;\u00ab art n\u00e8gre \u00bb. Cette approche pr\u00e9tend r\u00e9soudre le probl\u00e8me de la sensibilit\u00e9 des Africains au beau et l&rsquo;existence, chez eux, de cette notion.<\/p>\n\n\n\n<p>L.-S. Senghor nous avait d\u00e9j\u00e0 appris que chez les Wolof, les termes t\u00e2r et rafet qualifient, de pr\u00e9f\u00e9rence, un homme tandis que dy\u00eaka, y\u00e8m et mat d\u00e9signent l&rsquo;\u0153uvre d&rsquo;art (Senghor 1956). M. Leiris (1966), \u00e0 son tour, nous disait que pour les Bambara, l&rsquo;expression nyi d\u00e9signe indiff\u00e9remment bon ou beau et que pour les Daza du Sahara central, gale signifie bon, ngala, joli et genaso laid.<\/p>\n\n\n\n<p>A cette liste, qui pourrait s&rsquo;\u00e9tendre \u00e0 toutes soci\u00e9t\u00e9s africaines, on peut ajouter ceci : chez les Dagara du Burkina Faso, il existe deux termes pour dire beau : pblv et v\u00ed\u00edlv. Le premier d\u00e9signe la beaut\u00e9 physique dans laquelle est impliqu\u00e9e la notion de croissance. Ainsi, dans l&rsquo;expression : \u00e0 p\u00f3l-b\u00edl\u00e9 p\u00f3la (\u00ab le jeune homme est beau \u00bb), le terme pbl-bil\u00e9 est un mot, compos\u00e9 de pbl qui d\u00e9signe de fa\u00e7on g\u00e9n\u00e9rale ce qui est jeune et de b\u00edl\u00e9 qui d\u00e9signe petit. Mot \u00e0 mot, phl-bil\u00e9 veut dire : \u00ab jeune petit \u00bb. Appliqu\u00e9 \u00e0 notre exemple, il prend le sens de jeune homme car, chaque fois qu&rsquo;il n&rsquo;y a pas un nom qui pr\u00e9c\u00e8de le terme pol afin de d\u00e9terminer la nature de l&rsquo;\u00eatre dont il s&rsquo;agit, b\u00edl\u00e9 perd son sens g\u00e9n\u00e9rique et acquiert celui sp\u00e9cifique de petit de l&rsquo;homme. Par cons\u00e9quent, \u00e0 p\u00f3l-b\u00edl\u00e9 (le jeune homme) et pbl- bil\u00e9 (jeune homme) sont des formes d&rsquo;expression utilis\u00e9es toujours relativement \u00e0 l&rsquo;homme. Quant \u00e0 l&rsquo;expression p\u00f3la, elle indique le mode d&rsquo;\u00eatre du para\u00eetre du jeune homme ; ce qu&rsquo;est son aspect physique. Celui-ci, comme le laisse entendre le terme dagara, est beau. Ceci veut dire que l&rsquo;individu a une belle stature (souvent une grande taille), qu&rsquo;il a une constitution musculaire apparente qui sugg\u00e8re en lui l&rsquo;incarnation de la force physique et qu&rsquo;il a de l&rsquo;\u00e9l\u00e9gance. Dans cet exemple, la r\u00e9p\u00e9tition du terme pol marque bien l&rsquo;ambivalence de celui-ci. Cette ambivalence se manifeste \u00e0 travers l&rsquo;id\u00e9e de croissance et celle de beaut\u00e9 que l&rsquo;on retrouve toutes deux dans une seule notion.<\/p>\n\n\n\n<p>En revanche, quand on dit : <strong>\u00e0 d\u00f9u pol\u00e1<\/strong> (\u00ab la jarre est belle \u00bb), il s&rsquo;agit uniquement du para\u00eetre de l&rsquo;\u00eatre en question et cela vaut pour tous les \u00eatres inanim\u00e9s. Ici, l&rsquo;id\u00e9e de croissance n&rsquo;est nullement impliqu\u00e9e. En d\u00e9finitive, le contour s\u00e9mantique du concept de <strong>pol\u00f9<\/strong> (\u00ab beaut\u00e9 \u00bb) se pr\u00e9cise selon qu&rsquo;il d\u00e9signe un \u00eatre inanim\u00e9 ou anim\u00e9. Lorsqu&rsquo;il s&rsquo;agit d&rsquo;\u00eatres dou\u00e9s d&rsquo;\u00e2me au sens aristot\u00e9licien du terme, <strong>pol\u00f9<\/strong> peut signifier aussi bien la beaut\u00e9 que la croissance. Par contre, quand il d\u00e9termine des objets inertes, il prend un sens unique qui est celui de la beaut\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Le deuxi\u00e8me d\u00e9signe le bien et le propre, deux id\u00e9es, pour eux, difficilement dissociables. La propret\u00e9, lorsqu&rsquo;elle est consid\u00e9r\u00e9e relativement \u00e0 l&rsquo;esprit, est une qualit\u00e9 morale et comme telle, elle est un attribut du bien. En revanche, quand elle d\u00e9termine une mati\u00e8re, elle rel\u00e8ve du beau. C&rsquo;est ainsi que, l&rsquo;expression : <strong>Y\u00f3 vla<\/strong> (\u00ab un \u00a0\u00bb beau \u00a0\u00bb canari \u00bb) peut d\u00e9signer soit la propret\u00e9 du canari, soit son utilit\u00e9, en ce sens qu&rsquo;il sert convenablement \u00e0 ce pour quoi il a \u00e9t\u00e9 fait. Par exemple, s&rsquo;il s&rsquo;agit d&rsquo;un canari \u00e0 dolo (bi\u00e8re de mil pr\u00e9par\u00e9e \u00e0 base du sorgho ou du ma\u00efs), l&rsquo;expression ici voudrait dire que le canari a la capacit\u00e9 de conserver la boisson pendant une certaine dur\u00e9e (trois jours au maximum) ; qualit\u00e9 que tous les canaris de ce genre n&rsquo;ont pas toujours. A contrario, quand <strong>vl\u00e0<\/strong> d\u00e9signe une personne, il d\u00e9termine uniquement la bonne moralit\u00e9 de l&rsquo;individu. Par cons\u00e9quent, la distinction entre <strong>pol\u00f9<\/strong> et <strong>v\u00ef\u00e9l\u00f9<\/strong> est tout \u00e0 fait nette. Cette distinction est d&rsquo;autant plus marqu\u00e9e qu&rsquo;il n&rsquo;est pas possible d&#8217;employer v\u00ee\u00e9lv pour d\u00e9terminer la beaut\u00e9 corporelle d&rsquo;une personne. Par ailleurs, cette distinction est perceptible \u00e0 travers la possibilit\u00e9 qu&rsquo;il y a d&rsquo;affirmer et de nier \u00e0 la fois dans une m\u00eame phrase, en utilisant les deux termes, la \u00ab beaut\u00e9 \u00bb d&rsquo;un individu. Ainsi, dire : <strong>\u00e0 deb rj\u00e1 pbl\u00e0 k\u00e8 b\u00e8 vi\u00e9l\u00e9<\/strong> (\u00ab cet homme est beau et pas beau \u00bb) est une mani\u00e8re d&rsquo;affirmer la beaut\u00e9 physique de l&rsquo;individu et de nier par la m\u00eame occasion sa \u00ab beaut\u00e9 \u00bb morale parce qu&rsquo;il a un mauvais caract\u00e8re. A la place de la r\u00e9p\u00e9tition du mot \u00ab beau \u00bb, on pourrait mettre \u00ab bien \u00bb car la n\u00e9gation de la beaut\u00e9 signifie ici une n\u00e9gation de la moralit\u00e9 de l&rsquo;individu. En substance, cette phrase dit que si l&rsquo;homme dont il est question nous offre l&rsquo;occasion d&rsquo;admirer une \u00ab belle corpor\u00e9it\u00e9 \u00bb, il est n\u00e9anmoins susceptible de faire tout le mal possible. Du coup un tel homme, malgr\u00e9 sa belle apparence, est d\u00e9consid\u00e9r\u00e9 par la soci\u00e9t\u00e9 dagara car, pour elle, la moralit\u00e9 est plus importante que la beaut\u00e9 du corps. Alors, beaut\u00e9 et moralit\u00e9 apparaissent comme deux notions qui participent l&rsquo;une de l&rsquo;autre car, chez les Dagara, un bel homme l&rsquo;est v\u00e9ritablement lorsque cette beaut\u00e9 s&rsquo;accompagne d&rsquo;une bonne moralit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>De m\u00eame, chez les Lobi, voisins des Dagara, le terme boow\u00e9 qui est utilis\u00e9 pour d\u00e9signer la beaut\u00e9, comporte aussi, dans son champ s\u00e9mantique, la moralit\u00e9 et l&rsquo;utilit\u00e94.<\/p>\n\n\n\n<p>Par ailleurs, et parall\u00e8lement \u00e0 l&rsquo;affirmation du sculpteur du Haut-Ogoou\u00e9 dont parle M. Leiris (1966 : 337), \u00e0 la question : <em>\u00ab Recherches-tu une beaut\u00e9 dans l&rsquo;objet au moment de sa sculpture ? \u00bb<\/em>, la r\u00e9ponse du sculpteur dagara est la suivante : b\u00f4mbfv n\u00e0 m\u00e1\u00e1 le k\u00e8 be b\u00f3\u00f3br kb vi\u00e9l\u00e9 ! (\u00ab Peut-on faire une chose sans la vouloir belle ! \u00bb)[5]. Mais, ces arguments suffisent-ils pour parler d&rsquo;une esth\u00e9tique africaine ?<\/p>\n\n\n\n<p>L&rsquo;existence, dans une soci\u00e9t\u00e9, d&rsquo;une notion du beau, ainsi que la sensibilit\u00e9 de cette soci\u00e9t\u00e9 \u00e0 la beaut\u00e9, ne me paraissent pas \u00eatre des conditions suffisantes \u00e0 l&rsquo;existence d&rsquo;une esth\u00e9tique. Le probl\u00e8me de l&rsquo;esth\u00e9tique africaine ne se pose pas en termes de capacit\u00e9 ou d&rsquo;incapacit\u00e9 pour les Africains de faire des choses \u00ab belles \u00bb ou d&rsquo;avoir ou pas une sensibilit\u00e9 \u00e0 la \u00ab beaut\u00e9 \u00bb. La v\u00e9ritable difficult\u00e9 est celle de savoir \u00e0 quelles conditions les objets produits par les Africains, qui appartiennent \u00e0 un contexte culturel autre que l&rsquo;Occident o\u00f9 est n\u00e9e l&rsquo;Esth\u00e9tique, peuvent faire l&rsquo;objet d&rsquo;un discours qui respecte les r\u00e8gles de cette science. Quelles sont les limites de cette esth\u00e9tique classique occidentale \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard de l&rsquo;art africain et pourquoi toutes les cat\u00e9gories de celle-ci ne sont pas applicables \u00e0 celui-ci ? Tels sont les termes convenables, me semble-t-il, en lesquels devrait se poser la question d&rsquo;une esth\u00e9tique africaine. L.-S. Senghor a sans doute raison de dire<em> \u00ab qu&rsquo;en Afrique noire, l&rsquo;art pour l&rsquo;art n&rsquo;existe pas [et que] tout art est social&#8230; \u00bb<\/em>, mais il a tort de penser que l&rsquo;essence de l&rsquo;art n\u00e9gro-africain r\u00e9side dans la facult\u00e9 du N\u00e8gre \u00e0 se repr\u00e9senter la beaut\u00e9 ; ce qui serait le fondement de l&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;une <em>\u00ab esth\u00e9tique n\u00e9gro-africaine \u00bb<\/em> (1956 : 50). S&rsquo;il est vrai que l&rsquo;art africain s&rsquo;est impos\u00e9 en Occident comme art, conform\u00e9ment au sens que les Occidentaux donnent \u00e0 cette notion, sans pour autant que sa sp\u00e9cificit\u00e9 ne soit oubli\u00e9e, il devrait pouvoir s&rsquo;int\u00e9grer au discours esth\u00e9tique en d\u00e9pit de sa diff\u00e9rence. Mais si cette int\u00e9gration para\u00eet difficile, c&rsquo;est le signe qu&rsquo;il y a un probl\u00e8me. Il convient alors de l&rsquo;identifier et de le r\u00e9soudre plut\u00f4t que de vouloir \u00e9tablir une esth\u00e9tique africaine en pr\u00e9sentant la sensibilit\u00e9 des peuples africains \u00e0 la beaut\u00e9, ainsi que l&rsquo;existence de la notion du beau dans ces soci\u00e9t\u00e9s comme \u00e9tant l&rsquo;expression d&rsquo;une esth\u00e9tique qui leur serait sp\u00e9cifique. Il y a une esth\u00e9tique dans laquelle l&rsquo;\u0153uvre d&rsquo;art africain doit pouvoir trouver sa place ; et le sentiment qu&rsquo;une soci\u00e9t\u00e9 a du beau ne peut \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 comme \u00e9tant l&rsquo;expression d&rsquo;une esth\u00e9tique.<\/p>\n\n\n\n<p>Si l&rsquo;on doit admettre une esth\u00e9tique africaine parce que les Africains dans leur langage disposent de concepts pour d\u00e9terminer le beau, le bon, etc., on devrait admettre de la m\u00eame mani\u00e8re une esth\u00e9tique, non seulement platonicienne mais encore grecque en g\u00e9n\u00e9ral, car Platon, fondateur de la philosophie, g\u00e9n\u00e9ratrice de l&rsquo;esth\u00e9tique, avait aussi un terme pour d\u00e9signer le beau (kalos) ; il en avait par ailleurs pour l&rsquo;art (techn\u00e8) et pourtant il n&rsquo;y a pas une esth\u00e9tique platonicienne, et ceux qui parlent <em>\u00ab d&rsquo;un sujet esth\u00e9tique d\u00e9fini par une tradition philosophique platonicienne \u00bb<\/em> (Coquet 1990 : 60) devraient savoir qu&rsquo;avant Baumgarten, l&rsquo;Esth\u00e9tique n&rsquo;existait pas. Que l&rsquo;on se souvienne du texte de La R\u00e9publique, pr\u00e9cis\u00e9ment du Livre II d&rsquo;abord et ensuite du Livre X, dans lesquels Platon prononce une condamnation sans appel contre les po\u00e8tes qu&rsquo;il qualifie de <em>\u00ab faiseurs de fables \u00bb<\/em> et contre les peintres qui ne font que repr\u00e9senter l&rsquo;apparence des choses au lieu de leur r\u00e9alit\u00e9. Ce sont, dit-il, des \u00ab imitateurs \u00bb. Les imitateurs et les faiseurs de fables sont des individus qui seront exclus de la cit\u00e9 platonicienne.<\/p>\n\n\n\n<p>Parler d&rsquo;un sujet esth\u00e9tique platonicien me semble anachronique. Si Platon a une responsabilit\u00e9 dans l&rsquo;apparition de l&rsquo;esth\u00e9tique telle qu&rsquo;elle se pr\u00e9sente \u00e0 partir du XVIIIe si\u00e8cle, c&rsquo;est pour avoir offert les conditions d&rsquo;existence de cette \u00ab science \u00bb en fondant la philosophie, domaine dans lequel est n\u00e9e et se d\u00e9veloppe l&rsquo;esth\u00e9tique. Ce qu&rsquo;a fait Platon, ce qui le rend responsable de l&rsquo;esth\u00e9tique, ce n&rsquo;est pas d&rsquo;avoir construit une esth\u00e9tique ni m\u00eame d\u00e9fini un sujet esth\u00e9tique, c&rsquo;est d&rsquo;avoir \u00e9tabli ceci que l&rsquo;\u00e9tant est et se manifeste (Lacoue-Labarthe 1988 : 102-104). Et que cet \u00e9tant est une mati\u00e8re qui a pris forme ; c&rsquo;est le bois ou le marbre devenu statue ; la toile devenue tableau. Par sa forme ext\u00e9rieure, son contour, sa limite, l&rsquo;\u00e9tant manifeste sa pr\u00e9sence parmi les existants. En d\u00e9terminant l&rsquo;\u00e9tant comme ce qui \u00ab para\u00eet selon son \u00e9idos \u00bb \u00e9crit Heidegger, c&rsquo;est-\u00e0-dire ce qui acquiert la forme qui lui convient faisant ainsi de lui un \u00e9tant particulier parmi tous les \u00e9tants, Platon a pos\u00e9 les fondements m\u00e9taphysiques de l&rsquo;esth\u00e9tique. En cela, il est responsable de la philosophie en g\u00e9n\u00e9ral et par ricochet (mais non directement) de l&rsquo;esth\u00e9tique.<\/p>\n\n\n\n<p>L&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;une esth\u00e9tique africaine est une entreprise fort complexe. Aussi dans ce domaine, une analyse exige un minimum de pr\u00e9cautions. Rechercher la signification d&rsquo;une \u0153uvre d&rsquo;art dans une soci\u00e9t\u00e9 est une chose qui rel\u00e8ve de l&rsquo;iconologie ; et ce serait commettre une erreur que de penser que cela est de l&rsquo;ordre de l&rsquo;esth\u00e9tique parce qu&rsquo;une certaine conception esth\u00e9tique, celle de Hegel par exemple, est consacr\u00e9e, en partie, \u00e0 l&rsquo;analyse du contenu des \u0153uvres. L&rsquo;objectif essentiel de Hegel est moins de d\u00e9terminer la signification de l&rsquo;\u0153uvre d&rsquo;art que de d\u00e9finir l&rsquo;essence originelle de l&rsquo;art. \u00c9tablir le rapport entre une \u0153uvre et le libre jeu des facult\u00e9s de l&rsquo;esprit d&rsquo;un sujet en est une autre ; cela rel\u00e8ve, \u00e0 proprement parler, de l&rsquo;esth\u00e9tique. Affirmer la beaut\u00e9 d&rsquo;un objet dans une soci\u00e9t\u00e9 donn\u00e9e est concevable ; mais ce constat ne constitue en aucune mani\u00e8re une esth\u00e9tique propre \u00e0 cette soci\u00e9t\u00e9 car l&rsquo;esth\u00e9tique ne se r\u00e9sume pas \u00e0 la possibilit\u00e9 d&rsquo;affirmer la beaut\u00e9 des choses.<\/p>\n\n\n\n<p>Si, aujourd&rsquo;hui, le d\u00e9bat sur l&rsquo;esth\u00e9tique africaine est aussi vif, c&rsquo;est probablement parce qu&rsquo;au discours d\u00e9j\u00e0 ancien, fond\u00e9 sur la volont\u00e9 de d\u00e9terminer une sp\u00e9cificit\u00e9 africaine de l&rsquo;esth\u00e9tique, comme s&rsquo;il existait d\u00e9j\u00e0 une telle esth\u00e9tique qui serait diff\u00e9rente de celle connue en Occident, s&rsquo;oppose un autre discours qui consid\u00e8re l&rsquo;esth\u00e9tique comme une discipline \u2014 et m\u00eame une \u00ab science \u00bb \u2014 dans laquelle la nature du discours sur l&rsquo;\u0153uvre d&rsquo;art africain reste \u00e0 d\u00e9terminer. Le discours qui consiste \u00e0 \u00e9tablir l&rsquo;existence linguistique de certaines notions comme le beau, la beaut\u00e9, le laid, le bon, etc., et qui est essentiellement celui de Senghor, Memel-Fot\u00ea, Leiris, rel\u00e8ve d&rsquo;une id\u00e9ologie politique : la n\u00e9gritude, dont l&rsquo;une des aspirations est l&rsquo;auto-affirmation du N\u00e8gre. Ce discours, qui est soutenu par certains africanistes, a trouv\u00e9 sa caution scientifique non seulement aupr\u00e8s des p\u00e8res fondateurs de la n\u00e9gritude, qui sont essentiellement des intellectuels africains et Noirs am\u00e9ricains, mais encore au sein de l&rsquo;ethnologie. Si une telle approche de l&rsquo;esth\u00e9tique africaine \u00e9tait hier justifi\u00e9e, elle me para\u00eet, aujourd&rsquo;hui, d\u00e9pass\u00e9e. Il ne s&rsquo;agit plus d&rsquo;affirmer que le Noir africain a la capacit\u00e9 de se repr\u00e9senter le beau ni m\u00eame qu&rsquo;il est sensible \u00e0 cette notion (\u00e0 l&rsquo;instar de l&rsquo;Europ\u00e9en). Ce qui est en question, c&rsquo;est un probl\u00e8me d&rsquo;ordre \u00e9pist\u00e9mologique : comment int\u00e9grer l&rsquo;art africain dans le discours esth\u00e9tique tout en respectant d&rsquo;une part les principes et les r\u00e8gles de cette \u00ab science \u00bb et d&rsquo;autre part la nature de cet art qui n&rsquo;appartient pas au m\u00eame contexte historico- culturel que l&rsquo;esth\u00e9tique ? La r\u00e9solution de cette question passe, sans doute, par une d\u00e9finition (red\u00e9finition plut\u00f4t !) de l&rsquo;art. Mais cet autre probl\u00e8me, \u00e9tant donn\u00e9 son importance, ne peut \u00eatre envisag\u00e9 dans les limites restreintes de cet article.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Som\u00e9 Roger.<\/strong><br>Autour de l&rsquo;esth\u00e9tique africaine. In: Journal des africanistes, 1992, tome 62, fascicule 1. pp. 113-126;<\/p>\n\n\n\n<p>Paris, CNRS<\/p>\n\n\n\n<p><span style=\"text-decoration: underline;\"><strong>Notes<\/strong><\/span><\/p>\n\n\n\n<p>1. Faut-il parler d&rsquo;art africain ou des arts africains ou encore des arts d&rsquo;Afrique noire ? Il est vrai que l&rsquo;Afrique est peupl\u00e9e de multiples soci\u00e9t\u00e9s qui ont chacune une culture sp\u00e9cifique. Par cons\u00e9quent, il me para\u00eet plus ad\u00e9quat de parler des arts de l&rsquo;Afrique, expression qui marque la diversit\u00e9. N\u00e9anmoins, il me semble qu&rsquo;il existe des \u00e9l\u00e9ments qui fondent l&rsquo;unit\u00e9 de cette diversit\u00e9 : il y a, de nos jours, le caract\u00e8re marchand de l&rsquo;\u0153uvre d&rsquo;art africain dont parle Georges Dupr\u00e9 (1990 : 101) et le rapport de cet art \u00e0 la religion. Cette derni\u00e8re caract\u00e9ristique l&rsquo;oppose en un certain sens \u00e0 l&rsquo;art en Occident qui se d\u00e9finit comme \u00e9tant ce qui a perdu l&rsquo;aspect religieux, un art lib\u00e9r\u00e9 de la contrainte religieuse et qui, ainsi, s&rsquo;offre \u00e0 la contemplation. De ce point de vue, l&rsquo;usage de l&rsquo;expression art africain me para\u00eet aussi fond\u00e9. Ceci \u00e9tant, les vrais probl\u00e8mes qui se posent \u00e0 l&rsquo;\u00e9tude de l&rsquo;art africain portent moins sur la question de terminologie topographique que sur les m\u00e9thodes d&rsquo;analyse.<\/p>\n\n\n\n<p>2. Il s&rsquo;agit en fait de Roger Pouivet, Lucien St\u00e9phan et moi-m\u00eame, qui avions prononc\u00e9 chacun une communication qui met en question l&rsquo;existence ou la possibilit\u00e9 d&rsquo;une esth\u00e9tique de l&rsquo;art africain (voir les Actes du colloque 1990).<\/p>\n\n\n\n<p>3. Beaucoup d&rsquo;autres questions relatives \u00e0 ce continent devraient, me semble-t-il, \u00eatre \u00e9tudi\u00e9es conform\u00e9ment \u00e0 ce qu&rsquo;est l&rsquo;Afrique de nos jours et non pas comme si elle \u00e9tait rest\u00e9e sans influence ext\u00e9rieure, notamment occidentale.<\/p>\n\n\n\n<p>4. J&rsquo;ai d\u00e9velopp\u00e9 cette question dans une \u00e9tude r\u00e9cente : \u00ab La statuaire lobi et dagara du Burkina Faso. Question d&rsquo;esth\u00e9tique \u00bb, communication prononc\u00e9e lors du colloque, \u00ab La recherche en sciences humaines et l&rsquo;image : le pays lobi \u00bb, Ouagadougou, 10-15 d\u00e9cembre 1990.<\/p>\n\n\n\n<p>5. Da toborn, Bapla, ao\u00fbt 1988.<\/p>\n\n\n\n<p><strong><span style=\"text-decoration: underline;\">Bibliographie<\/span><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>BIBLIOGRAPHIE Actes du Colloque, mars 1990. \u00ab De l&rsquo;art n\u00e8gre \u00e0 l&rsquo;art africain \u00bb. Paris, mus\u00e9e des Arts africains et oc\u00e9aniens (Arts d&rsquo;Afrique noire), 153 p.<\/p>\n\n\n\n<p>Benjamin, w. 1983. \u00ab L&rsquo;\u0153uvre d&rsquo;art \u00e0 l&rsquo;\u00e8re de sa reproductibilit\u00e9 technique \u00bb, Essai IL Paris, Deno\u00ebl, 223 p. \u2014 1986.<\/p>\n\n\n\n<p>Le concept de critique esth\u00e9tique dans le romantisme allemand, traduction Philippe Lacoue-Labarthe et Anne-Marie Lang. Paris, Flammarion, 188 p.<\/p>\n\n\n\n<p>Coquet, M. 1990. \u00ab Quiproquos. A propos d&rsquo;esth\u00e9tique africaine. \u00bb Journal des africanistes 60 (2) : 53-64. Paris, mus\u00e9e de l&rsquo;Homme.<\/p>\n\n\n\n<p>Corps sculpt\u00e9s, corps par\u00e9s, corps masqu\u00e9s. Chefs-d&rsquo;\u0153uvre de la C\u00f4te-d &lsquo;Ivoire, Catalogue d&rsquo;exposition, 18 octobre- 15 d\u00e9cembre 1989, Grand Palais. Tours, Association fran\u00e7aise d&rsquo;action artistique, 249 p.<\/p>\n\n\n\n<p>DUPR\u00c9, G. 1990. \u00ab L&rsquo;art africain : une marchandise dissimul\u00e9e \u00bb, Gradhiva 8 : 100-103. Paris, Jean-Michel Place.<\/p>\n\n\n\n<p>GUERRE, P. 1967. \u00ab La sculpture n\u00e8gre est-elle un art ? \u00bb, Critique 247 : 840-52. Paris, \u00c9d. de Minuit.<\/p>\n\n\n\n<p>KANT, E. 1982. Critique de la facult\u00e9 de juger. Paris, J. Vrin, 308 p.<\/p>\n\n\n\n<p>Kerchache, J. 1988. \u00ab Un parcours initiatique \u00bb, L&rsquo;art africain. Paris, Citadelles.<\/p>\n\n\n\n<p>Lacoue-Labarthe, P. 1988. \u00ab La v\u00e9rit\u00e9 sublime \u00bb. Du sublime. Paris, Berlin : 97-147.<\/p>\n\n\n\n<p>Lehuard, R. 1990. \u00ab Question d&rsquo;esth\u00e9tique en Afrique noire \u00bb Arts d&rsquo;Afrique noire 74 : 51-55.<\/p>\n\n\n\n<p>LEIRIS, M. 1967. \u00ab Le sentiment esth\u00e9tique des Noirs africains \u00bb, Fonction et signification de l&rsquo;art n\u00e8gre dans la vie du peuple et pour le peuple, colloque du 1er Festival mondial des arts n\u00e8gres, Dakar, 1-24 avril 1966. Paris, Pr\u00e9sence africaine.<\/p>\n\n\n\n<p>LEIRIS, M. et J. DELANGE. 1967. Afrique noire : la cr\u00e9ation plastique. Paris, Gallimard.<\/p>\n\n\n\n<p>Memel-Fot\u00ea, H. 1967. \u00ab La vision du beau dans la culture n\u00e9gro-africaine \u00bb, Fonction et signification de l&rsquo;art n\u00e8gre dans la vie du peuple et pour le peuple, colloque du 1er Festival mondial des arts n\u00e8gres, Dakar, 1-24 avril 1966. Paris. Pr\u00e9sence africaine.<\/p>\n\n\n\n<p>SENGHOR, L.-S. 1956. \u00ab L&rsquo;esth\u00e9tique n\u00e9gro-africaine \u00bb, Diog\u00e8ne 16, Paris, Gallimard.<\/p>\n\n\n\n<p>St\u00e9phan, L. 1985. \u00ab Ethno-esth\u00e9tique \u00bb, Encyclopaedia universalis, corpus 7 : 475-77.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Depuis la publication, \u00e0 la fin de Tann\u00e9e 1988, de L&rsquo;art africain de Jacques Kerchache, des voix s&rsquo;\u00e9l\u00e8vent pour d\u00e9noncer&hellip;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":835,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[3],"tags":[],"class_list":["post-833","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-philo"],"yoast_head":"<!-- This site is optimized with the Yoast SEO plugin v27.4 - https:\/\/yoast.com\/product\/yoast-seo-wordpress\/ -->\n<title>Autour de l\u2019esth\u00e9tique africaine - 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