{"id":254,"date":"2021-01-16T17:21:00","date_gmt":"2021-01-16T17:21:00","guid":{"rendered":"https:\/\/dogons.org\/?p=254"},"modified":"2021-04-17T07:43:56","modified_gmt":"2021-04-17T07:43:56","slug":"les-strategies-scolaires-au-togo-a-lepoque-du-mandat-francais","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/dogons.org\/index.php\/2021\/01\/16\/les-strategies-scolaires-au-togo-a-lepoque-du-mandat-francais\/","title":{"rendered":"Les strat\u00e9gies scolaires au Togo \u00e0 l\u2019\u00e9poque du mandat fran\u00e7ais"},"content":{"rendered":"\n<p>Le cours compl\u00e9mentaire de Lom\u00e9 et la formation des \u00e9lites modernes<a href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/etudesafricaines\/206#ftn1\"><strong>*<\/strong><\/a><\/p>\n\n\n\n<p>R\u00e9sum\u00e9<\/p>\n\n\n\n<p><em>Sur le littoral togolais, l\u2019\u00c9cole a \u00e9t\u00e9 per\u00e7ue d\u00e8s le milieu du XIX<sup>e<\/sup>&nbsp;si\u00e8cle comme le meilleur moyen de promotion sociale. Alors que les Allemands refusaient toute scolarisation au-del\u00e0 du primaire, les Fran\u00e7ais voulaient des auxiliaires form\u00e9s selon leur mod\u00e8le. Ils ouvrirent un cours compl\u00e9mentaire \u00e0 Lom\u00e9 en 1922, qui devint la voie royale de la promotion pour la plupart des futurs cadres du pays, en particulier les m\u00e9decins. Gr\u00e2ce \u00e0 leur \u00ab&nbsp;privil\u00e8ge culturel&nbsp;\u00bb, les enfants du littoral ont \u00e9t\u00e9 largement majoritaires&nbsp;: ils repr\u00e9sentent les deux-tiers des 343 \u00e9l\u00e8ves form\u00e9s en 22&nbsp;ans. <\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Cependant, les notables de Lom\u00e9 (surtout orient\u00e9s vers le commerce et la langue anglaise) pr\u00e9f\u00e9r\u00e8rent envoyer leurs enfants en Gold Coast. Ce clivage se retrouvera dans les luttes politiques des ann\u00e9es 1950-1960&nbsp;: malgr\u00e9 d\u2019innombrables chass\u00e9s-crois\u00e9s, les partisans de la rupture avec la France \u00e9taient plut\u00f4t des employ\u00e9s de commerce de formation anglaise, les partisans d\u2019une autonomie progressive plut\u00f4t des fonctionnaires sortis de l\u2019\u00c9cole fran\u00e7aise. Les enfants venus du Nord du Togo (12 seulement) n\u2019apparaissent qu\u2019en 1930&nbsp;; de m\u00eame les filles (16, surtout issues des bonnes familles de la c\u00f4te) \u00e0 partir de 1935.<\/p>\n\n\n\n<p>Plan<\/p>\n\n\n\n<p><strong>De l\u2019\u00e9cole primaire \u00e0 l\u2019enseignement primaire sup\u00e9rieur<\/strong><br><strong>Les origines g\u00e9ographiques des \u00e9l\u00e8ves<\/strong><br><strong>Les choix professionnels<\/strong><br><strong>Les premi\u00e8res dipl\u00f4m\u00e9es<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Dans l\u2019Afrique traditionnelle, la position sociale de chaque individu \u00e9tait en g\u00e9n\u00e9ral strictement d\u00e9termin\u00e9e par son sexe, son \u00e2ge et son lignage. L\u2019\u00c9cole moderne, d\u00e8s qu\u2019elle est apparue, a \u00e9t\u00e9, pour beaucoup de jeunes, le moyen de court-circuiter ces hi\u00e9rarchies, la voie royale pour acc\u00e9der aux fonctions les plus hautes, ce qui n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 sans induire parfois de violentes tensions. Bien s\u00fbr, ce sont les r\u00e9gions qui ont \u00e9t\u00e9 le plus t\u00f4t en contact avec le monde des Europ\u00e9ens (c\u2019est-\u00e0-dire avant tout les c\u00f4tes) qui ont su le mieux profiter de ces occasions d\u2019ascension sociale offertes par la scolarisation, alors que les r\u00e9gions int\u00e9rieures \u00e9taient \u00e0 la fois moins \u00e9quip\u00e9es en \u00e9tablissements et surtout beaucoup plus r\u00e9ticentes culturellement face \u00e0 de telles innovations. Dans de nombreux pays, la localisation g\u00e9ographique de l\u2019offre scolaire initiale, dans les \u00e9coles de l\u2019Administration et surtout dans celles des missions (en g\u00e9n\u00e9ral les plus nombreuses), est ainsi l\u2019une des cl\u00e9s pour comprendre la r\u00e9partition r\u00e9gionale ult\u00e9rieure des \u00e9lites, et donc des pouvoirs.<\/p>\n\n\n\n<p>Plus que la pr\u00e9sence des infrastructures, l\u2019\u00e9l\u00e9ment essentiel de ces contrastes a \u00e9t\u00e9 l\u2019attitude des populations face \u00e0 l\u2019\u00e9cole[<strong>1<\/strong>]. Le Togo est ici un cas particuli\u00e8rement int\u00e9ressant, car on peut y reconstituer une grande diversit\u00e9 de strat\u00e9gies de la part des acteurs en pr\u00e9sence, europ\u00e9ens et surtout africains [<strong>2<\/strong>]. Les documents disponibles nous permettent m\u00eame une passionnante observation des comportements des individus, d\u00e9marche qui se r\u00e9v\u00e8le tr\u00e8s instructive pour expliquer, par les choix collectifs et les itin\u00e9raires personnels des ann\u00e9es 1920-1945, un grand nombre des positions des principaux cadres du Togo au cours des ann\u00e9es qui pr\u00e9c\u00e9d\u00e8rent et suivirent l\u2019ind\u00e9pendance, quand arriva au pouvoir la g\u00e9n\u00e9ration scolaris\u00e9e d\u2019une guerre mondiale \u00e0 l\u2019autre.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019originalit\u00e9 des vieilles cit\u00e9s marchandes de la c\u00f4te du Togo, qui avaient \u00e9volu\u00e9 depuis le&nbsp;xviii<sup>e<\/sup>&nbsp;si\u00e8cle au contact du commerce transatlantique, \u00e9tait que les \u00e9lites dirigeantes y devaient leur position \u00e0 leur seule richesse, fond\u00e9e sur le commerce, la propri\u00e9t\u00e9 fonci\u00e8re et les plantations, activit\u00e9s qui exigeaient de plus en plus la ma\u00eetrise de l\u2019\u00e9crit. \u00c0 Aneho (\u00e0 l\u2019extr\u00e9mit\u00e9 orientale du littoral aujourd\u2019hui togolais, \u00e0 45 km de Lom\u00e9, tout contre la fronti\u00e8re de l\u2019actuel B\u00e9nin), on en avait compris remarquablement t\u00f4t l\u2019importance&nbsp;: le vieux \u00ab&nbsp;cab\u00e9c\u00e8re&nbsp;\u00bb [<strong>3<\/strong>]&nbsp;George Lawson avait ainsi, de son propre chef, fond\u00e9 une \u00e9cole moderne d\u00e8s 1842-1843, avec l\u2019aide de la mission m\u00e9thodiste de Sierra Leone.<\/p>\n\n\n\n<p>En 1887, Aneho, alors principale ville marchande de la fraction de la c\u00f4te pass\u00e9e sous l\u2019autorit\u00e9 de l\u2019Allemagne, devint le chef-lieu du nouveau protectorat, fond\u00e9 officiellement trois ans plus t\u00f4t, mais encore extr\u00eamement d\u00e9muni de moyens d\u2019action dans tous les domaines. Conscients des enjeux du monde moderne, les notables de la r\u00e9gion insist\u00e8rent beaucoup pour la cr\u00e9ation d\u2019\u00e9coles, n\u2019h\u00e9sitant pas \u00e0 y contribuer de leurs propres deniers. L\u2019Administration ouvrit donc son premier cours en langue allemande en 1891 [<strong>4<\/strong>]. La vieille \u00e9cole m\u00e9thodiste, de tradition anglophone, re\u00e7ut un ma\u00eetre allemand en 1892. Les missionnaires catholiques, pr\u00e9sents \u00e0 Lom\u00e9 depuis la m\u00eame ann\u00e9e, s\u2019install\u00e8rent en 1893 dans un faubourg d\u2019Aneho, puis, en 1895, dans la ville m\u00eame. Pouss\u00e9s ou non par leurs parents, les enfants ambitieux s\u2019y pr\u00e9cipit\u00e8rent [<strong>5<\/strong>].<\/p>\n\n\n\n<p><strong>De l\u2019\u00e9cole primaire \u00e0 l\u2019enseignement primaire sup\u00e9rieur<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Apr\u00e8s de tels d\u00e9buts, l\u2019administration allemande avait en fait pratiquement abandonn\u00e9 aux missions chr\u00e9tiennes la charge de l\u2019\u00e9ducation des Togolais&nbsp;: en 1914, il n\u2019existait en tout et pour tout que trois \u00e9coles officielles [<strong>6<\/strong>], face \u00e0 plus de 330 \u00e9coles missionnaires. On y diffusait l\u2019enseignement primaire essentiellement en langue \u00e9w\u00e9, partiellement en allemand \u00e0 partir de 1905 (Lawrance 2001), presque exclusivement dans le Sud du territoire, jusqu\u2019\u00e0 200&nbsp;km du littoral au plus. Une poign\u00e9e d\u2019\u00e9l\u00e8ves pouvaient \u00e9ventuellement compl\u00e9ter leur formation dans les deux \u00e9coles techniques de Lom\u00e9 (l\u2019officielle pour les fonctions de commis d\u2019administration, la catholique pour les professions manuelles). Mais il \u00e9tait, par principe, hors de question de permettre aux Togolais l\u2019acc\u00e8s \u00e0 un enseignement g\u00e9n\u00e9ral plus pouss\u00e9 (qu\u2019ils allaient donc chercher dans les territoires voisins, plus ouverts dans ce domaine), afin d\u2019\u00e9viter toute contestation locale \u00e0 une autorit\u00e9 coloniale s\u00fbre de sa p\u00e9rennit\u00e9. Cependant, la Premi\u00e8re Guerre mondiale chassa en un tournemain les Allemands, que les Fran\u00e7ais remplac\u00e8rent \u00e0 Aneho d\u00e8s ao\u00fbt 1914, \u00e0 Lom\u00e9 en octobre 1920 [<strong>7<\/strong>], avec une philosophie coloniale tout \u00e0 fait diff\u00e9rente.<\/p>\n\n\n\n<p>En effet, remplis de certitudes et de bonne conscience quant \u00e0 leur vocation de civilisateurs, con\u00e7ue comme le devoir d\u2019assimiler les indig\u00e8nes au mod\u00e8le culturel qu\u2019ils apportaient avec eux, les Fran\u00e7ais croyaient beaucoup en la scolarisation, bien s\u00fbr uniquement dans leur langue. Ils s\u2019efforc\u00e8rent donc de la r\u00e9pandre le plus largement possible, avec l\u2019objectif de couvrir tout le territoire d\u2019un r\u00e9seau progressivement densifi\u00e9 d\u2019\u00e9coles \u00e9l\u00e9mentaires dans les villages (en fait, l\u00e0 encore, le Nord du territoire resta de loin le moins bien desservi). Dans les chefs-lieux des cercles administratifs, des \u00ab&nbsp;\u00e9coles r\u00e9gionales&nbsp;\u00bb devaient donner aux meilleurs \u00e9l\u00e8ves un enseignement qui allait jusqu\u2019au prestigieux certificat d\u2019\u00e9tudes primaires, dont le premier examen fut organis\u00e9 \u00e0 Aneho en 1920 (il y eut sept laur\u00e9ats, dont on ignore malheureusement les noms).<\/p>\n\n\n\n<p>Dans l\u2019int\u00e9rieur, o\u00f9 les populations restaient le plus souvent r\u00e9ticentes face \u00e0 l\u2019\u00e9cole des Blancs, l\u2019une des obligations tacites des chefs qui s\u2019\u00e9taient mis au service du colonisateur \u2013 et qui se devaient donc de donner en tout l\u2019exemple de l\u2019ob\u00e9issance \u2013 fut d\u2019y envoyer quelques-uns de leurs fils, ce qu\u2019ils firent vraisemblablement sans enthousiasme excessif. \u00c0 l\u2019inverse, parmi les gens du littoral, convaincus depuis longtemps, on l\u2019a dit, de l\u2019utilit\u00e9 de la scolarisation comme moyen de promotion sociale, la demande d\u2019\u00e9cole \u00e9tait tr\u00e8s forte. \u00c0 Aneho, capitale de la zone d\u2019occupation militaire fran\u00e7aise pendant la guerre, les nouvelles autorit\u00e9s avaient rouvert d\u00e8s 1915 les portes de l\u2019\u00e9cole officielle allemande, align\u00e9e sur le programme scolaire en usage au Dahomey voisin. Toutefois, pendant toute la dur\u00e9e de la guerre et m\u00eame dans les ann\u00e9es qui la suivirent, les Fran\u00e7ais furent consid\u00e9rablement g\u00ean\u00e9s par le manque chronique de ma\u00eetres disponibles. Ils ne purent que pr\u00e9lever sur le corps enseignant du Dahomey quelques instituteurs indig\u00e8nes proches des Togolais, dont le premier et le plus embl\u00e9matique fut le jeune Romuald Johnson [<strong>8<\/strong>], qui jouera par la suite un grand r\u00f4le dans l\u2019enseignement du Togo. \u00c0 mesure que les moyens le permirent, les \u00e9l\u00e8ves se press\u00e8rent encore plus nombreux dans l\u2019\u00e9cole des nouveaux ma\u00eetres que dans celle de leurs pr\u00e9d\u00e9cesseurs&nbsp;: \u00e0 Aneho, il y avait 170 \u00e9l\u00e8ves en 1918 (\u00e0 peu pr\u00e8s le m\u00eame effectif qu\u2019en 1914), 500 en 1921, 610 l\u2019ann\u00e9e suivante\u2026 (Lange 1998&nbsp;: 87).<\/p>\n\n\n\n<p>Dans ce nouveau territoire colonial o\u00f9 pratiquement personne ne parlait leur langue [<strong>9<\/strong>], les Fran\u00e7ais avaient un besoin urgent de cadres subalternes autochtones (commis d\u2019administration, instituteurs, employ\u00e9s de la poste et des chemins de fer\u2026), d\u2019autant plus qu\u2019il leur fallait concurrencer la s\u00e9duction du mod\u00e8le anglais, qui continuait \u00e0 dominer \u00e0 Lom\u00e9 et dans la riche r\u00e9gion cacaoy\u00e8re de Kpalim\u00e9. Ils devaient donc aller rapidement plus loin dans la formation d\u2019\u00e9lites locales fa\u00e7onn\u00e9es selon leur mod\u00e8le, et dont ils pensaient qu\u2019elles leur seraient naturellement toutes d\u00e9vou\u00e9es (on verra que, de ce c\u00f4t\u00e9-l\u00e0, ils ont \u00e9t\u00e9 cruellement d\u00e9\u00e7us).<\/p>\n\n\n\n<p>Le gouverneur Auguste Bonnecarr\u00e8re \u2013 celui qui, au cours d\u2019un mandat exceptionnellement long, de janvier 1922 \u00e0 d\u00e9cembre 1931, a le plus fa\u00e7onn\u00e9 le Togo fran\u00e7ais \u2013 ouvrit donc d\u00e8s septembre 1922 un \u00ab&nbsp;cours compl\u00e9mentaire&nbsp;\u00bb \u00e0 Lom\u00e9 (par la suite \u00ab&nbsp;\u00e9cole primaire sup\u00e9rieure&nbsp;\u00bb, ce qui signifie un changement de statut des enseignants, non des enseign\u00e9s). Cet \u00e9tablissement \u2013 qui restera unique au Togo pendant un quart de si\u00e8cle \u2013 dispensait une formation de type secondaire en deux ans, puis en trois. On y entrait par un concours national tr\u00e8s s\u00e9lectif, ouvert aux laur\u00e9ats du certificat d\u2019\u00e9tudes. Les \u00e9l\u00e8ves (en moyenne, une quinzaine par promotion) y vivaient en internat, compl\u00e8tement pris en charge par l\u2019Administration. \u00c0 la sortie, les meilleurs \u00e9l\u00e9ments pouvaient passer un concours pour \u00eatre envoy\u00e9s aux prestigieuses \u00ab&nbsp;\u00e9coles f\u00e9d\u00e9rales&nbsp;\u00bb de l\u2019aof, au S\u00e9n\u00e9gal, pour devenir en particulier instituteurs titulaires ou \u00ab&nbsp;m\u00e9decins africains&nbsp;\u00bb[<strong>10<\/strong>].<\/p>\n\n\n\n<p>Mais, d\u00e9j\u00e0, les Togolais r\u00eavaient de formations beaucoup plus pouss\u00e9es, qu\u2019il fallait donc suivre en Europe. Un riche planteur d\u2019Aneho, Emmanuel Sanvee, avait d\u00e9j\u00e0 envoy\u00e9 l\u2019un de ses enfants [<strong>11<\/strong>]&nbsp;poursuivre de v\u00e9ritables \u00e9tudes secondaires en 1925 au lyc\u00e9e Faidherbe de Saint-Louis du S\u00e9n\u00e9gal, puis, en 1926, en m\u00e9tropole. En 1927, ce fut le tour de l\u2019un des plus prestigieux notables de Lom\u00e9, Emmanuel Ajavon, d\u2019envoyer en France son jeune fils Robert. Aiguillonn\u00e9e par les initiatives de ces autochtones [<strong>12<\/strong>], l\u2019Administration y d\u00e9p\u00eacha, l\u2019ann\u00e9e suivante, trois autres laur\u00e9ats de la promotion 1925-1927&nbsp;: Anani Santos, Andr\u00e9 Akakpo et Nicolas Grunitzky [<strong>13<\/strong>]. Avec Robert Ajavon, tous quatre furent \u00e9l\u00e8ves au lyc\u00e9e Mignet d\u2019Aix-en-Provence, obtinrent leur baccalaur\u00e9at en 1931 et continu\u00e8rent des \u00e9tudes sup\u00e9rieures&nbsp;; ils reviendront de France docteurs en m\u00e9decine pour Ajavon et Akakpo, Santos avocat et Grunitzky ing\u00e9nieur des travaux publics. Apr\u00e8s la guerre, les quatre anciens condisciples feront tous de la politique au plus haut niveau (sur des positions violemment antagonistes)&nbsp;: Nicolas Grunitzky sera Premier ministre de la R\u00e9publique autonome, puis pr\u00e9sident de la deuxi\u00e8me R\u00e9publique&nbsp;; les autres seront parlementaires [<strong>14<\/strong>], ministres, ambassadeurs\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Mais la d\u00e9marche volontariste de Bonnecarr\u00e8re, qui tenait tant \u00e0 \u00ab&nbsp;faire briller son Territoire&nbsp;\u00bb, ne put \u00eatre poursuivie pour deux raisons majeures&nbsp;: d\u2019une part, de tels \u00e9tudiants co\u00fbtaient cher au petit Togo, dont les ressources commen\u00e7aient \u00e0 fl\u00e9chir&nbsp;; d\u2019autre part, ils posaient un probl\u00e8me politique s\u00e9rieux \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 coloniale, car, revenant avec des dipl\u00f4mes que la plupart des Blancs pr\u00e9sents sur place n\u2019avaient pas, de tels indig\u00e8nes auraient alors n\u00e9cessairement autorit\u00e9 sur des colonisateurs&nbsp;: ces derniers ne pouvaient alors l\u2019admettre. La politique de formation des cadres africains atteignait ainsi ses limites, et l\u2019enseignement primaire sup\u00e9rieur, avec ses extensions dakaroises, resta comme l\u2019horizon ultime offert aux jeunes Togolais de l\u2019\u00e9poque du mandat fran\u00e7ais. Malgr\u00e9 de telles limitations, cette formation servit pour beaucoup de tremplin \u00e0 une carri\u00e8re d\u2019envergure nationale&nbsp;: le cours compl\u00e9mentaire, que les Lom\u00e9ens appelaient avec fiert\u00e9 le \u00ab&nbsp;Petit Daka(r)&nbsp;\u00bb, a \u00e9t\u00e9 la principale p\u00e9pini\u00e8re (mais non la seule) pour les \u00e9lites togolaises qui arriveront aux affaires \u00e0 la fin de l\u2019\u00e9poque fran\u00e7aise et au d\u00e9but de l\u2019ind\u00e9pendance. Un seul exemple&nbsp;: en 1956, sur les sept membres togolais du premier gouvernement de la R\u00e9publique autonome du Togo, que pr\u00e9sidait Nicolas Grunitzky, cinq \u00e9taient des anciens du cours compl\u00e9mentaire [<strong>15<\/strong>].<\/p>\n\n\n\n<p>Pour une compr\u00e9hension aussi fine que possible des strat\u00e9gies des familles et des individus, il faut analyser la liste compl\u00e8te des \u00e9l\u00e8ves admis au cours compl\u00e9mentaire de Lom\u00e9 [<strong>16<\/strong>]. Ils sont class\u00e9s selon leur rang au concours d\u2019entr\u00e9e [<strong>17<\/strong>], de la promotion recrut\u00e9e en 1922 \u00e0 celle entr\u00e9e en 1948. Comme l\u2019Apr\u00e8s-guerre correspond \u00e0 une p\u00e9riode nouvelle, tr\u00e8s diff\u00e9rente \u00e0 tous points de vue des ann\u00e9es du mandat, on ne prendra en compte ici que les \u00e9l\u00e8ves recrut\u00e9s avant 1945, soit un total de 343. Ceux-ci ont form\u00e9 des promotions de 12 \u00e0 15 \u00e9l\u00e8ves par an de 1922 \u00e0 1927, puis de 15 \u00e0 20 jusqu\u2019en 1931. La crise \u00e9conomique et les restrictions budg\u00e9taires firent qu\u2019on n\u2019en recruta aucun en 1932 et en 1933. On recommen\u00e7a avec 6 en 1934, 8 puis 7 en 1935, 10 en 1936 [<strong>18<\/strong>], puis \u00e0 nouveau une quinzaine par an jusqu\u2019en 1941. Paradoxalement, les ann\u00e9es de la Seconde Guerre mondiale voient un essor des effectifs (29 en 1942, 22 \u00e0 26 de 1943 \u00e0 1946), qui vont ensuite s\u2019envoler (41 en 1947, 67 en 1948)\u2026 Mais mieux vaut ne pas prendre en compte ces derniers recrutements, car le contexte scolaire changeait alors tr\u00e8s rapidement, avec la transformation de l\u2019\u00e9cole primaire sup\u00e9rieure en v\u00e9ritable coll\u00e8ge moderne (puis lyc\u00e9e), l\u2019ouverture des \u00e9tablissements secondaires catholique et protestant, et surtout l\u2019offre de nombreuses facilit\u00e9s pour aller \u00e9tudier directement en France, o\u00f9 les jeunes Togolais vont se pr\u00e9cipiter. Nous pourrons suivre alors l\u2019\u00e9volution des autres effectifs en les regroupant en ensembles de promotions assez homog\u00e8nes&nbsp;: 88 \u00e9l\u00e8ves entr\u00e9s au cours compl\u00e9mentaire entre 1922 et 1926, 82 entre 1927 et 1931, 70 entre 1934 et 1939, 103 entre 1940 et 1944.<\/p>\n\n\n\n<p>13Avec ces donn\u00e9es, nous pouvons essayer de progresser dans plusieurs questions importantes pour l\u2019histoire sociale du Togo&nbsp;: dans quelle mesure les nouvelles \u00e9lites promues gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019\u00e9cole sont-elles les h\u00e9riti\u00e8res des anciennes familles commer\u00e7antes de la c\u00f4te&nbsp;? Viennent-elles, ou non, des r\u00e9gions d\u00e9j\u00e0 scolaris\u00e9es&nbsp;? Quand les autres r\u00e9gions ont-elles commenc\u00e9 \u00e0 \u00eatre concern\u00e9es, et dans quelle mesure&nbsp;? Quelles voies professionnelles ont choisies ensuite ces \u00e9l\u00e8ves, vers quels devenirs&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Les origines g\u00e9ographiques des \u00e9l\u00e8ves<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Comme l\u2019\u00e9cole primaire fran\u00e7aise d\u2019Aneho avait \u00e9t\u00e9 la premi\u00e8re du Togo \u00e0 conduire des \u00e9l\u00e8ves jusqu\u2019au certificat d\u2019\u00e9tudes (d\u00e8s 1920, on l\u2019a dit), il est naturel que les \u00e9l\u00e8ves de cette r\u00e9gion aient monopolis\u00e9 les places \u00e0 l\u2019ouverture du cours compl\u00e9mentaire. Parmi les quinze laur\u00e9ats de la toute premi\u00e8re promotion (1922-1923), on trouve tous les grands noms de la ville&nbsp;: un Ajavon, deux d\u2019Alm\u00e9ida (dont le major \u00e0 l\u2019entr\u00e9e), deux Johnson, deux Lawson, un Sanvee, un Wilson, ainsi qu\u2019un Mensah, de la famille royale de Porto-Seguro, et un Diogo venu du Dahomey mitoyen [<strong>19<\/strong>]. Il est visible que les familles les plus riches ont alors massivement mis\u00e9 sur l\u2019\u00e9cole des Fran\u00e7ais. Notons aussi le succ\u00e8s d\u2019Hubert Kponton, de l\u2019une des deux dynasties qui rivalisent pour le tr\u00f4ne d\u2019Aneho&nbsp;; major \u00e0 la sortie du cours compl\u00e9mentaire, il sera peu apr\u00e8s le premier jeune Togolais \u00e0 r\u00e9ussir le concours de William-Ponty et deviendra plus tard une figure majeure de la vie politique et surtout culturelle du Togo. Dans la deuxi\u00e8me promotion (1922-1924), on compte de m\u00eame, sur douze laur\u00e9ats, deux Lawson, un d\u2019Alm\u00e9ida, un Sanvee, un de Souza, un Ekou\u00e9\u2026 Ce n\u2019est que dans les ann\u00e9es suivantes que le recrutement va se diversifier un peu, et de plus en plus, comme en t\u00e9moigne le tableau&nbsp;I.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Tableau&nbsp;I. \u2013 Origines g\u00e9ographiques des \u00e9l\u00e8ves<\/strong><\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"450\" height=\"216\" src=\"https:\/\/dogons.org\/wp-content\/uploads\/2021\/03\/image.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-256\" srcset=\"https:\/\/dogons.org\/wp-content\/uploads\/2021\/03\/image.png 450w, https:\/\/dogons.org\/wp-content\/uploads\/2021\/03\/image-300x144.png 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 450px) 100vw, 450px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p>On voit la pr\u00e9pond\u00e9rance des gens d\u2019Aneho et de ses proches environs&nbsp;: les Guin-Mina (majoritaires sur la c\u00f4te), leurs voisins Pla et P\u00e9da [<strong>20<\/strong>], peu nombreux mais actifs, les Afro-Br\u00e9siliens (dont les anc\u00eatres sont revenus du Br\u00e9sil au milieu du&nbsp;xix<sup>e<\/sup>&nbsp;si\u00e8cle, et qui forment alors l\u2019\u00e9lite de la bourgeoisie c\u00f4ti\u00e8re), les Nago venus du Nigeria, souvent musulmans mais tr\u00e8s ouverts sur le monde moderne, et, nettement plus tard, quelques rares Ouatchi, peuple surtout rural en arri\u00e8re du littoral [<strong>21<\/strong>]. Toutefois, cette domination des originaires du Sud-Est du Togo va s\u2019effriter progressivement&nbsp;: de pr\u00e8s de 80&nbsp;% pour la p\u00e9riode 1922-1926 \u00e0 \u00ab&nbsp;seulement&nbsp;\u00bb 51&nbsp;% une quinzaine d\u2019ann\u00e9es plus tard (avec une forte remont\u00e9e \u00e0 68&nbsp;% pendant la Seconde Guerre mondiale, sur des effectifs plus importants), mais elle est rest\u00e9e massive. Au total, ce sont les deux tiers des laur\u00e9ats du cours de Lom\u00e9 qui sont venus de cette petite r\u00e9gion, et qui occuperont plus tard une part \u00e9minente dans les \u00e9lites togolaises \u00e0 venir, comme le feront ensuite leurs propres enfants, jusqu\u2019\u00e0 nos jours [<strong>22<\/strong>]&nbsp;: on a l\u00e0 une magnifique illustration de la notion de \u00ab&nbsp;privil\u00e8ge culturel&nbsp;\u00bb, qui favorise durablement \u00e0 la fois les familles qui ont fait ce choix, et leur r\u00e9gion tout enti\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p>Force est de constater que la place laiss\u00e9e aux autres origines g\u00e9ographiques (pas toujours faciles \u00e0 identifier, d\u2019o\u00f9 le groupe appel\u00e9 ici les \u00ab&nbsp;Adjatado indiff\u00e9renci\u00e9s&nbsp;\u00bb, ceux dont les noms, tr\u00e8s courants chez les Ew\u00e9, Mina, Adja, Anlo, Fon,&nbsp;etc., ne nous permettent pas de localiser plus pr\u00e9cis\u00e9ment la provenance) \u00e9tait n\u00e9cessairement restreinte [<strong>23<\/strong>]. Les Ew\u00e9 du Kloto [<strong>24<\/strong>], par exemple, si fortement scolaris\u00e9s par les \u00e9coles missionnaires protestantes et catholiques \u00e0 l\u2019\u00e9poque allemande, et qui formeront plus tard eux aussi une part tr\u00e8s importante des \u00e9lites intellectuelles togolaises, n\u2019apparaissent au cours compl\u00e9mentaire de Lom\u00e9 qu\u2019\u00e0 partir du d\u00e9but des ann\u00e9es 1930 (sauf erreur, le premier fut, en 1929, Emmanuel Gagli, futur m\u00e9decin et ministre&nbsp;; mentionnons aussi Gerson Kpotsra en 1935, qui sera lui aussi m\u00e9decin et ministre), de m\u00eame que les gens du centre-sud du Togo&nbsp;: les Fon [<strong>25<\/strong>], les Ana-If\u00e9 d\u2019Atakpam\u00e9 (ville qui a elle aussi \u00e9t\u00e9 dot\u00e9e d\u2019une \u00e9cole par l\u2019occupant militaire fran\u00e7ais pendant la Premi\u00e8re Guerre mondiale), les Akposso, les Kpessi de l\u2019actuelle R\u00e9gion des Plateaux\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>On doit mentionner aussi la pr\u00e9sence de jeunes M\u00e9tis, souvent tr\u00e8s bien class\u00e9s au concours d\u2019entr\u00e9e, qu\u2019ils fussent de p\u00e8re fran\u00e7ais (Louis Fabre en 1931, Andr\u00e9 Michel et le futur RP F\u00e9lix Nicolas en 1935, L\u00e9ontine Pietri et le futur d\u00e9put\u00e9 Paul Brassier en 1938, Maurice Geay et Henri Carbou en 1941\u2026) ou d\u2019origine allemande (Nicolas Grunitzky en 1925, Hans Gruner \u2013 major de sa promotion en 1927 \u2013 et Ernest Kruger \u2013 troisi\u00e8me la m\u00eame ann\u00e9e \u2013, Nathan Boehm et Emile Zupitzer en 1928, Mlle&nbsp;Beauty Kentzler en 1942, Th\u00e9odore Koehler en 1944\u2026). Beaucoup feront de brillantes carri\u00e8res, en particulier dans le secteur priv\u00e9, o\u00f9 les suivent aujourd\u2019hui leurs descendants, nombreux dans la bourgeoisie lom\u00e9enne. Il est probable que, pour ces jeunes n\u00e9s entre deux (ou trois) cultures, le besoin de reconnaissance sociale, qu\u2019ils ne manquaient pas d\u2019\u00e9prouver, a \u00e9t\u00e9 l\u2019un des moteurs de cette r\u00e9ussite.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans cette g\u00e9ographie des \u00e9lites ainsi issues de l\u2019\u00e9cole, on remarque surtout de fa\u00e7on spectaculaire le retard scolaire de la moiti\u00e9 septentrionale du pays, qui avait totalement ignor\u00e9 l\u2019\u00e9cole moderne jusqu\u2019aux tr\u00e8s timides implantations de 1912, pour ne pas dire jusqu\u2019aux ann\u00e9es 1920. Les tout premiers \u00ab&nbsp;nordistes&nbsp;\u00bb \u00e0 acc\u00e9der \u00e0 l\u2019enseignement secondaire furent donc le Bassar Honor\u00e9 Tchakorom en 1930, l\u2019ann\u00e9e suivante Mani Gnofam (\u00e9galement Bassar) et le Tchokossi Namoro Karamoko (ancien \u00e9l\u00e8ve de l\u2019\u00c9cole coranique, futur ministre \u00e0 l\u2019ind\u00e9pendance). Il faut attendre plusieurs ann\u00e9es pour voir arriver d\u2019autres nordistes&nbsp;: encore un Bassar, Gbati Dj\u00e9ri, en 1937, puis en 1938 le Kotokoli Fouss\u00e9ni Mama (autre figure d\u2019envergure nationale, notamment comme membre \u00e9minent de la communaut\u00e9 musulmane du Togo). En 1940, c\u2019est le Losso L\u00e9onard Ywassa (qui sera agronome et ministre), le Kaby\u00e8 Antoine M\u00e9atchi (lui aussi agronome, futur vice-pr\u00e9sident de la deuxi\u00e8me R\u00e9publique) et le Kotokoli Adam K\u00e9rim, qui fera lui une carri\u00e8re d\u2019enseignant, tout comme son compatriote Tinankpa Bab\u00e9l\u00e8me (major de la promotion 1941-1944, et futur ministre), tandis que, recrut\u00e9s en 1943, le Kotokoli Gibirila Sidi-Tour\u00e9 choisira la m\u00e9decine et le Kaby\u00e8 Pala Nab\u00e9d\u00e9 la carri\u00e8re militaire, en France, puis au Togo\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Nous sommes, d\u00e9j\u00e0, en plein dans l\u2019histoire ult\u00e9rieure du Togo, tant politique que sociale. Mais avant de tourner cette page, notons l\u2019absence quasi totale, dans ces listes, des gens de Lom\u00e9 et des Ew\u00e9 de ses environs. C\u2019est que les bonnes familles de Lom\u00e9 (dont beaucoup \u00e9taient originaires de Gold Coast), qui avaient toujours pratiqu\u00e9 l\u2019anglais et l\u2019avaient retrouv\u00e9 avec satisfaction au cours des six ann\u00e9es d\u2019occupation britannique, ont tout simplement retir\u00e9 leurs enfants de l\u2019\u00e9cole des Fran\u00e7ais quand, en janvier 1923, ceux-ci impos\u00e8rent le monopole de leur langue. C\u2019est ce que raconte le RP Riebstein (alors directeur de l\u2019\u00e9cole catholique de Lom\u00e9), qui avait tent\u00e9 en vain de dissuader l\u2019Administration de commettre cette grave erreur strat\u00e9gique&nbsp;: \u00ab&nbsp;En 1923, raconte-t-il, l\u2019anglais fut brutalement supprim\u00e9, avec le r\u00e9sultat que les hautes classes se vid\u00e8rent compl\u00e8tement, les \u00e9l\u00e8ves s\u2019\u00e9tant fait inscrire dans les \u00e9coles anglaises de la Gold Coast toute proche&nbsp;\u00bb (Anonyme 1974&nbsp;: 12). Parmi les jeunes qui quitt\u00e8rent alors le Togo fran\u00e7ais, citons Daniel Chapman, qui continuera ses \u00e9tudes \u00e0 Accra, puis en Angleterre et aux \u00c9tats-Unis, avant de revenir en Gold Coast, o\u00f9 il cr\u00e9era le mouvement pan-Ew\u00e9, si actif apr\u00e8s la Seconde Guerre mondiale.<\/p>\n\n\n\n<p>Et, de fait, pendant longtemps, les fils de l\u2019aristocratie lom\u00e9enne, s\u2019ils font leur \u00e9cole primaire au Togo, seront tr\u00e8s nombreux \u00e0 poursuivre leurs \u00e9tudes secondaires dans le territoire voisin, notamment au prestigieux coll\u00e8ge d\u2019Achimota [<strong>26<\/strong>], dans la banlieue d\u2019Accra. Les grands notables de Lom\u00e9 n\u2019envoy\u00e8rent donc leurs enfants \u00e0 l\u2019\u00e9cole des Fran\u00e7ais qu\u2019en nombre infime&nbsp;: on ne rel\u00e8ve que deux des (nombreux) fils du riche propri\u00e9taire Timothy Anthony, Ernest en 1929 et son fr\u00e8re Joseph en 1930, ainsi que le jeune Bruno Savi de Tov\u00e9 (fils du secr\u00e9taire du conseil des notables et journaliste officiel de l\u2019Administration, plus tard pr\u00e9sident de l\u2019Assembl\u00e9e nationale au moment de l\u2019ind\u00e9pendance [<strong>27<\/strong>]) en 1937, et Mlle&nbsp;Christiane Olympio [<strong>28<\/strong>]&nbsp;en 1943, unique repr\u00e9sentante de cette famille si puissante et renomm\u00e9e. Au total, pas un Acolats\u00e9, pas un Assah, pas un Homawoo, pas un Okloo, pas un Tamaklo\u00e9\u2026 De m\u00eame, on trouve assez peu des Nago de Lom\u00e9, alors que ceux-ci font partie des citadins les plus dynamiques, en particulier dans les divers artisanats&nbsp;: Cosmas Dos Reis en 1927, Barth\u00e9lemy Aguiar en 1939, Moudjibou Brym en 1942\u2026 Les Ew\u00e9 des villages devenus p\u00e9ri-urbains de B\u00e8 et d\u2019Amoutiv\u00e9 sont eux aussi pratiquement absents (en particulier les familles des deux chefs de canton, Adjall\u00e9 et Aklassou, alors tr\u00e8s peu port\u00e9s sur la modernit\u00e9 et donc encore moins sur l\u2019\u00c9cole), hormis le futur enseignant Michel Adanl\u00e9t\u00e9 en 1934. Quant aux Ew\u00e9 du Kloto, qui seront par la suite si importants dans les \u00e9lites intellectuelles togolaises, on a d\u00e9j\u00e0 mentionn\u00e9 combien ils \u00e9taient alors peu nombreux.<\/p>\n\n\n\n<p>Signalons quand m\u00eame la pr\u00e9sence parmi les laur\u00e9ats de Lom\u00e9 ou de sa proche r\u00e9gion, dont le nombre s\u2019accroissait petit \u00e0 petit, de jeunes gens d\u2019ascendance moins c\u00e9l\u00e8bre, mais qui feront ensuite des carri\u00e8res tr\u00e8s honorables&nbsp;: le futur v\u00e9t\u00e9rinaire (et ministre) Paul Amegee en 1928, le futur m\u00e9decin (et maire de Lom\u00e9) Robert Fiadjoe en 1934, le futur pharmacien (et pr\u00e9sident de la Chambre de commerce) Albert Djabaku en 1936, Marguerite Thompson (Mme Tr\u00e9nou, future secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9rale de la Chambre de commerce, puis avocate) en 1937, le dentiste Charles Ghartey en 1943, l\u2019agronome Fran\u00e7ois Codjo Atsu (futur chef d\u2019Ago\u00e8nyiv\u00e9 et pr\u00e9sident des chefs traditionnels du Togo) en 1944\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Cette coupure nette entre les \u00e9lites \u00e9duqu\u00e9es selon les mod\u00e8les fran\u00e7ais ou anglais sera l\u2019une des cl\u00e9s \u2013 bien s\u00fbr relative, car les \u00ab&nbsp;transfuges&nbsp;\u00bb furent innombrables et les d\u00e9terminations bien plus complexes \u2013 de la vie politique des ann\u00e9es 1945 \u00e0 1970. Les Togolais de culture anglaise (parfaitement repr\u00e9sent\u00e9s par le futur pr\u00e9sident Sylvanus Olympio [<strong>29<\/strong>]) exprimeront vite et fort leur rejet du mod\u00e8le fran\u00e7ais, qui n\u2019avait pas fa\u00e7onn\u00e9 leur jeunesse, tandis que les anciens \u00e9l\u00e8ves form\u00e9s par le cours compl\u00e9mentaire particip\u00e8rent surtout au courant mod\u00e9r\u00e9, le Parti togolais du progr\u00e8s (ptp) [<strong>30<\/strong>], que l\u2019Administration coloniale avait suscit\u00e9 [<strong>31<\/strong>], en l\u2019imaginant fid\u00e8le puisque francophone. En fait, ce furent les dirigeants du&nbsp;ptp&nbsp;qui la manipul\u00e8rent sans cesse pour lui arracher toujours plus d\u2019autonomie, le temps de bien se pr\u00e9parer \u00e0 l\u2019ind\u00e9pendance (que les cadres, malgr\u00e9 leur culture toute fran\u00e7aise, ne souhaitaient pas moins ardemment que les militants du&nbsp;cut, le parti qui s\u2019affichait nationaliste). Pos\u00e9e en ces termes purement politiques, la strat\u00e9gie scolaire fran\u00e7aise fut donc un \u00e9chec total.<\/p>\n\n\n\n<p>D\u2019autre part, malgr\u00e9 ses efforts, la France n\u2019a pas non plus r\u00e9ussi \u00e0 combler le d\u00e9s\u00e9quilibre r\u00e9gional dont a tant souffert le Togo des deux premi\u00e8res d\u00e9cennies de l\u2019ind\u00e9pendance en mati\u00e8re de scolarisation, avec ce foss\u00e9 entre Nord et Sud qui p\u00e8sera si lourdement sur la vie politique ult\u00e9rieure. On a vu ici \u00e9merger les tout premiers intellectuels du Nord&nbsp;: avant 1945, ils sont au nombre d\u2019une douzaine seulement. Quantitativement, ils p\u00e8sent donc infiniment peu devant l\u2019imposante masse des lettr\u00e9s du Sud, et en particulier ceux issus des grandes familles du Pays guin-mina&nbsp;: sur les 343 laur\u00e9ats de notre liste, figurent, entre 1922 et 1945, 22 Lawson [<strong>32<\/strong>]&nbsp;(autant que tous les originaires du Centre et du Nord r\u00e9unis), 10 d\u2019Alm\u00e9ida, 10 Johnson, 7 Ajavon, 7 Mensah, 4 Ekou\u00e9, Gbikpi et Sanvee, 3 Ayih, de Medeiros, Santos, Sitti, Wilson\u2026[<strong>33<\/strong>]&nbsp;Cinq familles ont donn\u00e9 \u00e0 elles seules 16&nbsp;% des futurs cadres du Togo. De telles disparit\u00e9s ne pouvaient qu\u2019\u00eatre lourdes de cons\u00e9quences pour l\u2019avenir.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Les choix professionnels<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>En cr\u00e9ant le cours compl\u00e9mentaire, l\u2019Administration voulait avant tout satisfaire d\u2019urgence ses propres besoins en cadres techniques moyens, car les titulaires du seul certificat d\u2019\u00e9tudes primaires ne pouvaient remplir toutes les fonctions d\u00e9volues aux autochtones. Les premiers dipl\u00f4m\u00e9s furent donc nombreux \u00e0 \u00eatre embauch\u00e9s par elle d\u00e8s la fin de leur scolarit\u00e9. Ce fut par exemple l\u2019itin\u00e9raire de Georges Ap\u00e9doh-Amah (de la promotion 1927-1930), que Bonnecarr\u00e8re prit \u00e0 ses c\u00f4t\u00e9s en 1930, \u00e0 l\u2019\u00e2ge de 16 ans, comme commis exp\u00e9ditionnaire et interpr\u00e8te des notables au palais des gouverneurs (o\u00f9 il reviendra beaucoup plus tard comme homme politique de tout premier plan [<strong>34<\/strong>]). Il fallait donc beaucoup de monde pour peupler la fonction publique, en particulier l\u2019enseignement et la sant\u00e9 (entre lesquels les affectations furent parfois autoritaires)&nbsp;; il en fallait aussi pour les fonctions plus techniques comme les poste-t\u00e9l\u00e9graphe-t\u00e9l\u00e9phone, la m\u00e9t\u00e9orologie et les chemins de fer.<\/p>\n\n\n\n<p>Les besoins en personnel des compagnies commerciales passaient au second rang des priorit\u00e9s de l\u2019Administration. Logiquement, les firmes (dont les plus puissantes furent tr\u00e8s longtemps britanniques) ont avant tout recrut\u00e9 des dipl\u00f4m\u00e9s form\u00e9s en anglais en Gold Coast&nbsp;: l\u00e0 encore, on retrouve, dans les ann\u00e9es 1950-1960, la coupure politique entre employ\u00e9s de commerce membres du&nbsp;cut&nbsp;et membres du&nbsp;ptp&nbsp;plut\u00f4t fonctionnaires (encore que le premier parti e\u00fbt lui aussi compt\u00e9 d\u2019innombrables militants parmi ces derniers, mais l\u2019inverse est nettement moins vrai).<\/p>\n\n\n\n<p>Il est difficile, si longtemps apr\u00e8s, de retrouver les devenirs professionnels des anciens \u00e9l\u00e8ves du cours compl\u00e9mentaire. Pour 20&nbsp;% d\u2019entre eux nous n\u2019avons pas d\u2019informations (quelques-uns sont d\u00e9c\u00e9d\u00e9s tr\u00e8s t\u00f4t, avant d\u2019avoir commenc\u00e9 \u00e0 travailler). Mais les 276 connus, m\u00eame si de nombreuses erreurs sont possibles (d\u2019autant plus qu\u2019il y eut des changements d\u2019orientation en cours de carri\u00e8re [<strong>35<\/strong>]), sont tout \u00e0 fait repr\u00e9sentatifs. On a regroup\u00e9 dans le tableau II ces professions en cinq grandes cat\u00e9gories&nbsp;: l\u2019administration g\u00e9n\u00e9rale (y compris la police, la magistrature, les douanes\u2026), l\u2019enseignement, les m\u00e9tiers de la sant\u00e9, les fonctions parapubliques techniques (poste, travaux publics et chemins de fer, agronomie\u2026), enfin les autres&nbsp;: emplois dans le secteur priv\u00e9 ou professions lib\u00e9rales [<strong>36<\/strong>]. Ce m\u00eame tableau nous permet d\u2019en voir les \u00e9volutions. Comme on pouvait s\u2019y attendre, les fonctions administratives et surtout enseignantes ont \u00e9t\u00e9 les d\u00e9bouch\u00e9s les plus importants pour les jeunes dipl\u00f4m\u00e9s togolais, mais en nombre d\u00e9croissant avec le temps, alors que la part des professions de la sant\u00e9 a fortement augment\u00e9, puis fl\u00e9chi. Les m\u00e9tiers techniques ont connu des variations sensibles, avec un fort engouement final, tandis que le secteur priv\u00e9 est toujours rest\u00e9 remarquablement faible.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Tableau&nbsp;II. \u2013 Profession ult\u00e9rieure des \u00e9l\u00e8ves<\/strong><\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"450\" height=\"124\" src=\"https:\/\/dogons.org\/wp-content\/uploads\/2021\/03\/image-1.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-257\" srcset=\"https:\/\/dogons.org\/wp-content\/uploads\/2021\/03\/image-1.png 450w, https:\/\/dogons.org\/wp-content\/uploads\/2021\/03\/image-1-300x83.png 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 450px) 100vw, 450px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p>Toutefois, ces chiffres cachent d\u2019importantes mutations sociales&nbsp;: si, initialement, les fonctions offertes sont toutes situ\u00e9es au bas de l\u2019\u00e9chelle, comme instituteur adjoint ou commis d\u2019administration, elles permettront par la suite des promotions importantes (ind\u00e9pendamment de celles li\u00e9es \u00e0 la politique) et une notori\u00e9t\u00e9 flatteuse. Ne citons, parmi d\u2019innombrables cas, que le policier Gabriel Fumey (promotion 1929-1932), qui deviendra commissaire de police, Paul Brassier qui sera l\u2019un des dirigeants de la Poste du Togo ou encore les enseignants Hubert Kponton (1922-1923), d\u00e9j\u00e0 \u00e9voqu\u00e9, et Gabriel Johnson (1925-1927), lui aussi haute figure de la naissance de la vie intellectuelle togolaise en tant que futur fondateur de l\u2019ifan&nbsp;au Togo, ou Jean Sitti <strong>37<\/strong>&nbsp;(promotion 1928-1931), qui cr\u00e9era l\u2019une des plus prestigieuses \u00e9coles priv\u00e9es de Lom\u00e9, David Ananou (1931-1934) qui sera aussi \u00e9crivain, peintre et organiste (Marguerat &amp; Pele\u00ef 1993&nbsp;: 187-195), Christian d\u2019Alm\u00e9ida (1942-1945) qui, apr\u00e8s avoir enseign\u00e9 la physique-chimie dans des lyc\u00e9es de France, deviendra le premier proviseur du lyc\u00e9e de Tokoin et veillera sur les premiers pas de la future Universit\u00e9 de Lom\u00e9 (Marguerat &amp; Pele\u00ef 1996&nbsp;: 97-116), ou encore le naturaliste Ampah Gabriel Johnson (1944-1947), qui sera le tout premier recteur de celle-ci.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais c\u2019est surtout dans le secteur de la sant\u00e9 que l\u2019on constate les ascensions sociales les plus fortes. L\u2019\u00e9cole f\u00e9d\u00e9rale de Dakar (suivie, plus tard et pour les plus chanceux, d\u2019un compl\u00e9ment de formation en France), permit ainsi l\u2019acc\u00e8s aux fonctions tr\u00e8s admir\u00e9es de m\u00e9decin \u00e0 une pl\u00e9iade de jeunes Togolais&nbsp;: Emmanuel Gagli et Amen Lawson (promotion 1929-1932), Simon Kpodar (1930-1933), Salomon Clocuh (1931-1934), puis surtout, apr\u00e8s la grande crise, Robert Fiadjoe (promotion 1934-1936, qui sera maire-adjoint de Lom\u00e9 aux c\u00f4t\u00e9s de Sylvanus Olympio), Rapha\u00ebl Ayih, Andr\u00e9as Aziabl\u00e9, Gerson Kpotsra (futur ministre), Pierre Mikem, Alex Ohin, David Sanvee (1935-1937 et 1935-1938), Jo\u00ebl Edorh, Carlos de Medeiros (1936-1939), Paul Adjamagbo et Marc Atid\u00e9p\u00e9 (1937-1939), R\u00e9my Agb\u00e9makpol\u00e9, Mo\u00efse Mensah et Albert Franklin [<strong>38<\/strong>]&nbsp;(1938-1941), Jean Kekeh, qui sera le premier agr\u00e9g\u00e9 de m\u00e9decine du Togo, et Valentin Vovor (1939-1942), futur ministre et pr\u00e9sident de l\u2019Assembl\u00e9e nationale\u2026 Il faut y ajouter les pharmaciens&nbsp;: Salomon Ahodikp\u00e9 (longtemps maire d\u2019Aneho), Albert Djabaku (premier Togolais pharmacien priv\u00e9, et, on l\u2019a dit, premier Togolais pr\u00e9sident de la Chambre de commerce), Francis Johnson (fondateur, en 1967, de la soci\u00e9t\u00e9 publique Togopharma) et Michel Attiso (qui enseignera la pharmacie en France), ainsi que les v\u00e9t\u00e9rinaires Nathan Boehm et Paul Amegee (futur ministre)\u2026 Et bien d\u2019autres encore, qu\u2019on ne peut tous citer ici&nbsp;: ils furent 21 dans les promotions recrut\u00e9es de 1934 \u00e0 1939, et encore 14 pendant celles des ann\u00e9es de guerre.<\/p>\n\n\n\n<p>Autre signe de cet engouement extr\u00eame pour la m\u00e9decine, rappelons que trois des plus prestigieux notables de Lom\u00e9, le grand propri\u00e9taire, planteur et entrepreneur Octaviano Olympio, le commer\u00e7ant et planteur Timothy Anthony et le pasteur Andr\u00e9as Aku (infiniment moins riche mais tr\u00e8s respect\u00e9 de tous, gouverneurs allemands et fran\u00e7ais compris), envoy\u00e8rent leur fils acqu\u00e9rir le titre de docteur en Europe [<strong>39<\/strong>], et que, parmi les quatre lyc\u00e9ens envoy\u00e9s en France en 1927-1928, deux avaient, nous l\u2019avons vu, choisi cette profession [<strong>40<\/strong>]. Si Matthias Anthony, qui mourut relativement jeune, ne se m\u00eala gu\u00e8re de politique, tous les autres, les Dr Pedro Olympio, Martin Akou, Robert Ajavon et Robert Akakpo, seront des personnalit\u00e9s majeures de l\u2019histoire du Togo, qui s\u2019affronteront dans des camps oppos\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p>Peu nombreux, les jeunes qui choisirent le secteur priv\u00e9 m\u00e9ritent aussi notre attention. Quelques-uns int\u00e9gr\u00e8rent une banque, comme les deux d\u2019Alm\u00e9ida de la toute premi\u00e8re promotion, Gratien et Victor, et le M\u00e9tis d\u2019origine anglaise Emmanuel Soly (1938-1941), ou bien au service des grandes compagnies commerciales, comme deux laur\u00e9ats de la promotion 1930-1933, Ez\u00e9chiel Lawson et Gr\u00e9goire Afangbon, qui travaill\u00e8rent l\u2019un au Congo fran\u00e7ais, l\u2019autre en C\u00f4te-d\u2019Ivoire. Plus originaux furent ceux qui choisirent des professions lib\u00e9rales, en particulier celle d\u2019avocat&nbsp;: Anani Santos (1925-1927, puis bachelier en France en 1931), qui sera le leader charismatique de la Juvento, la branche la plus activiste du&nbsp;cut, Fran\u00e7ois Amorin (promotion 1930-1933), lui aussi l\u2019un des animateurs de la Juvento, No\u00e9 Kutuklui (1937-1939), qui reprendra l\u2019h\u00e9ritage du&nbsp;cut&nbsp;apr\u00e8s l\u2019assassinat de Sylvanus Olympio, et Barth\u00e9lemy d\u2019Alm\u00e9ida (1942-1945), futur b\u00e2tonnier de l\u2019ordre des avocats. Un seul choisit d\u2019\u00eatre notaire&nbsp;: C\u00e9sar Amorin (1936-1939), fr\u00e8re cadet de l\u2019avocat Fran\u00e7ois Amorin [<strong>41<\/strong>]. D\u2019autres devinrent de prosp\u00e8res hommes d\u2019affaires, comme Emmanuel Sossah (1937-1939) ou Moudjibou Brym (1942-1945), voire femme d\u2019affaires (Beauty Kentzler-Gu\u00e9rard, de la m\u00eame promotion)\u2026 Ces pionniers avaient donc ainsi \u00e9chapp\u00e9 au moule de l\u2019enseignement fran\u00e7ais, pour lequel la fonction publique est le d\u00e9bouch\u00e9 naturel \u2013 pour ne pas dire obligatoire \u2013 de la scolarisation g\u00e9n\u00e9rale, une attitude qui est loin d\u2019avoir disparu des esprits.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Les premi\u00e8res dipl\u00f4m\u00e9es<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>La place que prirent les femmes dans cette promotion par l\u2019\u00e9cole ne pouvait \u00eatre que modeste&nbsp;: dans les ann\u00e9es 1930, les filles repr\u00e9sentaient \u00e0 peine 10&nbsp;% des effectifs du primaire. Il faut attendre 1935 pour voir deux d\u2019entre elles entrer au \u00ab&nbsp;Petit-Dakar&nbsp;\u00bb, toutes deux des demoiselles Lawson, Sophie et Frida, qui sortiront aux deuxi\u00e8me et quatri\u00e8me rangs des deux promotions recrut\u00e9es cette ann\u00e9e-l\u00e0. Les jeunes filles seront d\u00e9sormais presque toujours pr\u00e9sentes, bien qu\u2019en tr\u00e8s petit nombre&nbsp;: une ou deux par an, parfois trois, comme en 1936&nbsp;: une Fran\u00e7aise, encore une jeune Lawson (H\u00e9l\u00e8ne) et Marie Gbikpi, qui sera, trente ans plus tard, sous le nom de Mme Sivomey (Marguerat &amp; Pele\u00ef 1992&nbsp;: 183-197), un remarquable maire de Lom\u00e9. L\u2019ann\u00e9e suivante, c\u2019est Marguerite Thompson, d\u00e9j\u00e0 \u00e9voqu\u00e9e&nbsp;; en 1938, Louise de Medeiros \u2013 qui, pour la premi\u00e8re fois, enl\u00e8ve aux gar\u00e7ons le rang de major de la promotion \u2013 et la M\u00e9tisse L\u00e9ontine Pietri. Puis il y aura, en 1939, Berthe Mensah&nbsp;; en 1940, Ang\u00e8le Venance \u2013 elle aussi class\u00e9e premi\u00e8re \u2013 et Esther Quadjovi&nbsp;; en 1941, aucune, mais trois en 1942&nbsp;: Beauty Kentzler et les deux filles de l\u2019officier fran\u00e7ais qui commandait la petite troupe du Togo&nbsp;; en 1943, c\u2019est V\u00e9ronique Ananou et Christiane Olympio&nbsp;; enfin, en 1944, Imelda d\u2019Alm\u00e9ida et F\u00e9licit\u00e9 Quashie. Soit, sur ces dix ann\u00e9es, 11&nbsp;% des effectifs, mais avec deux t\u00eates de promotion, une seconde place, une quatri\u00e8me, deux septi\u00e8mes\u2026&nbsp;: des r\u00e9sultats plus qu\u2019honorables.<\/p>\n\n\n\n<p>Sur les seize jeunes Togolaises, au moins onze proviennent du Sud-Est&nbsp;: nouvelle illustration frappante de l\u2019avance culturelle (et donc sociale) de la r\u00e9gion. Plusieurs sont des s\u0153urs de laur\u00e9ats masculins (Ananou, Gbikpi, Lawson\u2026), indice tr\u00e8s significatif de la strat\u00e9gie volontariste de scolarisation de certaines familles. Nous ne connaissons les orientations professionnelles que de douze d\u2019entre elles. \u00c0 la sortie du cours compl\u00e9mentaire, sept choisirent l\u2019enseignement [<strong>42<\/strong>], trois l\u2019administration [<strong>43<\/strong>], deux la sant\u00e9 (l\u2019une comme sage-femme, principale voie alors ouverte aux femmes&nbsp;; l\u2019autre r\u00e9ussit \u00e0 devenir m\u00e9decin)&nbsp;; la derni\u00e8re, en vraie Togolaise, se lan\u00e7a dans le commerce.<\/p>\n\n\n\n<p>En conclusion, se confirment ainsi nettement les choix sociaux et culturels des r\u00e9gions o\u00f9 l\u2019on avait su tr\u00e8s t\u00f4t faire prendre aux enfants le chemin de l\u2019\u00e9cole (fran\u00e7aise au Sud-Est, anglaise \u00e0 Lom\u00e9 et au Sud-Ouest), et leur ouvrir ainsi l\u2019acc\u00e8s aux fonctions les plus \u00e9minentes. L\u2019ascension sociale des \u00e9l\u00e8ves les plus dou\u00e9s (y compris ceux sortis de l\u2019anonymat \u00e0 la force de leur seul travail personnel) fut remarquable, que ce soit dans la capitale, dans le reste du pays ou \u00e0 l\u2019\u00e9tranger [<strong>44<\/strong>]. De nos jours, leurs descendants sont encore largement aux fonctions de commandes de la soci\u00e9t\u00e9 civile, tandis que la fonction publique est davantage domin\u00e9e, pour des raisons politiques, par les dipl\u00f4m\u00e9s originaires des r\u00e9gions du Nord. Car les plus dynamiques de celles-ci (les pays kaby\u00e8, losso et bassar) ont b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 d\u2019un effort massif de scolarisation sous le r\u00e9gime Eyad\u00e9ma [<strong>45<\/strong>]. C\u2019est, de nombreuses d\u00e9cennies plus tard qu\u2019au Sud, le m\u00eame m\u00e9canisme qui fonctionne, cette fois sans \u00ab&nbsp;privil\u00e8ge culturel&nbsp;\u00bb h\u00e9rit\u00e9 d\u2019un long pass\u00e9. \u00c0 l\u2019\u00e9vidence, un avenir harmonieux pour le pays passe n\u00e9cessairement par l\u2019effacement progressif des d\u00e9s\u00e9quilibres spatiaux g\u00e9n\u00e9r\u00e9s par les in\u00e9galit\u00e9s de scolarisation. Un jour, tous, partout, devraient \u00e9galement avoir la chance de faire s\u2019\u00e9panouir leurs talents gr\u00e2ce \u00e0 des \u00e9tudes aussi pouss\u00e9es que possible. D\u00e9mocratie sociale et \u00ab&nbsp;d\u00e9mocratie spatiale&nbsp;\u00bb ne sont-elles pas \u00e0 ce prix&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Yves&nbsp;Marguerat<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Bibliographie<\/p>\n\n\n\n<p>Anonyme<\/p>\n\n\n\n<p>1974&nbsp;<em>Hommage au P\u00e8re \u00c9mile Riebstein<\/em>, Lom\u00e9, \u00c9cole professionnelle catholique.<\/p>\n\n\n\n<p>Agbobly-Atayi, B.<br>1980&nbsp;<em>L\u2019enseignement fran\u00e7ais au Sud-Togo dans l\u2019entre-deux-guerres&nbsp;: scolarisation et perspectives socio-politiques (1919-1939),<\/em>&nbsp;Th\u00e8se de doctorat, Paris, multig.<\/p>\n\n\n\n<p>Decalo, S.<br>1996&nbsp;<em>Historical Dictionary of Togo,<\/em>&nbsp;Lanham-London, The Scarecrow Press.<\/p>\n\n\n\n<p>Gayibor, N.&nbsp;L. (dir.)<br>1994&nbsp;<em>Les Togolais face \u00e0 la colonisation,<\/em>&nbsp;Lom\u00e9, Presses de l\u2019Universit\u00e9 du B\u00e9nin (\u00ab&nbsp;Patrimoines&nbsp;\u00bb, 3).<br>1997&nbsp;<em>Le Togo sous domination coloniale (1884-1960),<\/em>&nbsp;Lom\u00e9, Presses de l\u2019Universit\u00e9 du B\u00e9nin.<br>2001&nbsp;<em>Le Tricentenaire d\u2019Aneho et du Pays gouin (Actes du colloque de septembre 2000),<\/em>&nbsp;2&nbsp;vol., Lom\u00e9, Presses de l\u2019Universit\u00e9 du B\u00e9nin (\u00ab&nbsp;Patrimoines&nbsp;\u00bb, 11).<\/p>\n\n\n\n<p>Lange, M.-F.<br>1998&nbsp;<em>L\u2019\u00e9cole au Togo. Processus de scolarisation et institution de l\u2019\u00e9cole en Afrique,<\/em>&nbsp;Paris, Karthala.<\/p>\n\n\n\n<p>Lawrance, B.&nbsp;N.<br>2001 \u00ab&nbsp;Language Between Powers, Power Between Languages&nbsp;: Further Discussion of Education and Policy in Togoland under the French Mandate, 1919-1945&nbsp;\u00bb,&nbsp;<em>Cahiers d\u2019\u00c9tudes africaines<\/em>, XLI (3-4), 163-164&nbsp;: 517-539.<\/p>\n\n\n\n<p>Marguerat, Y.<br>1994 \u00ab&nbsp;L\u2019apparition de la vie politique (1940-1946)&nbsp;\u00bb, in N.&nbsp;L. Gayibor&nbsp;(dir.),&nbsp;<em>Les Togolais face \u00e0 la colonisation,<\/em>&nbsp;Lom\u00e9, Presses de l\u2019Universit\u00e9 du B\u00e9nin&nbsp;: 55-87.<br>1999 \u00ab&nbsp;Histoire et soci\u00e9t\u00e9 urbaine&nbsp;: les ann\u00e9es anglaises de Lom\u00e9 (1914-1920), une p\u00e9riode m\u00e9connue et pourtant d\u00e9cisive&nbsp;\u00bb,&nbsp;<em>Cahiers d\u2019\u00c9tudes africaines,<\/em>&nbsp;XXXIX (2), 154&nbsp;: 409-432.<br>2001 \u00ab&nbsp;La voie royale vers la promotion et\u2026 vers l\u2019exode&nbsp;: le r\u00f4le du cours compl\u00e9mentaire de Lom\u00e9 dans la formation des \u00e9lites togolaises et la place des ressortissants du Sud-Est (1922-1945)&nbsp;\u00bb, in N.&nbsp;L. Gayibor&nbsp;(dir.),&nbsp;<em>Le Tricentenaire d\u2019Aneho\u2026<\/em>, vol. 2,&nbsp;<em>op. cit<\/em>.&nbsp;: 587-605.<\/p>\n\n\n\n<p>Marguerat,&nbsp;Y. &amp; Pele\u00ef, T.<br>1992-1993-1996&nbsp;&nbsp;&nbsp;<em>Si Lom\u00e9 m\u2019\u00e9tait cont\u00e9e<\/em>\u2026<em>&nbsp;Dialogues avec les vieux Lom\u00e9ens,<\/em>&nbsp;tome&nbsp;I&nbsp;; 1993, tome&nbsp;II&nbsp;; 1996, tome&nbsp;III, Lom\u00e9, Presses de l\u2019Universit\u00e9 du B\u00e9nin.<\/p>\n\n\n\n<p>Martin, J.-Y.<br>1970&nbsp;<em>L\u2019\u00e9cole et les soci\u00e9t\u00e9s traditionnelles du Cameroun septentrional,<\/em>&nbsp;Yaound\u00e9, ORSTOM, multig.<\/p>\n\n\n\n<p>Sebald,&nbsp;P.<br>2001 \u00ab&nbsp;Aneho, 1886-1914&nbsp;\u00bb, in N.&nbsp;L. Gayibor&nbsp;(dir.),&nbsp;<em>Le tricentenaire d\u2019Aneho<\/em>\u2026, vol. 1,&nbsp;<em>op. cit.&nbsp;:<\/em>&nbsp;235-276.<\/p>\n\n\n\n<p>T\u00e9t\u00e9-Adjalogo, T.&nbsp;G.<br>2000&nbsp;<em>Histoire du Togo&nbsp;: la palpitante qu\u00eate de l\u2019Ablod\u00e9 (1940-1960),<\/em>&nbsp;Paris, NM7-\u00c9ditions (\u00ab&nbsp;Libre Afrique&nbsp;\u00bb).<\/p>\n\n\n\n<p>Westermann, D.<br>2001 [1938]&nbsp;&nbsp;&nbsp;<em>Onze autobiographies d\u2019Africains,<\/em>&nbsp;Lom\u00e9, \u00c9ditions Haho-Presses de l\u2019Universit\u00e9 du B\u00e9nin&nbsp;; Paris, Karthala (\u00ab&nbsp;Les Chroniques anciennes du Togo&nbsp;\u00bb 8).<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator\"\/>\n\n\n\n<p>Notes<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/etudesafricaines\/206#bodyftn1\"><strong>*<\/strong><\/a>&nbsp;La version primitive de ce texte \u00e9tait une communication au colloque du \u00ab&nbsp;Tricentenaire d\u2019Aneho et du Pays guin&nbsp;\u00bb (Aneho, 18-20 septembre 2000), parue sous le titre&nbsp;: \u00ab&nbsp;La voie royale vers la promotion et\u2026 vers l\u2019exode&nbsp;: le r\u00f4le du cours compl\u00e9mentaire de Lom\u00e9 dans la formation des \u00e9lites togolaises et la place des ressortissants du Sud-Est (1922-1945)&nbsp;\u00bb, in N.&nbsp;L. Gayibor&nbsp;(2001&nbsp;: 587-605).<\/p>\n\n\n\n<p><strong>1<\/strong>&nbsp;Voir les travaux pionniers sur ce th\u00e8me de Jean-Yves Martin&nbsp;(1970), qui a bien montr\u00e9 la grande diversit\u00e9 des r\u00e9ponses \u00e0 l\u2019\u00e9cole entre ethnies pourtant voisines au Nord-Cameroun.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>2<\/strong>&nbsp;Pour le cadre g\u00e9n\u00e9ral, voir Marie-France Lange&nbsp;(1998), ainsi que Bertin Agbobly-Atayi&nbsp;(1980).<\/p>\n\n\n\n<p><strong>3<\/strong>&nbsp;Le terme \u00ab&nbsp;cab\u00e9c\u00e8re&nbsp;\u00bb (du portugais&nbsp;<em>cabo<\/em>, la t\u00eate) d\u00e9signait dans la r\u00e9gion ces chefs dont le pouvoir n\u2019avait pas de fondement traditionnel ou religieux, donc peu de stabilit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>4<\/strong>&nbsp;Transf\u00e9r\u00e9 au quartier administratif de Z\u00e9b\u00e9 en 1897, \u00e0 la suite du d\u00e9placement de la capitale \u00e0 Lom\u00e9, ville au potentiel commercial bien plus prometteur. Mais Lom\u00e9 devra attendre 1902 pour recevoir sa premi\u00e8re \u00e9cole officielle (c\u2019est-\u00e0-dire dix ans apr\u00e8s sa premi\u00e8re prison). \u00c0 ce sujet, voir surtout Peter Sebald&nbsp;(2001).<\/p>\n\n\n\n<p><strong>5<\/strong>&nbsp;Voir par exemple comment le tout jeune Boniface Foli, de la famille des rois de Glidji (suzerains d\u2019Aneho), tr\u00e8s fier de son ascendance aristocratique, fait en 1893 le choix raisonn\u00e9 de devenir l\u2019un des premiers \u00e9l\u00e8ves de la mission catholique, et m\u00eame l\u2019un de ses recruteurs les plus efficaces aupr\u00e8s des adolescents de son \u00e2ge (\u00ab&nbsp;Les Allemands sont maintenant dans le pays, et il vaut mieux apprendre leur langue&nbsp;\u00bb, explique-t-il publiquement pour convaincre les parents r\u00e9ticents). Voir son r\u00e9cit dans Westermann&nbsp;(2001&nbsp;: 62-71).<\/p>\n\n\n\n<p><strong>6<\/strong>&nbsp;Aneho, Lom\u00e9 et Sokod\u00e9, avec respectivement 148, 133 et 21 \u00e9l\u00e8ves. Il \u00e9tait pr\u00e9vu d\u2019en ouvrir une tout au Nord, \u00e0 Mango, en 1915.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>7<\/strong>&nbsp;Apr\u00e8s six ann\u00e9es d\u2019occupation britannique, sous laquelle l\u2019enseignement des missionnaires continua librement en allemand jusqu\u2019au d\u00e9but de l\u2019ann\u00e9e 1918, puis passa \u00e0 l\u2019anglais (Marguerat&nbsp;1999).<\/p>\n\n\n\n<p><strong>8<\/strong>&nbsp;N\u00e9 en 1894 juste de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 de la fronti\u00e8re, d\u2019une famille de notables \u00e0 cheval sur les deux territoires, apparent\u00e9e \u00e0 toutes les \u00e9lites de la r\u00e9gion. Il \u00e9tait moniteur \u00e0 l\u2019\u00e9cole des missionnaires catholiques de Lokossa quand il fut recrut\u00e9, par concours, pour venir au Togo. Il gravit ensuite tous les \u00e9chelons de la hi\u00e9rarchie de l\u2019enseignement primaire. Il travailla aussi \u00e0 la gestion administrative des personnels enseignants aux c\u00f4t\u00e9s du gouverneur Bonnecarr\u00e8re (de fa\u00e7on assez proche pour que celui-ci soit, en 1925, le parrain de son fils, le futur psychiatre Raymond Johnson). Son \u00e9pouse, de p\u00e8re fran\u00e7ais et de m\u00e8re dahom\u00e9enne, elle aussi institutrice, le suivit dans toute sa carri\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>9<\/strong>&nbsp;Les rares commis form\u00e9s en allemand furent mis sur la touche (et form\u00e8rent par la suite le gros des troupes de la ligue dite du \u00ab&nbsp;Togo Bund&nbsp;\u00bb, qui d\u00e9fendra pendant les ann\u00e9es 1930 la nostalgie de la p\u00e9riode allemande). Certains membres de ces premi\u00e8res \u00e9lites modernes, comme l\u2019ancien infirmier Emmanuel Ajavon, devenu grand propri\u00e9taire foncier et planteur, firent cependant partie des \u00ab&nbsp;notables&nbsp;\u00bb, mais c\u2019\u00e9tait au titre de leur richesse personnelle.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>10<\/strong>&nbsp;Form\u00e9s en quatre ans, sans doctorat. On sait qu\u2019ils furent en g\u00e9n\u00e9ral des praticiens tr\u00e8s appr\u00e9ci\u00e9s sur le terrain, et que beaucoup feront ensuite de la politique (l\u2019exemple le plus fameux \u00e9tant F\u00e9lix Houphou\u00ebt-Boigny). De m\u00eame, l\u2019\u00e9cole William-Ponty, qui formait les instituteurs pour l\u2019aof, a vu elle aussi passer sur ses bancs un grand nombre des leaders africains des ann\u00e9es de l\u2019ind\u00e9pendance. L\u2019acc\u00e8s \u00e0 l\u2019\u00e9cole des sages-femmes (o\u00f9 les premi\u00e8res jeunes Togolaises arrivent surtout \u00e0 partir de 1930) ne demandait que le certificat d\u2019\u00e9tudes. Par la suite, ces \u00e9coles f\u00e9d\u00e9rales vont se diversifier, mais ce sera surtout apr\u00e8s la Seconde Guerre mondiale.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>11<\/strong>&nbsp;Robert Sanvee (promotion 1922-1924) ne r\u00e9ussira jamais son baccalaur\u00e9at, mais il deviendra quand m\u00eame un fonctionnaire important du tribunal de Lom\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>12<\/strong>&nbsp;Que l\u2019Administration soutint n\u00e9anmoins par l\u2019octroi d\u2019une demi-bourse pour chacun (Agbobly-Atayi&nbsp;1980&nbsp;: 81-84).<\/p>\n\n\n\n<p><strong>13<\/strong>&nbsp;Tous les quatre de cette m\u00eame promotion 1925-1927, class\u00e9s \u00e0 l\u2019entr\u00e9e respectivement 1<sup>er<\/sup>, 4<sup>e<\/sup>&nbsp;et 7<sup>e<\/sup>&nbsp;; Robert Ajavon avait \u00e9t\u00e9 18<sup>e<\/sup>&nbsp;(et dernier), mais il venait de r\u00e9ussir le concours de William-Ponty. Grunitzky, fils d\u2019un commer\u00e7ant allemand et de la fille d\u2019un chef d\u2019Atakpam\u00e9, fait partie de ces jeunes M\u00e9tis dont l\u2019administration fran\u00e7aise prit en charge les \u00e9tudes&nbsp;; Santos est issu d\u2019une bonne famille afro-br\u00e9silienne d\u2019Aneho&nbsp;; Akakpo, lui-aussi d\u2019Aneho mais d\u2019origine modeste, ne dut sa promotion sociale qu\u2019\u00e0 ses m\u00e9rites.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>14<\/strong>&nbsp;Robert Ajavon devint pr\u00e9sident de l\u2019Assembl\u00e9e l\u00e9gislative de la R\u00e9publique autonome du Togo (1956-1958), et fut \u00e9galement s\u00e9nateur \u00e0 Paris.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>15<\/strong>&nbsp;Et seulement 3 sur 8 dans le gouvernement de 1958, domin\u00e9 par les nationalistes du Comit\u00e9 de l\u2019unit\u00e9 togolaise (cut), partisans d\u2019une rupture avec la France.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>16<\/strong>&nbsp;Publi\u00e9e par T\u00e9t\u00e9-Adjalogo&nbsp;(2000). L\u2019auteur utilise une liste \u00e9labor\u00e9e par Andr\u00e9 Ku\u00e9vidjen (promotion 1940-1943) \u00e0 partir du Journal officiel du Territoire du Togo. Pour identifier davantage ces \u00e9l\u00e8ves et leur devenir, on s\u2019est appuy\u00e9, outre les pr\u00e9cieuses indications (\u00e9crites et orales) de l\u2019auteur, sur Samuel Decalo&nbsp;(1996), et surtout sur la m\u00e9moire, la vaste connaissance du Togo et la patience inlassable d\u2019Emmanuel Ekou\u00e9-Toulan, directeur d\u2019\u00e9cole \u00e0 la retraite \u00e0 Lom\u00e9, qui trouvera ici l\u2019expression de ma reconnaissance.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>17<\/strong>&nbsp;\u00c0 l\u2019exception de la promotion 1944-1947, qui est pr\u00e9sent\u00e9e selon l\u2019ordre alphab\u00e9tique. Notons que le rang de sortie et le succ\u00e8s des carri\u00e8res ult\u00e9rieures divergeront souvent beaucoup de ce classement initial. Les promotions n\u2019\u00e9tant pas toutes cal\u00e9es sur l\u2019ann\u00e9e scolaire traditionnelle, il arrive parfois qu\u2019il y en ait deux dans la m\u00eame ann\u00e9e civile.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>18<\/strong>&nbsp;Le cours de Lom\u00e9 restait ferm\u00e9&nbsp;: ces promotions-ci furent envoy\u00e9es \u00e0 l\u2019\u00e9cole primaire sup\u00e9rieure Victor-Ballot de Porto-Novo. Il ne rouvrit ses portes qu\u2019en 1938, symbole de l\u2019autonomie que recouvrait petit \u00e0 petit le Togo sous le gouvernorat de Montagn\u00e9 (1936-1941).<\/p>\n\n\n\n<p><strong>19<\/strong>&nbsp;La fronti\u00e8re est alors bien peu \u00e9tanche, et les chass\u00e9s-crois\u00e9s sont nombreux. De fait, certaines personnalit\u00e9s togolaises, comme Samuel Aquereburu ou Michel Ahyi, ont \u00e9t\u00e9 form\u00e9es au Dahomey, et vice-versa&nbsp;: Alexandre Adand\u00e9 (promotion 1929-1932) sera ministre au Dahomey et Nic\u00e9phore Soglo, futur Pr\u00e9sident de la R\u00e9publique du B\u00e9nin, fut re\u00e7u au concours de 1946 avant de partir pour la France.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>20<\/strong>&nbsp;Xwla et Xweda, pour les puristes.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>21<\/strong>&nbsp;Sauf erreur, les premiers cadres intellectuels issus de cette population alors enti\u00e8rement paysanne furent No\u00e9 Kutuklui (promotion 1937-1939, apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 major du Togo pour le certificat d\u2019\u00e9tudes primaires), futur avocat et homme politique de premier plan, puis le sociologue Nsougan Agbl\u00e9magnon (promotion 1942-1945), futur cadre de l\u2019Unesco \u00e0 Paris.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>22<\/strong>&nbsp;Actuellement, avec l\u2019essor du \u00ab&nbsp;r\u00e9gionalisme&nbsp;\u00bb qui marque fortement la vie politique du Togo, ces \u00e9lites sont pour l\u2019essentiel dans l\u2019opposition, mais d\u2019autres ont jou\u00e9 le jeu du r\u00e9gime.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>23<\/strong>&nbsp;Tout comme celle des enfants des Fran\u00e7ais de la ville, qui devinrent assez nombreux au d\u00e9but des ann\u00e9es 1930 pour avoir leur \u00e9tablissement primaire particulier (l\u2019\u00e9cole dite encore aujourd\u2019hui de la Marina, toujours tr\u00e8s \u00e9litiste), au Quartier administratif. Ils pouvaient acc\u00e9der au cours compl\u00e9mentaire sans concours (leur nom \u00e9tait simplement ajout\u00e9 en fin de liste), mais ils ne furent qu\u2019une demi-douzaine \u00e0 en profiter&nbsp;: leurs parents pr\u00e9f\u00e9raient certainement les envoyer \u00e9tudier en France, en particulier pour les gar\u00e7ons.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>24<\/strong>&nbsp;La r\u00e9gion cacaoy\u00e8re de Kpalim\u00e9, \u00e0 120&nbsp;km au nord-est de Lom\u00e9 (le long de la fronti\u00e8re du Ghana), est alors la plus riche du Togo.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>25<\/strong>&nbsp;Mais il n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 possible de distinguer ceux de la R\u00e9gion des Plateaux de ceux de la basse vall\u00e9e du Mono (qui rel\u00e8vent de la g\u00e9ographie sociale du Sud-Est), ni m\u00eame toujours des ressortissants dahom\u00e9ens.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>26<\/strong>&nbsp;Noyau de la future universit\u00e9 de Legon, ce coll\u00e8ge fut cr\u00e9\u00e9 par le gouverneur Guggisberg, homologue et contemporain de Bonnecarr\u00e8re, aussi ambitieux que lui pour son Territoire mais avec beaucoup plus de moyens.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>27<\/strong>&nbsp;Futur inspecteur des Finances, Bruno Savi de Tov\u00e9 sera ensuite ambassadeur et ministre.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>28<\/strong>&nbsp;Fille de Pedro Olympio. On pourrait aussi mentionner ici sa cousine germaine Beauty Kentzler, elle aussi petite-fille d\u2019Octaviano Olympio par sa m\u00e8re. Faut-il rappeler combien sont enchev\u00eatr\u00e9s les liens entre toutes ces grandes familles de la c\u00f4te&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p><strong>29<\/strong>&nbsp;Dont l\u2019itin\u00e9raire (commenc\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9cole primaire catholique de Lom\u00e9) est tr\u00e8s significativement diff\u00e9rent de ceux d\u2019un Senghor ou d\u2019un Houphou\u00ebt-Boigny, que leur formation avait profond\u00e9ment enracin\u00e9s dans l\u2019univers culturel et politique fran\u00e7ais, tout comme Nicolas Grunitzky (rappelons que les deux grands adversaires politiques de celui-ci, Sylvanus Olympio et Anani Santos, lui sont \u00e9troitement apparent\u00e9s par alliance&nbsp;: on est toujours l\u00e0 au sein du m\u00eame milieu social).<\/p>\n\n\n\n<p><strong>30<\/strong>&nbsp;Cependant, parmi les leaders du&nbsp;ptp, ni Fr\u00e9d\u00e9ric Brenner, ni Michel Segla, ni John Atayi ne sont pass\u00e9s par le \u00ab&nbsp;Petit Dakar&nbsp;\u00bb, \u00e0 l\u2019inverse d\u2019Hubert Kponton, pourtant form\u00e9 \u00e0 William-Ponty, qui sera, \u00e0 Paris, le secr\u00e9taire parlementaire du d\u00e9put\u00e9&nbsp;cut&nbsp;Martin Akou (M. Kponton fut sans doute le tout premier \u00e0 lancer le mot d\u2019ordre d\u2019ind\u00e9pendance, d\u00e8s les ann\u00e9es 1949-1950), ou d\u2019hommes comme Anani Santos ou Godwin T\u00e9t\u00e9-Adjalogo, figures de proue du nationalisme le plus radical\u2026<\/p>\n\n\n\n<p><strong>31<\/strong>&nbsp;Le 16&nbsp;juin 1945, le gouverneur g\u00e9n\u00e9ral de l\u2019aof, furieux des r\u00e9sultats de la \u00ab&nbsp;commission consultative&nbsp;\u00bb r\u00e9unie par le gouverneur Noutary au mois de mai (o\u00f9, \u00e0 l\u2019issue de \u00ab&nbsp;l\u2019effort de guerre&nbsp;\u00bb d\u00e9test\u00e9, les \u00e9lites togolaises avaient manifest\u00e9 publiquement toutes leurs r\u00e9ticences face \u00e0 la France), t\u00e9l\u00e9graphie \u00e0 ce dernier&nbsp;: \u00ab&nbsp;Tentez de susciter mouvement pro-fran\u00e7ais, en particulier chez les jeunes form\u00e9s dans nos \u00e9coles<em>&nbsp;\u00bb<\/em>&nbsp;(Marguerat&nbsp;1994&nbsp;: 73). D\u2019o\u00f9 le lancement, en octobre de la m\u00eame ann\u00e9e, du&nbsp;ptp, ce dont se f\u00e9licite explicitement l\u2019Administration de Lom\u00e9 dans son rapport politique confidentiel du 28&nbsp;octobre 1945 (<em>ibid.&nbsp;:<\/em>&nbsp;77).<\/p>\n\n\n\n<p><strong>32<\/strong>&nbsp;Bien s\u00fbr, cette famille est extr\u00eamement nombreuse, mais son chef, le roi Lawson V, est alors le symbole m\u00eame de l\u2019alliance politique avec les Fran\u00e7ais.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>33<\/strong>&nbsp;Dans les ann\u00e9es 1945-1948, il y aura encore 7 autres Lawson, 4 d\u2019Alm\u00e9ida, 3&nbsp;Ajavon, 2 Johnson, 2 Mensah\u2026<\/p>\n\n\n\n<p><strong>34<\/strong>&nbsp;Ministre, ambassadeur, pr\u00e9sident de l\u2019Assembl\u00e9e nationale sous la III<sup>e<\/sup>&nbsp;R\u00e9publique\u2026 (Marguerat&nbsp;&amp; Pele\u00ef&nbsp;1992&nbsp;: 37-51, 1993&nbsp;: 273-294). N\u00e9 \u00e0 Aneho en 1914, il raconte \u00eatre venu pour la premi\u00e8re fois \u00e0 Lom\u00e9 en 1926 pour y passer le certificat d\u2019\u00e9tudes (une centaine de candidats, 44 admis). Lors des \u00e9meutes de janvier 1933, il servit d\u2019interpr\u00e8te au commandant de cercle charg\u00e9 de calmer la foule, avant d\u2019\u00eatre disgraci\u00e9 pour avoir montr\u00e9 sa sympathie envers celle-ci.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>35<\/strong>&nbsp;Comme Marguerite Thompson-Tr\u00e9nou, passant de l\u2019enseignement de l\u2019\u00e9ducation physique \u00e0 la gestion d\u2019institutions internationales, puis au secr\u00e9tariat g\u00e9n\u00e9ral de la Chambre de commerce du Togo, enfin \u00e0 la robe d\u2019avocat\u2026 On a retenu ici la premi\u00e8re des professions exerc\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>36<\/strong>&nbsp;Faute de mieux, on y rangera un pr\u00eatre, le RP F\u00e9lix Nicolas (M\u00e9tis, promotion 1935-1938).<\/p>\n\n\n\n<p><strong>37<\/strong>&nbsp;Celui-ci raconte qu\u2019\u00e0 sa sortie du cours compl\u00e9mentaire, l\u2019administration scolaire n\u2019avait pas assez de postes budg\u00e9taires pour lui en donner un (la crise \u00e9conomique avait commenc\u00e9). Il avait donc trouv\u00e9 un emploi \u00e0 l\u2019agence de Kpalim\u00e9 de la firme commerciale anglaise G.B.-Ollivant. Apprenant cela, le gouverneur Bonnecarr\u00e8re, qui connaissait personnellement sa famille, envoya une voiture le ramener d\u2019autorit\u00e9 \u00e0 Lom\u00e9 et fit cr\u00e9er pour lui la fonction de \u00ab&nbsp;moniteur auxiliaire&nbsp;\u00bb, d\u00e9but tr\u00e8s modeste d\u2019une carri\u00e8re dont tous les \u00e9chelons furent ensuite gravis (Marguerat&nbsp;&amp; Pele\u00ef&nbsp;1992&nbsp;: 53-66).<\/p>\n\n\n\n<p><strong>38<\/strong>&nbsp;Son fr\u00e8re a\u00een\u00e9 Robert (futur dentiste) avait \u00e9t\u00e9 envoy\u00e9 par son p\u00e8re (plus tard membre \u00e9minent du&nbsp;cut) faire sa scolarit\u00e9 secondaire au S\u00e9n\u00e9gal. Ce fut aussi le cas d\u2019autres jeunes Togolais (le magistrat Georges Creppy, le pharmacien Edouard Homawoo, le professeur Lassey\u2026), car c\u2019\u00e9tait l\u00e0, pour les parents, une solution financi\u00e8rement beaucoup plus abordable que de les envoyer en France. Mais, faute de sources \u00e9crites, ce volet de l\u2019histoire sociale du Togo nous \u00e9chappe encore pour l\u2019essentiel.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>39<\/strong>&nbsp;En Allemagne pour le premier et le second, en Allemagne puis en Suisse pour le troisi\u00e8me.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>40<\/strong>&nbsp;Parmi les cinq fils de l\u2019instituteur Romuald Johnson, \u00e9lev\u00e9s soit au cours compl\u00e9mentaire de Lom\u00e9, soit en Gold Coast, trois devinrent m\u00e9decins (dont Raymond, le premier psychiatre togolais) et un autre pharmacien (Francis, d\u00e9j\u00e0 cit\u00e9). Une nu\u00e9e de leurs cousins plus ou moins proches furent eux aussi des m\u00e9decins fameux&nbsp;; plusieurs firent de la politique, pas tous dans le m\u00eame camp.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>41<\/strong>&nbsp;Ce sont des neveux de Sylvanus Olympio. Fran\u00e7ois fut tr\u00e8s engag\u00e9 dans le&nbsp;cut.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>42<\/strong>&nbsp;Orientation parfois autoritaire, surtout au milieu des ann\u00e9es 1930, quand fut ouverte au S\u00e9n\u00e9gal l\u2019\u00e9cole normale de Rufisque pour les jeunes filles.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>43<\/strong>&nbsp;Marie Gbikpi, que sa sant\u00e9 avait emp\u00each\u00e9e d\u2019aller \u00e0 Rufisque avec ses condisciples, dut se battre durement pour pouvoir passer (et r\u00e9ussir) le concours des commis d\u2019administration \u2013 jusqu\u2019alors r\u00e9serv\u00e9 aux hommes \u2013 puis devenir inspectrice des imp\u00f4ts. Elle raconte avec fiert\u00e9 le r\u00f4le de pionniers de ces premi\u00e8res filles \u00e0 p\u00e9n\u00e9trer dans le sanctuaire du Savoir&nbsp;: \u00ab&nbsp;L\u2019une des premi\u00e8res bacheli\u00e8res du Togo m\u2019a confi\u00e9 ceci&nbsp;: \u201cVous avez \u00e9t\u00e9 pour quelque chose dans ma vie. Quand je vous voyais passer en uniforme, avec le casque, je me disais&nbsp;: Moi aussi, je dois entrer dans cette \u00e9cole.\u201d [\u2026] Quand on nous voyait monter les marches de cette imposante b\u00e2tisse, \u00e7a impressionnait. Les gens restaient \u00e0 nous regarder, tout surpris&nbsp;: \u201cAh, vous voyez&nbsp;? Ces filles sont au Petit-Dakar&nbsp;!\u201d C\u2019\u00e9tait un stimulant pour les autres filles\u2026&nbsp;\u00bb (Marguerat&nbsp;&amp; Pele\u00ef&nbsp;1992&nbsp;: 184-185).<\/p>\n\n\n\n<p><strong>44<\/strong>&nbsp;En fait, c\u2019est d\u00e8s l\u2019\u00e9poque allemande que les cadres techniques togolais (comptables, dactylos, dessinateurs\u2026) ont commenc\u00e9 \u00e0 s\u2019expatrier en grand nombre au service des firmes commerciales europ\u00e9ennes. Un seul exemple&nbsp;: au moment o\u00f9 il fut choisi comme roi de Glidji, en 1929, Agbanon II (personnage majeur de l\u2019histoire politique du Togo pendant un tiers de si\u00e8cle) \u00e9tait ainsi agent commercial au Congo belge.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>45<\/strong>&nbsp;Il y a ainsi quatre lyc\u00e9es dans un rayon de 30&nbsp;km autour de Kara (plus un excellent coll\u00e8ge militaire), et les bourses ont toujours \u00e9t\u00e9 attribu\u00e9es tr\u00e8s lib\u00e9ralement aux bacheliers de la r\u00e9gion. Mais d\u2019autres populations, comme les Tchokossi, les Tchamba ou surtout les Konkomba sont toujours aussi r\u00e9tives devant l\u2019\u00e9cole.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le cours compl\u00e9mentaire de Lom\u00e9 et la formation des \u00e9lites modernes* R\u00e9sum\u00e9 Sur le littoral togolais, l\u2019\u00c9cole a \u00e9t\u00e9 per\u00e7ue&hellip;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":261,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[4],"tags":[],"class_list":["post-254","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-socio"],"yoast_head":"<!-- This site is optimized with the Yoast SEO plugin v27.4 - https:\/\/yoast.com\/product\/yoast-seo-wordpress\/ -->\n<title>Les strat\u00e9gies scolaires au Togo \u00e0 l\u2019\u00e9poque du mandat fran\u00e7ais - Les Dogons du Togo<\/title>\n<meta name=\"description\" content=\"Strat\u00e9gies au Togo; 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