{"id":1177,"date":"2025-05-13T14:17:26","date_gmt":"2025-05-13T14:17:26","guid":{"rendered":"https:\/\/dogons.org\/?p=1177"},"modified":"2025-05-13T15:00:35","modified_gmt":"2025-05-13T15:00:35","slug":"confisquer-pour-dominer-la-gangsterisation-silencieuse-du-pouvoir","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/dogons.org\/index.php\/2025\/05\/13\/confisquer-pour-dominer-la-gangsterisation-silencieuse-du-pouvoir\/","title":{"rendered":"Confisquer pour dominer : la gangst\u00e9risation silencieuse du pouvoir"},"content":{"rendered":"<p>&nbsp;<\/p>\n<h2>Introduction<\/h2>\n<blockquote><p>Quand prot\u00e9ger devient dominer : anatomie d\u2019une inversion l\u00e9gale<\/p><\/blockquote>\n<p><em>L\u2019\u00c9tat moderne s\u2019est construit sur une promesse fondatrice : prot\u00e9ger les citoyens contre l\u2019arbitraire, la violence et l\u2019ins\u00e9curit\u00e9. \u00c0 cette fin, il s\u2019est dot\u00e9 de lois, d\u2019institutions judiciaires, de dispositifs fiscaux, de forces arm\u00e9es, et d\u2019une architecture de contr\u00f4le cens\u00e9e garantir l\u2019ordre d\u00e9mocratique. Mais cette promesse semble aujourd\u2019hui vid\u00e9e de sa substance. Ce qui devait servir les peuples se retourne trop souvent contre eux. Le langage du droit cache de plus en plus mal les pratiques de domination. La protection a mut\u00e9 en captation.<\/em><\/p>\n<p>Les outils publics, police, fiscalit\u00e9, justice, diplomatie , sont d\u00e9sormais les vecteurs d\u2019un pouvoir qui, tout en se pr\u00e9sentant comme l\u00e9gitime, agit selon une logique opaque, coercitive et dissimul\u00e9e. Ce ph\u00e9nom\u00e8ne ne se r\u00e9duit ni \u00e0 la corruption individuelle, ni \u00e0 des d\u00e9rives locales. Il s\u2019agit d\u2019une reconfiguration structurelle du pouvoir, dans laquelle les institutions cens\u00e9es garantir la souverainet\u00e9 populaire deviennent les canaux d\u2019un gangst\u00e9risme l\u00e9gal, technocratique et normalis\u00e9.<\/p>\n<p>Ce que nous d\u00e9signons ici par gangst\u00e9risation institutionnelle ne se r\u00e9sume pas \u00e0 l\u2019image classique du pouvoir autoritaire ou du despote. C\u2019est une logique d\u2019infiltration progressive, de captation silencieuse, o\u00f9 les m\u00e9canismes d\u00e9mocratiques sont maintenus en fa\u00e7ade, mais d\u00e9tourn\u00e9s dans leur usage. Ce pouvoir ne frappe plus, il encadre. Il ne nie plus, il red\u00e9finit. Il ne gouverne plus au nom d\u2019une id\u00e9ologie forte, mais au nom d\u2019une gouvernance pr\u00e9tendument neutre et rationnelle.<\/p>\n<p>Michel Foucault l\u2019avait pressenti dans Surveiller et punir : le pouvoir moderne ne s\u2019exerce plus uniquement par la force, mais par l\u2019organisation minutieuse des corps, la r\u00e9gulation invisible des comportements, l\u2019int\u00e9riorisation des normes[1]. Ce qui \u00e9tait jadis vertical et visible est devenu diffus, algorithmique, administrativement justifi\u00e9. La surveillance ne s\u2019impose plus, elle s\u2019insinue. La r\u00e9pression ne choque plus, elle est rationalis\u00e9e.<\/p>\n<p>Ce glissement, loin d\u2019\u00eatre accidentel, s\u2019inscrit dans une histoire longue de retournement des outils protecteurs. D\u00e8s les premi\u00e8res cit\u00e9s, la loi fut con\u00e7ue pour limiter l\u2019arbitraire, et l\u2019\u00c9tat, pour contenir la violence. Mais l\u2019histoire du pouvoir est aussi celle de l\u2019appropriation de ces instruments par des \u00e9lites, au nom m\u00eame du bien commun. Comme l\u2019a formul\u00e9 La Bo\u00e9tie, la servitude peut devenir volontaire lorsque les institutions d\u00e9poss\u00e8dent sans fracas, en masquant la contrainte sous les habits du devoir ou de la s\u00e9curit\u00e9.<\/p>\n<p>David Graeber, dans Bureaucratie : l\u2019utopie des r\u00e8gles, d\u00e9nonce une administration qui pr\u00e9tend servir mais qui, en r\u00e9alit\u00e9, paralyse l\u2019action citoyenne, multiplie les contraintes et produit l\u2019ob\u00e9issance[2]. L\u2019\u00c9tat hyper-bureaucratis\u00e9 n\u2019est pas une version dysfonctionnelle de la d\u00e9mocratie : c\u2019est son double inqui\u00e9tant, son simulacre fonctionnel. Il est omnipr\u00e9sent pour contr\u00f4ler, absent pour prot\u00e9ger.<\/p>\n<p>Ce retournement s\u2019op\u00e8re par des moyens technico-l\u00e9gaux, non par la violence brute. Ce ne sont pas les tanks dans la rue qui signent cette mutation, mais des lois d\u2019exception vot\u00e9es en temps de paix, des fichiers biom\u00e9triques invisibles, des accords commerciaux irr\u00e9vocables, des algorithmes de notation sociale ou \u00e9conomique. Le philosophe Byung-Chul Han l\u2019exprime avec acuit\u00e9 : <em>\u00ab Le pouvoir d\u2019aujourd\u2019hui ne brise pas, il \u00e9puise. \u00bb[3]<\/em><\/p>\n<p>L\u2019exemple des l\u00e9gislations antiterroristes, en France ou ailleurs, illustre cette d\u00e9rive. En pr\u00e9tendant garantir la s\u00e9curit\u00e9, elles ont autoris\u00e9 une normalisation de l\u2019\u00e9tat d\u2019exception, une criminalisation de la dissidence, une surveillance syst\u00e9matis\u00e9e du quotidien. Pour Giorgio Agamben, cela consacre un basculement inqui\u00e9tant : <em>\u00ab L\u2019\u00e9tat d\u2019exception devient le paradigme m\u00eame du gouvernement moderne \u00bb[4]<\/em>.<\/p>\n<p>Le propos de ce texte n\u2019est donc pas d\u2019\u00e9num\u00e9rer les d\u00e9faillances des \u00c9tats, mais de comprendre comment s\u2019installe une forme de pouvoir l\u00e9galement maquill\u00e9e, institutionnellement consolid\u00e9e, socialement tol\u00e9r\u00e9e. Un pouvoir qui organise la d\u00e9possession des peuples en leur nom m\u00eame, au nom de leur s\u00e9curit\u00e9, de leur stabilit\u00e9, de leur d\u00e9veloppement.<\/p>\n<p>Ce document propose une relecture critique des dispositifs contemporains de pouvoir, \u00e0 partir d\u2019un postulat essentiel : la confiscation des outils publics de protection ne rel\u00e8ve plus d\u2019une d\u00e9rive, mais d\u2019une strat\u00e9gie. Le pouvoir ne gouverne plus malgr\u00e9 la d\u00e9mocratie, mais \u00e0 travers elle, en la transformant. C\u2019est cette mutation profonde que nous appelons : la gangst\u00e9risation silencieuse du pouvoir.<\/p>\n<h2>I. Une vieille histoire, un nouveau visage<\/h2>\n<p>La promesse de protection est au c\u0153ur du pacte politique moderne. D\u00e8s l\u2019instant o\u00f9 les soci\u00e9t\u00e9s humaines ont renonc\u00e9 \u00e0 la vengeance priv\u00e9e ou \u00e0 l\u2019arbitraire clanique, elles ont confi\u00e9 \u00e0 une autorit\u00e9 centrale roi, \u00c9tat, empire la mission de garantir l\u2019ordre et la s\u00e9curit\u00e9 collective. Cette d\u00e9l\u00e9gation, cens\u00e9e s\u00e9curiser les plus vuln\u00e9rables, s\u2019est toujours construite sur une tension : comment un pouvoir fort peut-il prot\u00e9ger sans dominer ?<\/p>\n<p>Cette tension structurelle a souvent \u00e9t\u00e9 r\u00e9solue au profit des dominants. L\u2019histoire du pouvoir est l\u2019histoire d\u2019un glissement progressif, par lequel les outils n\u00e9s pour encadrer la violence deviennent des instruments de confiscation. Loin d\u2019\u00eatre accidentelle, cette bascule est fr\u00e9quente, r\u00e9currente, structurelle. Ce que nous appelons aujourd\u2019hui gangst\u00e9risme institutionnalis\u00e9 n\u2019est qu\u2019une version actualis\u00e9e d\u2019un usage invers\u00e9 de la l\u00e9gitimit\u00e9.<br \/>\nMax Weber d\u00e9finissait l\u2019\u00c9tat comme l\u2019institution qui revendique le monopole de la violence l\u00e9gitime sur un territoire donn\u00e9[5]. Mais ce monopole, pour rester l\u00e9gitime, exige des limites, des contre-pouvoirs, des finalit\u00e9s claires. Quand ces garde-fous s\u2019estompent, la l\u00e9gitimit\u00e9 devient fa\u00e7ade, et la violence un outil de gestion ordinaire : non plus pour prot\u00e9ger, mais pour maintenir l\u2019ordre \u00e9tabli.<\/p>\n<p>On l\u2019a vu \u00e0 travers les si\u00e8cles : la violence publique peut \u00eatre exerc\u00e9e au nom du bien commun tout en consolidant des hi\u00e9rarchies injustes. L\u2019esclavage l\u00e9gal, la colonisation codifi\u00e9e, les r\u00e9pressions ouvri\u00e8res ou les lois d\u2019exception l\u2019ont illustr\u00e9 avec constance. \u00c0 chaque \u00e9poque, les formes de domination ont su se v\u00eatir des habits du droit, d\u00e9tourner la fonction de l\u2019ordre, et masquer la contrainte derri\u00e8re la norme.<\/p>\n<p>Le cas colonial est embl\u00e9matique. L\u2019administration affirmait prot\u00e9ger les peuples colonis\u00e9s contre le chaos, mais cette \u00ab\u00a0protection\u00a0\u00bb justifiait l\u2019exploitation des ressources, la mise au pas des r\u00e9sistances, et l\u2019humiliation syst\u00e9mique des cultures domin\u00e9es[6]. Cette violence \u00ab\u00a0bienveillante\u00a0\u00bb a \u00e9t\u00e9 un masque redoutable de l\u2019oppression : elle disciplinait sans honte, en invoquant la civilisation.<\/p>\n<p>Aujourd\u2019hui, cette logique ne dispara\u00eet pas : elle change de forme. Le visage du pouvoir s\u2019est modernis\u00e9. Les dominants ne se pr\u00e9sentent plus comme conqu\u00e9rants, mais comme gestionnaires. Le discours de guerre c\u00e8de la place \u00e0 celui de la r\u00e9forme. Le pouvoir n\u2019exhibe plus sa force, il dissimule sa prise. Les outils de coercition sont dilu\u00e9s dans les proc\u00e9dures, les indicateurs, les lois techniques. On ne frappe plus, on notifie. On ne suspend plus brutalement : on encadre, on conditionne, on module.<\/p>\n<p>Cette mutation s\u2019accompagne d\u2019un langage nouveau. L\u2019ordre devient \u00ab\u00a0s\u00e9curit\u00e9 globale\u00a0\u00bb, la soumission devient \u00ab\u00a0stabilit\u00e9\u00a0\u00bb, l\u2019exploitation devient \u00ab\u00a0croissance inclusive\u00a0\u00bb. Le vocabulaire lui-m\u00eame est neutralis\u00e9. L\u2019inacceptable est habill\u00e9 de rationalit\u00e9.<\/p>\n<blockquote><p>Le c\u0153ur de cette transformation, c\u2019est la dilution de la violence dans des syst\u00e8mes l\u00e9gitimes.<\/p><\/blockquote>\n<p>Le pouvoir moderne n\u2019a plus besoin d\u2019\u00eatre brutal : il se rend acceptable. Il fonctionne \u00e0 bas bruit, par gestion des risques, par management de la peur, par standardisation des normes. Il ne gouverne plus par la terreur, mais par l\u2019indiff\u00e9rence organis\u00e9e.<\/p>\n<p>Dans ce paysage, le gangst\u00e9risme ne s\u2019annonce pas. Il ne hurle pas. Il fonctionne, froidement, l\u00e9galement, sans visage. Il ne cherche pas l\u2019adh\u00e9sion passionn\u00e9e, mais l\u2019acceptation r\u00e9sign\u00e9e.<\/p>\n<h2>II. Trois formes contemporaines du gangst\u00e9risme : \u00c9tat, march\u00e9, algorithme<\/h2>\n<p>Le pouvoir ne se limite plus \u00e0 imposer par la force. Il s\u2019exerce d\u00e9sormais dans des domaines o\u00f9 il \u00e9tait autrefois invisible : la s\u00e9curit\u00e9 int\u00e9rieure, l\u2019\u00e9conomie globale, la gestion des donn\u00e9es. Le gangst\u00e9risme contemporain n\u2019est pas une figure marginale du syst\u00e8me : il est l\u2019expression normale d\u2019un pouvoir qui a appris \u00e0 parler la langue de la rationalit\u00e9, du contrat et de la technologie.<\/p>\n<p>Trois formes dominantes structurent aujourd\u2019hui cette mutation silencieuse : le gangst\u00e9risme d\u2019\u00c9tat, le gangst\u00e9risme \u00e9conomique, et le gangst\u00e9risme algorithmique. Elles ne s\u2019opposent pas. Elles convergent, s\u2019imbriquent et se renforcent mutuellement.<\/p>\n<h3>1. Gangst\u00e9risme d\u2019\u00c9tat : s\u00e9curiser pour mieux soumettre<\/h3>\n<p>La s\u00e9curit\u00e9 est devenue le levier central de l\u2019expansion \u00e9tatique contemporaine. Mais ce mot, a priori rassurant, est d\u00e9sormais porteur d\u2019ambigu\u00eft\u00e9s. Car dans nombre de r\u00e9gimes, l\u2019invocation de la s\u00e9curit\u00e9 sert \u00e0 l\u00e9gitimer une extension autoritaire des pouvoirs ex\u00e9cutifs, au d\u00e9triment des droits fondamentaux.<\/p>\n<p>Les d\u00e9mocraties elles-m\u00eames ne sont pas \u00e9pargn\u00e9es. En France, la loi sur la \u00ab\u00a0s\u00e9curit\u00e9 globale\u00a0\u00bb de 2021 a autoris\u00e9 un renforcement sans pr\u00e9c\u00e9dent de la surveillance dans l\u2019espace public, notamment par drones et vid\u00e9os intelligentes[7]. Aux \u00c9tats-Unis, le Patriot Act, reconduit et \u00e9largi sous diverses formes depuis 2001, a instaur\u00e9 un \u00e9tat d\u2019exception permanent, au nom de la lutte antiterroriste.<\/p>\n<p>Mais au-del\u00e0 de l\u2019Occident, ce glissement s\u00e9curitaire est encore plus visible. En \u00c9gypte, la loi antiterroriste de 2015 a permis d\u2019incarc\u00e9rer des milliers d\u2019opposants politiques sous pr\u00e9texte de <em>\u00ab\u00a0trouble \u00e0 l\u2019ordre public\u00a0\u00bb<\/em>.<br \/>\nDans beaucoup d\u2019autres pays, toute dissidence peut \u00eatre \u00e9tiquet\u00e9e <em>\u00ab\u00a0agent de l\u2019\u00e9tranger\u00a0\u00bb<\/em>, avec interdiction de manifester\u2026. Les syst\u00e8mes de surveillance num\u00e9rique de plusieurs sortes, montrent jusqu\u2019o\u00f9 un \u00c9tat peut aller dans le nom de la \u00ab\u00a0pr\u00e9vention\u00a0\u00bb[8].<\/p>\n<p>Dans tous ces cas, le discours s\u00e9curitaire d\u00e9sarme les critiques, justifie l\u2019exception comme routine, et ancre dans les esprits l\u2019id\u00e9e que les droits peuvent \u00eatre suspendus pour le bien commun. Le gangst\u00e9risme d\u2019\u00c9tat ne frappe pas d\u2019abord les coupables : il criminalise le d\u00e9saccord, conditionne la libert\u00e9, g\u00e8re la peur.<\/p>\n<h3>2. Gangst\u00e9risme \u00e9conomique : extraire sans r\u00e9sistance<\/h3>\n<p>La captation des ressources par les puissances \u00e9conomiques n\u2019a jamais disparu. Mais elle a chang\u00e9 de forme. Autrefois brutale Conqu\u00eates, pillages, exploitations, elle op\u00e8re d\u00e9sormais par m\u00e9canismes l\u00e9gaux et conventions contractuelles.<\/p>\n<p>L\u2019Afrique en offre une d\u00e9monstration constante :<\/p>\n<ul>\n<li>Des contrats miniers opaques sign\u00e9s avec des multinationales, notamment dans kes pays du Sud, pr\u00e9voient des exon\u00e9rations fiscales, des clauses d\u2019arbitrage extraterritoriales, et des rentes quasi-f\u00e9odales[9].<\/li>\n<li>Le syst\u00e8me du franc CFA, toujours en vigueur dans 14 pays, emp\u00eache toute politique mon\u00e9taire autonome et assujettit les r\u00e9serves nationales \u00e0 une banque centrale \u00e9trang\u00e8re[10].<\/li>\n<li>Les accords de libre-\u00e9change asym\u00e9triques, souvent impos\u00e9s par le FMI ou l\u2019Union europ\u00e9enne, enferment les \u00e9conomies africaines dans des logiques de d\u00e9pendance, o\u00f9 l\u2019importation devient plus rentable que la production locale.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Le tout est couvert par un discours de modernisation. On ne parle plus de pillage, mais d\u2019\u00a0\u00bbinvestissements\u00a0\u00bb. La pr\u00e9dation est juridiquement blind\u00e9e, politiquement s\u00e9curis\u00e9e, moralement invisibilis\u00e9e.<\/p>\n<p>Comme l\u2019\u00e9crivait Jean-Fran\u00e7ois Bayart, l\u2019\u00c9tat postcolonial est souvent devenu \u00ab\u00a0un ventre\u00a0\u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire un instrument de pr\u00e9dation, capt\u00e9 par des r\u00e9seaux informels, des clans ou des multinationales[11]. Et quand l\u2019extraction \u00e9choue \u00e0 se faire en douceur, elle est accompagn\u00e9e d\u2019une r\u00e9pression d\u2019\u00c9tat, souvent sous-trait\u00e9e par des forces priv\u00e9es.<br \/>\nLe gangst\u00e9risme \u00e9conomique est la confiscation des moyens de subsistance par des r\u00e8gles de march\u00e9 verrouill\u00e9es, au b\u00e9n\u00e9fice des plus puissants, et souvent valid\u00e9es par des autorit\u00e9s locales complices.<\/p>\n<h3>3. Gangst\u00e9risme algorithmique : gouverner sans appara\u00eetre<\/h3>\n<p>La domination ne passe plus seulement par la police ou le contrat. Elle passe d\u00e9sormais par la donn\u00e9e, le code et l\u2019infrastructure num\u00e9rique. Loin d\u2019\u00eatre neutre, la technologie est devenue un vecteur majeur de pouvoir sans visage.<br \/>\nLe pouvoir algorithmique gouverne sans d\u00e9bat, sans opposition, sans mandat. Il note, classe, profile, recommande, cible. Il ne s\u2019impose pas, il oriente subtilement les comportements, anticipe les \u00e9carts, mod\u00e9lise l\u2019acceptable.<br \/>\nEn Chine, le syst\u00e8me de scoring social permet de restreindre les d\u00e9placements, l\u2019acc\u00e8s au cr\u00e9dit ou \u00e0 l\u2019emploi, en fonction du comportement[12].<\/p>\n<p>Aux \u00c9tats-Unis, plusieurs villes ont exp\u00e9riment\u00e9 des programmes de police pr\u00e9dictive, bas\u00e9s sur des algorithmes opaques, souvent racistes, qui orientent les patrouilles dans certains quartiers.<\/p>\n<p>Dans le monde entier, les plateformes num\u00e9riques dictent les modalit\u00e9s de communication, de consommation, et m\u00eame de croyance, via des architectures d\u2019attention optimis\u00e9es pour la captation psychologique.<br \/>\nShoshana Zuboff parle de \u00ab\u00a0capitalisme de surveillance\u00a0\u00bb : un syst\u00e8me dans lequel l\u2019\u00eatre humain devient mati\u00e8re premi\u00e8re pour une \u00e9conomie fond\u00e9e sur l\u2019extraction comportementale[13]. La personne est d\u00e9compos\u00e9e en donn\u00e9es, exploit\u00e9es sans consentement r\u00e9el, dans un environnement algorithmique sans recours et sans responsabilit\u00e9 politique.<\/p>\n<p>Le gangst\u00e9risme algorithmique n\u2019a pas besoin de force : il obtient la conformit\u00e9 par design, rend la r\u00e9sistance co\u00fbteuse, marginale ou inefficace. Il ne gouverne pas contre les individus, il les int\u00e8gre dans une architecture de nuages invisibles.<\/p>\n<p>Ces trois formes ne sont pas juxtapos\u00e9es : elles s\u2019imbriquent. Un \u00c9tat peut s\u00e9curiser pour permettre une extraction \u00e9conomique, pendant qu\u2019un algorithme anticipe et neutralise la contestation. Le citoyen, lui, est \u00e0 la fois surveill\u00e9, tax\u00e9, not\u00e9, d\u00e9sinform\u00e9.<\/p>\n<p>La domination ne vient plus d\u2019un tyran, mais d\u2019un syst\u00e8me. Le gangst\u00e9risme contemporain n\u2019a pas besoin d\u2019id\u00e9ologie : il a des outils.<\/p>\n<h2><\/h2>\n<h2>III. Neutraliser la critique, construire le consentement<\/h2>\n<p>La domination moderne ne cherche plus \u00e0 provoquer l\u2019adh\u00e9sion id\u00e9ologique. Elle vise d\u00e9sormais \u00e0 d\u00e9sactiver la contestation avant m\u00eame qu\u2019elle n\u2019\u00e9merge. Elle n\u2019impose plus, elle neutralise. Elle ne censure pas, elle dilue le sens. Elle ne nie pas les droits, elle les rend inop\u00e9rants. Le pouvoir gangst\u00e9ris\u00e9 op\u00e8re par anticipation : il sature l\u2019espace public, criminalise la parole libre, et organise l\u2019\u00e9puisement d\u00e9mocratique.<\/p>\n<h3>1. Saturer l\u2019espace public : gouverner par exc\u00e8s de r\u00e9cits<\/h3>\n<p>Dans les r\u00e9gimes autoritaires d\u2019hier, le pouvoir interdisait les r\u00e9cits concurrents. Aujourd\u2019hui, il les engloutit dans une mer d\u2019informations, de consultations, de dispositifs d\u2019\u00e9coute. L\u2019espace d\u00e9mocratique est satur\u00e9 de proc\u00e9dures, de discours techniques, de dialogues sans suite.<br \/>\nOn assiste \u00e0 une prolif\u00e9ration de simulacres participatifs :<\/p>\n<ul>\n<li>Plateformes de consultation num\u00e9rique dont les r\u00e9sultats ne sont jamais appliqu\u00e9s ;<\/li>\n<li>Concertations publiques vid\u00e9es de toute capacit\u00e9 d\u00e9lib\u00e9rative r\u00e9elle ;<\/li>\n<li>Forums multi-acteurs o\u00f9 la parole est autoris\u00e9e, mais sans pouvoir de transformation.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Cette strat\u00e9gie d\u2019enveloppement d\u00e9sactive les oppositions. On ne censure plus : on englobe. On donne la parole\u2026 pour mieux l\u2019\u00e9puiser.<\/p>\n<p>Le langage politique devient lui-m\u00eame un outil de brouillage. La pauvret\u00e9 devient \u00ab vuln\u00e9rabilit\u00e9 \u00bb, la r\u00e9pression devient \u00ab pr\u00e9vention \u00bb, la pr\u00e9carit\u00e9 devient \u00ab flexibilit\u00e9 \u00bb. Le lexique technocratique d\u00e9sarme la critique en d\u00e9politisant les mots. Chaque mot est un barrage symbolique qui transforme une souffrance sociale en param\u00e8tre \u00e0 ajuster.<\/p>\n<p>Le philosophe italien Franco Berardi nomme cette situation \u00ab autisme communicationnel \u00bb : trop de messages tue le message. Le discours du pouvoir devient inaudible, non pas parce qu\u2019il est absent, mais parce qu\u2019il est omnipr\u00e9sent[14].<\/p>\n<h3>2. Criminaliser la dissidence : d\u00e9l\u00e9gitimer plut\u00f4t que d\u00e9battre<\/h3>\n<p>Dans les r\u00e9gimes gangst\u00e9ris\u00e9s, la contestation n\u2019est pas r\u00e9fut\u00e9e, elle est disqualifi\u00e9e. Ce n\u2019est plus le contenu des critiques qui est discut\u00e9, mais l\u2019intention suppos\u00e9e de ceux qui les portent.<\/p>\n<p>Les journalistes, ONG, universitaires, lanceurs d\u2019alerte sont :<\/p>\n<ul>\n<li>Accus\u00e9s d\u2019\u00eatre instrumentalis\u00e9s,<\/li>\n<li>Stigmatis\u00e9s comme extr\u00e9mistes,<\/li>\n<li>Ou poursuivis pour troubles \u00e0 l\u2019ordre public, cybercriminalit\u00e9 ou atteinte \u00e0 la r\u00e9putation de l\u2019\u00c9tat.<\/li>\n<\/ul>\n<p>L\u2019exemple d\u2019Edward Snowden, poursuivi pour avoir r\u00e9v\u00e9l\u00e9 un syst\u00e8me de surveillance ill\u00e9gale, montre que l\u2019informateur devient la menace, pas la structure qu\u2019il d\u00e9nonce[15].<\/p>\n<p>En Afrique, plusieurs activistes ont \u00e9t\u00e9 emprisonn\u00e9s ou tu\u00e9s apr\u00e8s avoir d\u00e9nonc\u00e9 des fraudes \u00e9lectorales ou des d\u00e9tournements de fonds. En 2023, en Guin\u00e9e, plus de 400 arrestations ont vis\u00e9 des leaders d\u2019opinion sous l\u2019accusation vague de <em>\u201cpropagation de fausses nouvelles\u201d<\/em>.<\/p>\n<p>Dans ce contexte, le pouvoir n\u2019a plus besoin de d\u00e9monter les arguments : il discr\u00e9dite l\u2019\u00e9metteur, soup\u00e7onne ses intentions, isole ses r\u00e9seaux. Michel Foucault appelait cela une <em>\u00ab disqualification pr\u00e9ventive \u00bb<\/em> : une violence qui agit non pas apr\u00e8s la parole, mais contre la possibilit\u00e9 m\u00eame qu\u2019elle soit entendue[16].<\/p>\n<h3>3. Organiser la fatigue d\u00e9mocratique : l\u2019usure comme strat\u00e9gie<\/h3>\n<p>Le plus grand triomphe du pouvoir contemporain est peut-\u00eatre celui-ci : convaincre les citoyens que leur participation ne sert \u00e0 rien. Non par peur, mais par \u00e9puisement.<\/p>\n<p>Dans de nombreuses d\u00e9mocraties, les citoyens continuent de voter, de signer des p\u00e9titions, de d\u00e9battre sur les r\u00e9seaux. Mais ils le font avec la conscience douloureuse que leur parole est inefficace.<br \/>\nLe taux de participation aux \u00e9lections locales est en baisse constante dans les pays de l\u2019OCDE[17].<br \/>\nLes m\u00e9canismes de d\u00e9mocratie participative (budgets citoyens, commissions consultatives) sont souvent d\u00e9tourn\u00e9s en simples vitrines de communication.<\/p>\n<blockquote><p>Les consultations sur les grandes r\u00e9formes \u00e9conomiques se succ\u00e8dent sans alt\u00e9rer les d\u00e9cisions finales.<\/p><\/blockquote>\n<p>Cette usure n\u2019est pas un effet secondaire : elle est une tactique. Comme l\u2019a montr\u00e9 Wendy Brown, le citoyen est red\u00e9fini comme \u00ab client des politiques publiques \u00bb, invit\u00e9 \u00e0 consommer des d\u00e9cisions d\u00e9j\u00e0 prises[18]. La souverainet\u00e9 populaire est donc remplac\u00e9e par une gestion programm\u00e9e des frustrations, o\u00f9 la d\u00e9mocratie devient une proc\u00e9dure creuse, sans effet transformateur.<\/p>\n<h3>4. D\u00e9sarmer les consciences par les euph\u00e9mismes du pouvoir<\/h3>\n<p>Enfin, la guerre contemporaine se joue sur le terrain des mots. Nommer autrement, c\u2019est d\u00e9sarmer politiquement. C\u2019est faire accepter l\u2019inacceptable, \u00e0 force de formulation \u00e9dulcor\u00e9e.<\/p>\n<p>Langage du pouvoir R\u00e9alit\u00e9 masqu\u00e9e<\/p>\n<p><em>R\u00e9formes structurelles =&gt; R\u00e9duction des protections sociales<\/em><br \/>\n<em>Gouvernance technocratique =&gt; D\u00e9politisation des d\u00e9cisions<\/em><br \/>\n<em>Attractivit\u00e9 territoriale =&gt; Mise en concurrence brutale<\/em><br \/>\n<em>Num\u00e9risation des services =&gt; D\u00e9mat\u00e9rialisation inhumaine<\/em><br \/>\n<em>\u00c9tat strat\u00e8ge =&gt; Opacit\u00e9 d\u00e9cisionnelle et client\u00e9lisme<\/em><br \/>\n<em>Flexibilit\u00e9 du travail =&gt; Pr\u00e9carisation des parcours<\/em><\/p>\n<p>Ce lexique rationalise la violence \u00e9conomique et politique. Il la rend acceptable, en d\u00e9pla\u00e7ant le centre de gravit\u00e9 du discours : ce qui \u00e9tait un conflit devient une contrainte technique ; ce qui \u00e9tait une r\u00e9clamation devient une \u00ab incapacit\u00e9 d\u2019adaptation \u00bb.<\/p>\n<p>La victoire ultime du gangst\u00e9risme n\u2019est donc pas dans la force, mais dans l\u2019int\u00e9riorisation douce de la soumission. Les peuples finissent par parler la langue de leur d\u00e9possession.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h2>IV. Vers une compr\u00e9hension politique du gangst\u00e9risme<\/h2>\n<p>Nommer le gangst\u00e9risme ne suffit pas. Il faut le penser comme une forme sp\u00e9cifique du pouvoir contemporain, une modalit\u00e9 froide et sophistiqu\u00e9e de gouvernement. Ce pouvoir ne se revendique ni comme violent, ni comme ill\u00e9gitime. Il n\u2019a pas besoin de violence spectaculaire : il agit sans fracas, sans embl\u00e8me, sans th\u00e9\u00e2tre. Il ne gouverne pas contre la d\u00e9mocratie, il l\u2019int\u00e8gre, la d\u00e9tourne, l\u2019utilise comme levier de neutralisation.<\/p>\n<p>L\u2019enjeu ici n\u2019est plus seulement \u00e9thique ou juridique, mais profond\u00e9ment politique : dans un monde satur\u00e9 de discours l\u00e9gitimes, de proc\u00e9dures participatives, de chartes de transparence, comment rep\u00e9rer ce qui rel\u00e8ve d\u2019une d\u00e9possession camoufl\u00e9e ?<\/p>\n<h3>1. Un pouvoir diffus, l\u00e9gal, sans visage<\/h3>\n<p>Le gangst\u00e9risme contemporain ne repose pas sur la figure d\u2019un tyran ou d\u2019une caste visible. Il est syst\u00e9mique, distribu\u00e9, autor\u00e9gul\u00e9. Il circule entre des entit\u00e9s multiples : agences de notation, banques centrales, autorit\u00e9s administratives ind\u00e9pendantes, cabinets de conseil, plateformes num\u00e9riques, trait\u00e9s multilat\u00e9raux, normes ISO.<\/p>\n<p>Ce morcellement de l\u2019autorit\u00e9 cr\u00e9e un brouillard d\u00e9cisionnel. Les d\u00e9cisions majeures ne sont plus prises dans les parlements, mais dans des r\u00e9unions ferm\u00e9es, des n\u00e9gociations techniques, ou des interfaces contractuelles dont les termes \u00e9chappent au public. Cela engendre une irresponsabilit\u00e9 organis\u00e9e. On ne sait plus \u00ab qui \u00bb gouverne , et c\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment cela qui garantit l\u2019impunit\u00e9.<\/p>\n<p><span style=\"text-decoration: underline;\"><strong>Illustrations concr\u00e8tes :<\/strong><\/span><\/p>\n<p>Lors de la crise du Covid-19, des d\u00e9cisions sanitaires majeures (confinements, pass sanitaires, fermeture d\u2019\u00e9coles, autorisation ou interdiction de traitements) ont \u00e9t\u00e9 prises par des comit\u00e9s scientifiques sans mandat \u00e9lectif, parfois sous pression de groupes industriels li\u00e9s aux biotechnologies[19].<\/p>\n<p>En Europe, le m\u00e9canisme de stabilit\u00e9 financi\u00e8re permet \u00e0 la Commission de Bruxelles de dicter des coupes budg\u00e9taires \u00e0 des \u00c9tats membres en difficult\u00e9, sans vote populaire. En Gr\u00e8ce, entre 2010 et 2015, cette logique a abouti \u00e0 la privatisation forc\u00e9e de ports, d\u2019a\u00e9roports, et de services publics.<\/p>\n<p>Ce pouvoir ne parle pas au peuple : il s\u2019applique. Il ne se montre pas : il fonctionne. Il pr\u00e9voit, mod\u00e9lise, simule, anticipe. Il ne prend pas la forme d\u2019une figure visible, mais celle d\u2019un processus fluide, d\u2019une gouvernance algorithmique, d\u2019une conformit\u00e9 l\u00e9gale.<\/p>\n<h3>2. La force du pouvoir n\u2019est plus sa violence, mais sa normalit\u00e9<\/h3>\n<p>Autrefois, la domination s\u2019imposait par la force, l\u2019intimidation, le spectacle. Aujourd\u2019hui, elle s\u2019installe par accumulation de r\u00e8gles, d\u2019exceptions int\u00e9gr\u00e9es, d\u2019automatismes bureaucratiques. Elle ne scandalise plus : elle organise l\u2019\u00e9vidence.<br \/>\nCette normalisation repose sur trois m\u00e9canismes structurants :<\/p>\n<ul>\n<li>L\u2019empilement l\u00e9gal : des lois apparemment anodines s\u2019accumulent, r\u00e9duisant petit \u00e0 petit l\u2019espace des libert\u00e9s. Exemple : les l\u00e9gislations antiterroristes en France ont \u00e9t\u00e9 prorog\u00e9es plus de quinze fois depuis 2015.<\/li>\n<li>La fragilisation des contre-pouvoirs : des magistrats d\u00e9pendants, des journalistes pr\u00e9caris\u00e9s, des universit\u00e9s d\u00e9politis\u00e9es laissent le champ libre \u00e0 un pouvoir qui ne rencontre plus d\u2019obstacles durables.<\/li>\n<li>La fabrication de standards internationaux : indices de comp\u00e9titivit\u00e9, crit\u00e8res de Maastricht, notation ESG&#8230; Tous ces outils traduisent des priorit\u00e9s \u00e9conomiques en normes contraignantes, sans d\u00e9bat v\u00e9ritablement d\u00e9mocratique.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Par ailleurs, les contraintes, pourtant formalis\u00e9es par des contrats, deviennent des dogmes intouchables. Les \u00e9lus locaux se contentent de les appliquer, sans plus croire qu\u2019il est possible de faire autrement [20].<\/p>\n<p>La domination ne se cache plus derri\u00e8re la brutalit\u00e9. Elle se diffuse dans la logique du \u201cil faut bien\u201d. Le gangst\u00e9risme moderne ne d\u00e9truit pas la d\u00e9mocratie d\u2019un coup de force : il l&rsquo;\u00e9puise par proc\u00e9dures.<\/p>\n<h3>3. L\u2019imp\u00e9ratif d\u2019une pens\u00e9e politique renouvel\u00e9e<\/h3>\n<p>Face \u00e0 cette nouvelle architecture du pouvoir, les outils classiques d\u2019analyse politique sont inop\u00e9rants. On ne peut plus se contenter de d\u00e9noncer un r\u00e9gime, une injustice, une mauvaise gouvernance. Il faut refonder une lecture politique capable de comprendre un pouvoir sans visage, sans centre, sans id\u00e9ologie.<\/p>\n<p>Cela exige :<\/p>\n<ul>\n<li>De repolitiser les langages techniques : refuser qu\u2019un choix budg\u00e9taire, \u00e9cologique ou s\u00e9curitaire soit enferm\u00e9 dans des termes purement techniques. Une r\u00e9forme fiscale, une politique de sant\u00e9, une r\u00e9forme num\u00e9rique sont des choix politiques et doivent \u00eatre d\u00e9battus comme tels.<\/li>\n<li>De r\u00e9habiliter le conflit d\u00e9mocratique : dans un monde qui cherche l\u2019adh\u00e9sion molle, il faut redonner sa place au d\u00e9saccord. Ce n\u2019est pas l\u2019unit\u00e9 qui fonde la d\u00e9mocratie, c\u2019est la pluralit\u00e9 assum\u00e9e des positions.<\/li>\n<li>De restaurer la valeur de l\u2019indignation : aujourd\u2019hui pr\u00e9sent\u00e9e comme excessive, d\u00e9mod\u00e9e ou \u00e9motionnelle, l\u2019indignation est pourtant le seuil minimal d\u2019une conscience politique vivante. Sans elle, il ne reste que l\u2019acceptation r\u00e9sign\u00e9e.<\/li>\n<\/ul>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Boaventura de Sousa Santos parle d\u2019un \u00ab\u00a0contre-savoir d\u00e9mocratique\u00a0\u00bb : un effort conscient pour sortir de la pens\u00e9e dominante, reconstruire des cadres de compr\u00e9hension enracin\u00e9s dans la vie des peuples, et r\u00e9sister \u00e0 l\u2019uniformisation cognitive impos\u00e9e par la gouvernance mondiale[21].<\/p>\n<p>Car ce que nous vivons n\u2019est pas une crise temporaire, mais une mutation syst\u00e9mique :<\/p>\n<ul>\n<li>La souverainet\u00e9 populaire devient un indicateur de satisfaction.<\/li>\n<li>Le vote devient une validation de sc\u00e9narios d\u00e9j\u00e0 \u00e9crits.<\/li>\n<li>La d\u00e9cision politique devient un design institutionnel.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Dans ce contexte, il ne s\u2019agit pas de fantasmer un retour en arri\u00e8re. Il s\u2019agit de refonder les conditions d\u2019un pouvoir juste :<\/p>\n<ul>\n<li>Visible dans ses d\u00e9cisions,<\/li>\n<li>Responsable devant les peuples,<\/li>\n<li>D\u00e9lib\u00e9ratif dans ses processus,<\/li>\n<li>Et contr\u00f4lable dans ses effets.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Cela commence par une reconqu\u00eate des mots, des imaginaires, des lieux d\u2019\u00e9laboration politique. Il faut recr\u00e9er des espaces o\u00f9 l\u2019on pense ensemble ce que peut \u00eatre un monde gouvern\u00e9 autrement.<\/p>\n<h2><\/h2>\n<h2>Conclusion . Ce que nous acceptons, ce que nous devenons<\/h2>\n<p>Il est des violences qui ne se voient pas, car elles n\u2019ont plus besoin de frapper. Elles s\u2019infiltrent dans les proc\u00e9dures, se dissimulent derri\u00e8re les logiciels, s\u2019insinuent dans les textes de loi. Elles ne crient pas : elles fonctionnent. Le pouvoir gangst\u00e9ris\u00e9 du XXIe si\u00e8cle ne brutalise pas toujours, mais d\u00e9sactive. Il ne contredit pas la d\u00e9mocratie : il l\u2019\u00e9puise. Il ne revendique pas l\u2019autorit\u00e9 absolue : il produit l\u2019impuissance encadr\u00e9e.<\/p>\n<p>Prot\u00e9ger devient surveiller.<br \/>\nGouverner devient d\u00e9sactiver.<br \/>\nRedistribuer devient conditionner.<br \/>\nD\u00e9lib\u00e9rer devient g\u00e9rer.<\/p>\n<p>Et ce glissement s\u2019op\u00e8re sans tumulte, souvent avec notre consentement passif. Car le pouvoir d\u2019aujourd\u2019hui ne cherche pas \u00e0 convaincre ou \u00e0 mobiliser : il exige l\u2019adaptation silencieuse. Il nous demande de continuer \u00e0 voter, \u00e0 commenter, \u00e0 esp\u00e9rer\u2026 mais sans capacit\u00e9 d\u2019impact. C\u2019est la d\u00e9mocratie comme mise en sc\u00e8ne, et la r\u00e9signation comme horizon.<\/p>\n<p><strong>Un archipel mondial de domination l\u00e9gale<\/strong><\/p>\n<p>Prenons quelques exemples embl\u00e9matiques, en Afrique, en Occident, en Asie :<br \/>\nHongrie : depuis 2010, Viktor Orb\u00e1n a transform\u00e9 son pays en une \u201cd\u00e9mocratie illib\u00e9rale\u201d. Contr\u00f4le des m\u00e9dias, r\u00e9vision des lois \u00e9lectorales, pression sur les ONG. Pourtant, les urnes restent en place. Le vernis d\u00e9mocratique persiste.<br \/>\nFrance : l\u2019\u00e9tat d\u2019urgence devenu norme (2005 dans les banlieues, 2015 apr\u00e8s les attentats, 2020 en p\u00e9riode sanitaire) a introduit des lois de surveillance, de contr\u00f4le et de fichage, d\u00e9sormais int\u00e9gr\u00e9es dans le droit\u2026<\/p>\n<p>En France toujours, le lien entre le vote populaire et le Trait\u00e9 de Lisbonne a \u00e9t\u00e9 dramatiquement mis en lumi\u00e8re par le r\u00e9f\u00e9rendum de 2005. \u00c0 cette \u00e9poque, les \u00e9lecteurs fran\u00e7ais ont \u00e9t\u00e9 appel\u00e9s \u00e0 se prononcer sur la ratification d\u2019un Trait\u00e9 \u00e9tablissant une Constitution pour l\u2019Europe. Le r\u00e9sultat a \u00e9t\u00e9 un rejet, avec environ 55 % des votes contre.<\/p>\n<p>Ce rejet a eu des cons\u00e9quences profondes, conduisant les leaders europ\u00e9ens \u00e0 revoir leurs propositions. Le Trait\u00e9 de Lisbonne, qui a \u00e9t\u00e9 \u00e9labor\u00e9 apr\u00e8s cela, a \u00e9t\u00e9 pr\u00e9sent\u00e9 comme une version simplifi\u00e9e, sans r\u00e9f\u00e9rendum, plut\u00f4t proc\u00e9dure parlementaire, malgr\u00e9 le score du rejet 2005 en France. Cette situation a suscit\u00e9 des critiques sur la mani\u00e8re dont les voix des citoyens \u00e9taient prises en compte dans ce pays.<\/p>\n<p>Il est question de s\u2019interroger sur la l\u00e9gitimit\u00e9 de la d\u00e9cision, car de nombreux citoyens avaient exprim\u00e9 leur souhait qu&rsquo;un r\u00e9f\u00e9rendum soit organis\u00e9 \u00e0 nouveau pour valider les nouvelles dispositions. Cette approche a pu donner l&rsquo;impression que le parlement fran\u00e7ais \u00ab vidait \u00bb le vote populaire de son contenu, en contournant le processus de consultation directe des citoyens.<\/p>\n<p>Chine : le cr\u00e9dit social transforme les citoyens en objets de notation comportementale. Il ne s\u2019agit plus de r\u00e9primer, mais d\u2019orienter la vie sociale par anticipation, via les donn\u00e9es.<\/p>\n<p>C\u00f4te d\u2019Ivoire : les r\u00e9visions successives de la Constitution (notamment en 2000, 2016 et 2020), la judiciarisation du champ politique, l\u2019instrumentalisation des institutions et le verrouillage des candidatures ont neutralis\u00e9 l\u2019alternance sans rompre le cadre l\u00e9gal. La l\u00e9galit\u00e9 devient strat\u00e9gie.<\/p>\n<p>Br\u00e9sil : l\u2019arsenal judiciaire a \u00e9t\u00e9 utilis\u00e9 pour \u00e9liminer politiquement Lula da Silva lors des \u00e9lections de 2018, via l\u2019affaire Lava Jato. La justice devient un outil de recomposition du pouvoir.<br \/>\nTogo : l\u2019exemple est particuli\u00e8rement \u00e9clairant. Depuis 2005, malgr\u00e9 des \u00e9lections multipartites formelles, le pouvoir s\u2019est perp\u00e9tu\u00e9 dans une logique dynastique, \u00e9tay\u00e9e par des r\u00e9formes constitutionnelles opportunes, un contr\u00f4le \u00e9troit de la CENI, des violences r\u00e9currentes contre les opposants et des dialogues politiques sans suite. La \u201cr\u00e9vision\u201d constitutionnelle de 2024, adopt\u00e9e sans consultation populaire directe, par une assembl\u00e9e nationale en fin de mandat, consacre un pouvoir sans limite deguis\u00e9 en r\u00e9gime parlementaire, confirmant que la forme d\u00e9mocratique peut abriter une logique de confiscation prolong\u00e9e. L\u2019\u00c9tat de droit devient une fa\u00e7ade, la souverainet\u00e9 populaire une fiction, l\u2019appareil s\u00e9curitaire le vrai noyau du pouvoir.<\/p>\n<p><strong>Une domination sans peur, mais avec fatigue<\/strong><\/p>\n<p>Dans tous ces cas, le fil conducteur est clair : le pouvoir ne change pas de structure, mais de style. Il ne cherche plus \u00e0 effrayer, mais \u00e0 \u00e9teindre l\u2019esp\u00e9rance. Il transforme les r\u00e9voltes en performances culturelles, les oppositions en d\u00e9cor symbolique, et la critique en nuisance technique. Nous devenons compatibles avec l\u2019ordre \u00e9tabli.<\/p>\n<p>C\u2019est cela, la victoire ultime du gangst\u00e9risme institutionnalis\u00e9 : ne plus susciter la peur, mais la lassitude. Nous croyons encore parler, d\u00e9cider, choisir. En r\u00e9alit\u00e9, nous circulons dans un espace normatif verrouill\u00e9, o\u00f9 les options sont balis\u00e9es, les contestations cadr\u00e9es, les alternatives neutralis\u00e9es.<\/p>\n<p><strong>Recommencer \u00e0 dire non : lucidit\u00e9, langage, levier<\/strong><\/p>\n<p>Que faire alors ? Ce texte n\u2019offre pas de solutions miracles. Il alerte. Il appelle \u00e0 un r\u00e9veil analytique, un refus mental, une lucidit\u00e9 collective.<\/p>\n<p><span style=\"text-decoration: underline;\">La premi\u00e8re \u00e9tape est linguistique et cognitive<\/span> :<br \/>\nRefuser de parler la langue du pouvoir. Refuser que les mots \u00ab r\u00e9forme \u00bb, \u00ab gouvernance \u00bb, \u00ab s\u00e9curit\u00e9 \u00bb, \u00ab modernisation \u00bb, \u00ab dialogue national \u00bb, \u00ab attractivit\u00e9 \u00bb soient utilis\u00e9s pour maquiller la domination.<\/p>\n<p><em>S\u00e9curit\u00e9 peut vouloir dire surveillance.<\/em><br \/>\n<em>Gouvernance peut signifier d\u00e9politisation.<\/em><br \/>\n<em>Stabilit\u00e9 peut masquer un verrouillage autoritaire.<\/em><br \/>\n<em>R\u00e9forme peut d\u00e9signer la d\u00e9possession codifi\u00e9e.<\/em><\/p>\n<p><span style=\"text-decoration: underline;\">La seconde \u00e9tape est politique et collective<\/span> :<\/p>\n<p><em>Reconqu\u00e9rir le droit de dire non.<\/em><br \/>\n<em>Revaloriser les conflits d\u00e9mocratiques.<\/em><br \/>\n<em>Redonner du sens aux lieux de d\u00e9cision.<\/em><br \/>\n<em>Faire \u00e9merger des r\u00e9cits alternatifs.<\/em><\/p>\n<p>Ce processus ne sera pas spectaculaire. Il ne passera pas par des coups d\u2019\u00c9tat ni des \u00e9lections miracles. Il prendra la forme d\u2019une vigilance active, d\u2019une capacit\u00e9 \u00e0 nommer les abus, \u00e0 refuser les \u00e9vidences, \u00e0 r\u00e9sister sans bruit, mais sans tr\u00eave.<\/p>\n<p>Ce que nous avons accept\u00e9 \u2013 par fatigue, peur ou confort, n\u2019est pas irr\u00e9versible. Encore faut-il retrouver les trois gestes fondamentaux d\u2019un peuple souverain :<br \/>\nNommer. Vouloir. Agir.<br \/>\nAlors, un jour, face \u00e0 ces logiques d\u2019\u00e9puisement, il sera possible de dire simplement \u2013 et sans fracas :<br \/>\nNon.<\/p>\n<p>Mais attention, pour certains, la brutalit\u00e9 n\u2019est pas loin. Elle se conjugue avec les nouvelles strat\u00e9gies \u00e9voqu\u00e9es.<\/p>\n<p>Meudon\u00a0le\u00a012\u00a0mai\u00a02025<\/p>\n<p>No\u00ebl HONKU<\/p>\n<hr \/>\n<p>R\u00e9f\u00e9rences<\/p>\n<p>1. Foucault, Michel. Surveiller et punir : Naissance de la prison. Gallimard, 1975.<br \/>\n2. Graeber, David. Bureaucratie : L\u2019utopie des r\u00e8gles. Les Liens qui lib\u00e8rent, 2015.<br \/>\n3. Han, Byung-Chul. La soci\u00e9t\u00e9 de la fatigue. \u00c9ditions Autrement, 2014<br \/>\n4. Agamben, Giorgio. \u00c9tat d\u2019exception. \u00c9ditions du Seuil, 2003.<br \/>\n5. Weber, Max. Le savant et le politique. \u00c9d. 10\/18, 1959.<br \/>\n6. Fanon, Frantz. Les damn\u00e9s de la terre. La D\u00e9couverte, 1961.<br \/>\n7. Loi n\u00b02021-646 du 25 mai 2021 relative \u00e0 la s\u00e9curit\u00e9 globale pr\u00e9servant les libert\u00e9s, Journal Officiel de la R\u00e9publique fran\u00e7aise.<br \/>\n8. Human Rights Watch. \u00ab\u00a0Break Their Lineage, Break Their Roots.\u00a0\u00bb 2021.<br \/>\n9. Global Witness. Undermining the Future. 2019.<br \/>\n10. Sylla, Ndongo Samba. La d\u00e9mocratie contre le n\u00e9olib\u00e9ralisme. Syllepse, 2021.<br \/>\n11. Bayart, Jean-Fran\u00e7ois. L&rsquo;\u00c9tat en Afrique : la politique du ventre. Fayard, 1989.<br \/>\n12. Kshetri, Nir. \u201cChina\u2019s Social Credit System: A Model of Control or Trust?\u201d IEEE IT Professional, vol. 21, no. 2, 2019.<br \/>\n13. Zuboff, Shoshana. The Age of Surveillance Capitalism. PublicAffairs, 2019.<br \/>\n14. Berardi, Franco. La fabrique de l\u2019impuissance. La D\u00e9couverte, 2019.<br \/>\n15. Greenwald, Glenn. No Place to Hide : Edward Snowden, the NSA, and the U.S. Surveillance State. Metropolitan Books, 2014.<br \/>\n16. Foucault, Michel. Surveiller et punir. Gallimard, 1975.<br \/>\n17. OCDE. Panorama des administrations publiques, \u00e9dition 2023.<br \/>\n18. Brown, Wendy. Les habits neufs de la politique mondiale. Les Prairies Ordinaires, 2007.<br \/>\n19. Davis, Aeron. Political Communication: A New Introduction for Crisis Times. Polity Press, 2019.<br \/>\n20. Stiglitz, Joseph. La grande d\u00e9sillusion. Fayard, 2002.<br \/>\n21. de Sousa Santos, Boaventura. L&rsquo;\u00e9pist\u00e9mologie du Sud. \u00c9ditions Descl\u00e9e de Brouwer, 2016.<\/p>\n<hr \/>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&nbsp; Introduction Quand prot\u00e9ger devient dominer : anatomie d\u2019une inversion l\u00e9gale L\u2019\u00c9tat moderne s\u2019est construit sur une promesse fondatrice :&hellip;<\/p>\n","protected":false},"author":4,"featured_media":1178,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[2],"tags":[],"class_list":["post-1177","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-articles"],"yoast_head":"<!-- This site is optimized with the Yoast SEO plugin v27.4 - https:\/\/yoast.com\/product\/yoast-seo-wordpress\/ -->\n<title>Confisquer pour dominer : la gangst\u00e9risation silencieuse du pouvoir - Les Dogons du Togo<\/title>\n<meta name=\"description\" content=\"Le langage du droit cache de plus en plus mal les pratiques de domination. 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